Personnages – Biographies des principaux protagonistes

 Dossier Laméca

1802
La rébellion en Guadeloupe

PERSONNAGES
BIOGRAPHIES DES PRINCIPAUX PROTAGONISTES

 

ACQUARD, Jean Charles Paul Régis
Naissance : ?
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 : Négociant
Couleur : Mulâtre
Sachant signer : Oui

Jean Charles Paul Régis Acard ou Acquart est peut être le fils naturel du Bordelais Acquart, établi à Basse-Terre en 1763. C'est avant tout un marin, c'est d'ailleurs la profession mentionnée dans son testament, qui a fait fortune au point d'être considéré comme opulent par Lacrosse. Ses opérations consistent en l'armement de bâtiments corsaires comme le Sarrasin, en 1797, la Jeune créole, l'Harmonie ou la Diomède en 1799-1800, l'achat et la revente de bateaux. Régis Acquart investit ses profits dans l'immobilier de rapport. Il achète à Pointe-à-Pitre un bâtiment d'une valeur locative annuelle de 30.000 £. Ce complexe marchand dispose de onze entrées sur le quai Tabanon et est voisin de la maison de son beau-frère Hyppolite René Jarry. Régis Acquart acquière puis revend deux appentis à Basse terre pour la somme de 17.160 £.
Profitant des séquestrations des biens des émigrés, il loue à la République, une maison dans la rue du Grand Jardin à Basse-Terre. L'enrichissement de Régis Acquart est impressionnant. Lors de la rédaction de son testament, il lègue 200.000 £ à sa propre fille Sosote Régis Acquart. Il donne à sa fille de confiance (sa future épouse) Julienne André, 33.000 £ avec tous ses meubles, linges de table, lit, argenterie, effets et marchandises de sa maison en reconnaissance des services et soins. Il donne à son frère Modeste Acquart la somme de 10.000 £, son bureau et tout son linge à homme. Il institue comme légataire universels à parts égales, sa mère ses frères et sœurs, demeurant dans les îles neutres. L'ampleur des legs particuliers donne une idée de la valeur de l'ensemble du patrimoine.
A Pointe-à-Pitre, lors de l'arrestation de Lacrosse, il favorise le ralliement de Basse-Terre à la rébellion. Possédant de nombreux bateaux, il parvient à s'enfuir de la Guadeloupe. Les autorités militaires soupçonnent Régis Acquart de s'être réfugié à Saint-Thomas (une île neutre) et demandent au gouverneur de cette île de leur livrer dans une lettre datée du 14 novembre 1802. Régis Acquart est suspecté d'avoir avec sa goélette fourni des armes aux révoltés de Saint-Domingue et de la Guadeloupe. Le 12 février 1804, les biens de Régis Acquart sont confisqués. L'inventaire de ceux-ci montre qu'il possède une goélette et une dizaine de maisons à louer situées au cœur de la rade de Pointe-à-Pitre. Le 10 avril 1806, ses biens lui sont restitués et il apparaît comme la victime de préventions injustes.

 

BERNIER, Pierre Louis
Naissance : ?, Rivière-Salée (Martinique)
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 : Commissaire du gouvernement à Basse-Terre
Couleur : Sang-mêlé paraissant blanc
Sachant signer : Oui

Pierre Louis Bernier est mulâtre libre originaire de Rivière-Salée en Martinique, est une des grandes figures du négoce de Basse-Terre. Dans le recensement de 1796, il est qualifié de blanc, alors qu'il est "réputé homme de couleur" et même qualifié de mulâtre. C'est certainement un homme très clair de peau, voire blanc car rien ne permet de soupçonner son origine, selon Lacour.
Il apparaît comme interprète de la langue anglaise à Basse-Terre en 1796. Bernier a une profession lucrative car en tant qu'interprète il traduit les protestations des capitaines des bateaux capturés par les corsaires. Peu à peu, il s'insère dans le monde du négoce et de la course. En avril 1799, il est interprète sur le corsaire la Résolue et prend une participation de 8.400 £ auprès de l'armateur Louis Plet. En septembre de la même année, Bernier est l'armateur principal de la Résolue. Il est alors qualifié de négociant. Il investit ses profits dans l'immobilier en achetant un emplacement à Basse-Terre, rue du Sable (actuelle rue Maurice Marie-Claire) avec une maison, des bâtiments et différents objets, le tout pour une valeur de 52.800 £. Contrairement à ce qu'affirme Lacrosse, Bernier est un homme riche.
Le 18 avril 1802, la fille de Pierre Louis Bernier se marie. Ses apports lors de son contrat de mariage permettent d'estimer la fortune de son père. Sa dot est constituée de 13.200 £ en espèces, de divers effets, pour 35.800 £ et une portion de la maison acquise par son père rue du Sable.
Parallèlement à une vie économique chargée, Bernier participe activement à la vie politique de la Guadeloupe. En octobre 1799, il soutient le renvoi de Desfourneaux. Ce notable de couleur apparaît comme capitaine de la garde nationale en 1800. Il est également membre de la municipalité de Basse-Terre, à partir du 2 mars 1800. Le 12 juin 1800, Bernier nommé agent municipal (maire) à Basse-Terre. Le 9 brumaire an IX, il est nommé commissaire (ou délégué) du gouvernement à Basse-Terre Le 8 août 1801, il assure seul les fonctions municipales après la dissolution de l'administration de la ville par Lacrosse.
Il se rallie à Pélage, le 27 octobre 1801. Le 16 février 1802, il s'oppose à la levée de troupes organisée par Massoteau et Delgrès. Le 10 mai 1802, il se soumet à Richepance et essaie de convaincre Delgrès de faire de même, les 13 et 14 mai. Le 23 septembre 1802, Lacrosse ordonne sa déportation pour la France, à bord de l'aviso l'Enfant-Prodigue. Il laisse dans la colonie sa femme et ses enfants, sous la protection du négociant blanc, André Négré. Bernier règle les détails de ses affaires. Il vend un emplacement qu'il possède à la rue du Sable à Basse-Terre et donne procuration au négociant Jean-Baptiste Seignoret. Arrivé à Lorient, Bernier quitte ce port pour Paris, le 28 janvier 1803, pour être jugé par le tribunal criminel de la Seine.

 

BOUDET
Naissance : 9 février 1769, Bordeaux
Décès : 14 septembre 1809, Bohème
Statut juridique avant 1794 : Blanc
Fonction en 1802 : Général de division
Couleur : Blanc
Sachant signer : Oui

Jean Boudet est né le à Bordeaux. Il part de l'Ile de Ré pour la Guadeloupe avec le grade de lieutenant-colonel, aux côtés de Victor Hugues, le 21 avril 1794. Il débarque à la Pointe des Salines et s'empare du fort Fleur d'Epée. Il est nommé chef de brigade, le 18 juin 1794. Le 14 décembre 1795, il devient général de brigade et commandant en chef de l'armée de Guadeloupe. Il se marie, le 28 décembre 1794, à Pointe-à-Pitre avec Marie Joseph Elisabeth Augustine Darboussier. Il est nommé général de division, le 20 octobre 1796, par Victor Hugues et Lebas. C'est Boudet qui a la tête de quelques dragons réprime la rébellion du Lamentin, en décembre 1797. Il est rentré en France en avril 1799.
Le 11 décembre 1801, il quitte Brest aux côtés de Leclerc pour Saint-Domingue. Le 28 avril 1802, il est envoyé par Leclerc en Guadeloupe à la demande du Conseil provisoire. Il y débarque, le 28 mai 1802. Il revient à Saint-Domingue et y sert jusqu'en septembre 1802. Il participe aux campagnes d'Autriche de 1805 et 1809. Il meurt en Bohème, le 14 septembre 1809.

 

CABANIS, Louis
Naissance : ?
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 : Secrétaire de la municipalité de Pointe-à-Pitre
Couleur : Mulâtre
Sachant signer : Oui

Louis Cabanis est charpentier à Pointe-à-Pitre, lorsque commence la Révolution. En 1793, il est membre de la Commission générale extraordinaire aux côtés des républicains les plus avancés. Il s'oppose à la modération du gouverneur Collot. Il fait partie du Comité de sûreté en décembre 1793 et appartient au Corps représentatif révolutionnaire. Après la prise de la colonie par les Anglais, il est déporté et arrive à l'île d'Aix, le 2 août 1794. Nous ignorons la date de son retour en Guadeloupe. Il devient secrétaire de la municipalité de Pointe-à-Pitre, après le 21 octobre 1801. Il est le beau-frère d'Ignace, selon Lacrosse.

 

CAUDOU, Eugène
Naissance : ?, Grand-Bourg (Marie-Galante)
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 : Capitaine des grenadiers du 3ème bataillon
Couleur : Mulâtre
Sachant signer : Oui

Eugène Caudou ou Codou est un mulâtre libre qui vit à Grand-Bourg, avant l'abolition de l'esclavage. En octobre 1801, il est lieutenant de la compagnie de grenadiers du 3ème bataillon. Il soulève sa compagnie contre Cabesse, son capitaine qui est arrêté. Codou est à la tête de la compagnie de grenadiers qui a foncé la baïonnette au corps contre Lacrosse et ses aides de camp dans la journée du 24 octobre. Il est promu capitaine des grenadiers par Pélage.
Dans la nuit du 6 au 7 mai, il suit Ignace. Selon Lacour, il survit aux défaites d'Ignace et de Delgrès et poursuit la résistance dans les montagnes de la Basse-Terre, avec Palerme, Noël Corbet et Jacquet. Au début d'octobre 1802, il se soumet et obtient un passeport pour quitter la colonie.

 

CORBET, Noël
Naissance : ?, Basse-Terre
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 : Adjudant major de la garde nationale à Pointe-à-Pitre
Couleur : Libre de couleur
Sachant signer : Oui

Noël Corbet, est natif de la paroisse Saint-François de Basse-Terre. Il est métis libre de naissance, fils de la mulâtresse libre Geneviève Corbet et d'un blanc. Il est cordonnier avant l'abolition de l'esclavage. En août 1793, accusé d'avoir provoqué une révolte d'esclaves à Sainte-Anne, il est finalement mis hors de cause. Il est capitaine au 2ème bataillon en 1795-1796. Il participe au renvoi de Desfourneaux, en octobre 1799. Le 9 octobre 1799, Noël Corbet, adjudant major de la garde nationale à Pointe-à-Pitre, est député par la municipalité de Pointe-à-Pitre pour savoir si les habitants de Sainte-Anne adhèrent à la nomination du général Paris comme agent provisoire.
Le 10 septembre, le neveu de Noël Corbet, le conscrit Joseph Lagarde dit Josie tient des propos séditieux contre Lacrosse. Il est jugé le 4 octobre, condamné à mort et exécuté. Joseph Lagarde est le frère du citoyen de couleur Jean-Baptiste Lagarde, marié à la métisse Elisabeth Corbet, sœur de Noël Corbet. Cette exécution a certainement exacerbé les sentiments de haine que pouvait avoir Noël Corbet contre Lacrosse.
Dans la rébellion d'octobre 1801, il se montre particulièrement hostile à Lacrosse. Noël Corbet et participe aux côtés de Louis Delgrès à l'arrestation du capitaine de port de Basse-Terre, un Blanc, le 5 janvier 1802. Le 7 mai, il annonce à Delgrès le désarmement des troupes de couleur sur l'habitation Stiwenson aux Abymes. Il échappe à la répression de mai 1802. Il poursuit la lutte dans les bois jusqu'au début d'octobre 1802. Il se soumet alors aux autorités coloniales et obtient un passeport pour quitter la Guadeloupe. Les autorités militaires françaises le soupçonnent de s'être réfugié à Saint-Thomas (une île neutre) et demandent au gouverneur de cette île de le leur livrer dans une lettre datée du 14 novembre 1802.

 

CORNEILLE, Joseph Victor Côme
Naissance : ?, Le Moule
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 : Membre du conseil provisoire de gouvernement de la Guadeloupe
Couleur : Mulâtre
Sachant signer : Oui

Joseph Victor Côme Corneille fils est un mulâtre libre, fils légitime de Côme Corneille et Anne Flore Laumau. Son père possède une petite habitation à Sainte-Anne. En 1793, il est membre de l'administration municipale et de la société populaire de Basse-Terre. Il participe à la fédération modérée de Saint-Anne, le 2 août 1793. Pourtant, il se montre hostile, au gouverneur modéré Collot, l'année suivante. De 1794 à 1799, il est commissaire (ou délégué) auprès de la municipalité des différents dirigeants de la Guadeloupe.
Le 21 mars 1799, il est élu électeur par l'assemblée primaire de Sainte-Anne et participe à l'élection des députés de la Guadeloupe, le 10 avril suivant. Corneille fils est nommé administrateur du département, le 19 janvier 1800. Le 8 mars 1800, Corneille fils est à nouveau promu. Il est nommé commissaire du gouvernement auprès de l'administration centrale. Par cette fonction, il devient le premier fonctionnaire de l'île après les agents des Consuls. En cas de décès de l'un de ceux-ci, Corneille fils le remplacerait. Pourtant, à la mort de Baco, le 30 décembre 1800, les agents des Consuls Jeannet et Bresseau refusent de lui donner le poste d'agent vacant, sous prétexte qu'il est de couleur, fait susceptible d'entraîner une commotion dans la colonie. D'ailleurs pour le consoler ou pour éviter ses protestations, Corneille fils est nommé notaire public, le 22 janvier 1801. Ce descendant d'esclave devient ainsi le premier notaire de couleur de la Guadeloupe !
Il participe avec Darboussier et Piaud à la rédaction du Précis des événements qui ont donné lieu au renvoi, en France, du Contre-amiral Lacrosse, en novembre 1801. Le 10 novembre du même mois, il est désigné par Pélage comme membre du Conseil provisoire de gouvernement. Il est chargé de la haute police et de la culture. Il est considéré comme néo-jacobin par Lacrosse. Embarqué, le 29 juin 1802, pour revenir en France avec Pélage, il débarque à Brest, le 18 août 1802. Il est mis en accusation comme prévenu d'avoir pris part à la révolte qui a éclaté à la Guadeloupe. Il est transféré avec ses compagnons à Paris, par ordre du 20 octobre 1802.
Il participe à la rédaction du Mémoire pour le chef de brigade Magloire Pélage, et pour les habitans de la Guadeloupe (Paris, Desenne, Thermidor an XI, août 1803, 2 tomes). Le 11 octobre 1803, il écrit, avec Frasans, Piaud et Pélage, une lettre au Premier consul, lui annonçant l'envoi de leur mémoire justificatif. Il est mis en liberté par ordonnance du tribunal criminel de la Seine en date du 23 novembre 1803. En 1810, il vit toujours à Paris au 64 de la rue Montmartre, à l'Hôtel d'Angleterre, qualifié de propriétaire, il héberge la veuve Pélage.

 

COUPRIE, Louis
Naissance : ?
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 : Lieutenant de la garde nationale à Basse-Terre
Couleur : Mulâtre
Sachant signer : ?

Louis Coupery ou Couprie est mulâtre. Il est certainement apparenté à Valentin et Sophie Coupery négociants et peut-être un enfant naturel du Blanc Louis Couprie, pharmacien et chimiste Il est lieutenant de garde nationale de Basse-Terre, en 1800. Le 11 mai 1802, il défend le bas du bourg de Basse-Terre, contre les troupes de Richepance, mais il est repoussé. Les autorités militaires françaises soupçonnent Coupery de s'être réfugié à Saint-Thomas (une île neutre) et demandent au gouverneur de cette île de le leur livrer dans une lettre datée du 14 novembre 1802.

 

DANOIS, Pierre
Naissance : ?
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 : Membre du Conseil provisoire du gouvernement de la Guadeloupe
Couleur : Sang-mêlé très clair de peau
Sachant signer : Oui

Pierre Danois, est Il est mentionné dans un document comme homme de couleur, mais très blanc. Il est déporté en France, après la conquête des Iles du Vent (Martinique, Guadeloupe et Sainte-Lucie) par les Anglais en 1794. Il est signataire de la Pétition des patriotes des îles Martinique, Guadeloupe et Sainte-Lucie à la Convention le 1er vendémaire an III (22 septembre 1795). C'est un négociant, riche qui possède de nombreux magasins.
Le 25 décembre 1799, Danois est nommé administrateur municipal de Pointe-à-Pitre. Il participe à l'assemblée des notables qui se tient le 21 octobre 1801 et devient commissaire civil provisoire. Deux jours plus tard, il est témoin du mariage de Pélage. Le 10 novembre 1801, il est choisi par Pélage pour participer au Conseil provisoire de gouvernement de la Guadeloupe. Au sein du Conseil, il s'occupe du commerce et des relations extérieures. Lacrosse lui attribue les mots suivants : "le gouvernement pouvait se dispenser d'envoyer des agens à la Guadeloupe, que la colonie se régirait bien elle même".
En mai 1802, il se soustrait aux forces de Richepance. Lacrosse écrit au gouverneur de Saint-Thomas, le 21 octobre 1802, pour réclamer son arrestation.

 

DAUPHIN, Victor
Naissance : ?
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 :
Fonction en 1802 : Lieutenant
Couleur : Noir
Sachant signer : Oui

Dauphin est simple fusilier du bataillon des Antilles, en novembre 1794. Il se distingue lors de la reconquête de Sainte-Lucie en 1795 et devient officier. Il est fait prisonnier par les Anglais en 1796. Après un séjour dans les prisons anglaises, il est échangé et arrive en France à la fin de 1797. En garnison à l'Ile d'Aix avec le grade de lieutenant, à partir de 1798, il se rend à Paris au cours de l'été 1799. Arrivé en Guadeloupe en décembre 1799, il sert comme lieutenant à la suite de la garnison de Pointe-à-Pitre.
Après le 22 octobre 1801, le lieutenant Victor Dauphin remplit la fonction de commissaire général de la police. Cette charge est rapidement supprimée et Dauphin est en garnison à Basse-Terre. Le 15 février 1802, il fait partie des officiers de couleur qui arrêtent et déportent une quinzaine d'officiers blancs à Basse-Terre. Dauphin participe aux combats autour de Basse-Terre et de Matouba. Il est fait prisonnier, puis jugé et condamné à mort, le 31 mai 1802, à Basse-Terre.

 

DELACROIX, Irénée
Naissance : 21 mai 1774, Gravelines (Nord)
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : Blanc
Fonction en 1802 : chef de bataillon
Couleur : Blanc
Sachant signer : oui

Il a été élevé en Angleterre et sert dans la Marine Royale à partir de 1786. Il devient lieutenant en 1791. Il sert en Italie en 1796-1797, en Egypte en 1798-1799, à nouveau en Italie en 1800. Il devient chef de bataillon en 1801. Il participe aux difficiles combats de Basse-Terre contre les rebelles et mène l'attaque contre l'habitation d'Anglemont, le 28 mai 1802. Le 23 avril 1803, il est nommé chef d'état-major de l'armée de Guadeloupe par Lacrosse. Mais, quelques jours plus tard, Ernouf (successeur de Lacrosse) l'envoie à Saint-Domingue doutant de sa moralité. Ernouf l'accuse d'avoir voulu faire un complot pour cacher ses malversations et prendre le pouvoir en Guadeloupe. A Saint-Domingue, Rochambeau (successeur de Leclerc) le nomme colonel de la 7e ½ brigade. Il est autorisé à quitter pour revenir en France, le 4 juin 1803. De retour à Paris, le 28 novembre 1803, il demande à servir dans l'armée d'Angleterre. Il n'obtient pas sa réintégration et il s'exile aux Etats-Unis, peu après le général Moreau, auquel il est attaché. Là, il se marie.
En octobre 1813, il devient major général commandant en chef l'armée du Nord de la République fédérative du Texas. Il revient en Europe après l'abdication de Napoléon Ier. En janvier 1816, il devient major-général de l'armée des Pays-Bas. A partir de 1816, il demande à être réintégré dans l'armée française avec le grade de général, sans obtenir satisfaction. Nous perdons sa trace après 1820, toutefois, son frère, André-Auguste Delacroix sert et se marie en Guadeloupe. Il se marie avec une demoiselle Lépinard et a une de nombreux descendants en Guadeloupe qui se ont unis à des personnes de couleur.

 

DELGRES, Louis
Naissance : 2 août 1766, Saint-Pierre (Martinique)
Décès : 28 mai 1802, Grand Parc (Saint-Claude)
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 : Chef de bataillon, commandant l'arrondissement de Basse-Terre
Couleur : Métis
Sachant signer : Oui

Louis Delgrès est, selon l'hypothèse la plus probable, le fils naturel de la mulâtresse Elisabeth Morin dite Guiby et de Louis Delgrès, Blanc créole martiniquais de Saint-Pierre qui fut receveur du Roi et directeur des Domaines du Roi à Tobago. C'est donc un métis. Nous sommes convaincus que ce dernier est le père du métis car aux archives nationales il existe deux dossiers : celui de Louis Delgrès père (le receveur) et celui de Louis Delgrès fils (le chef de bataillon).
Ces documents établissent quasi formellement la filiation entre les deux hommes. Le métis Louis Delgrès vit avec ses parents en Martinique puis à Tobago. Il entre dans la milice, le 10 novembre 1783. Il en est nommé sergent, le 8 septembre 1791. Patriote, il s'exile en Dominique après la prise du pouvoir par les royalistes en Martinique. Il participe à l'élection des députés des Iles du Vent à la Convention, le 28 octobre 1792.
En décembre 1792, il rejoint les rangs des républicains et monte à bord de la Félicité, le navire de Lacrosse. Il est alors élu provisoirement lieutenant par ses concitoyens. Il sert sous les ordres de Rochambeau et est nommé capitaine à titre provisoire. Capturé par les Anglais lors de la prise de la colonie en mars 1794, il est déporté en France. Arrivé à Brest, il reçoit son brevet de lieutenant, lors de la formation du Bataillon des Antilles, le 27 novembre 1794.
Il arrive en Guadeloupe, en compagnie des commissaires de la Convention Goyraud et Lebas, le 6 janvier 1795. Le 21 mars 1795, il quitte la Guadeloupe, pour partir à la reconquête de Sainte-Lucie. Il se distingue dans cette campagne. Il est grièvement blessé, le 22 avril 1795. Il hisse le drapeau tricolore au morne Rabot, le 19 juin suivant. Il est nommé capitaine par Goyraud, le 25 juin. Le lendemain, il embarque pour Saint-Vincent, où il combat aux côtés des Caraïbes noirs.
Il est fait prisonnier par les Anglais, le 16 juin 1796. Conduit dans les prisons britanniques, il est échangé et débarque au Havre, le 21 septembre 1797, après être parti de Portchester. En janvier 1798, il est en garnison avec Palerme dans les casernes Martinville à Rouen. Puis, il est envoyé à l'île d'Aix où il retrouve Pélage. Un document de septembre 1799, indique qu'il est un excellent militaire et qu'il sait très bien lire, écrire et calculer. Ces indications révèlent la qualité de l'éducation donnée à Louis Delgrès par son père naturel blanc. En septembre 1799, il est en congé à Paris . Le 1er octobre, il est nommé chef de bataillon. Destiné à accompagné les agents Jeannet, Laveaux et Baco en Guadeloupe, il refuse cette nouvelle affectation car il lui est dû des arriérés de sa solde. Finalement, Victor Hugues lui fait une avance et il part en Guadeloupe, le 16 novembre 1799. Il y arrive le 11 décembre. Il est aide de camp de Baco.
En octobre 1801, il est aide de camp du capitaine général Lacrosse. Ce dernier le qualifie de sans-culotte, ce qui indique son profond engagement révolutionnaire. A Basse-Terre, lors de l'insurrection du 21 octobre, il accompagne Lacrosse à Pointe-à-Pitre et se rallie aux rebelles, le 24 octobre, lorsque le capitaine général est emprisonné. Il est nommé chef de la place de Basse-Terre par Pélage. Le 5 janvier 1802, il destitue des fonctionnaires blancs, accusés de correspondre avec Lacrosse. Deux jours plus tard, il devient chef de l'arrondissement de Basse-Terre. Les 15-16 février, en collaboration avec Massoteau, il fait arrêter des officiers blancs. Il est le chef de la résistance qui s'organise à partir du 10 mai 1802, dans la région de Basse-Terre.
Le 28 mai 1802, Delgrès meurt après avoir ordonné l'explosion de l'habitation Danglemont à Matouba. Selon la tradition orale, mise par écrit par Auguste Lacour en 1858, Delgrès jouerait du violon et aurait eu pour compagne Marthe-Rose dite Toto. En 1919, pour la première fois apparaît un portrait crayonné de Delgrès dans un ouvrage du journaliste guadeloupéen Oruna Lara : La Guadeloupe dans l'histoire, p. 155. Rien ne permet de confirmer l'authenticité de ce portrait. En 1989, le Conseil général de Guadeloupe a donné son nom au Fort Saint-Charles.

 

DORIA
Naissance : ?
Décès : 10 mai 1802, Baillif
Statut juridique avant 1794 :
Fonction en 1802 : Capitaine
Couleur : Noir
Sachant signer : Oui

Doria fils est simple fusilier du bataillon des Antilles, en novembre 1794. Il se distingue lors de la reconquête de Sainte-Lucie en 1795 et devient officier. Il est fait prisonnier par les Anglais en 1796. Après un séjour dans les prisons anglaises, il est échangé et arrive en France à la fin de 1797. En garnison à l'Ile d'Aix, à partir de 1798, il se rend à Paris au cours de l'été 1799.
Arrivé en Guadeloupe en décembre 1799, il sert comme lieutenant à la suite de la garnison de Pointe-à-Pitre. Il devient capitaine pendant la rébellion. Il participe activement aux combats de mai 1802 contre Richepance. Il est fait prisonnier, puis jugé à Basse-Terre, le 5 juin 1802, et certainement condamné à mort.

 

FRASANS, Hyppolite
Naissance : vers 1761, Lyon
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : Blanc
Fonction en 1802 : Membre du conseil provisoire de gouvernement de la Guadeloupe
Couleur : Blanc
Sachant signer : Oui

Hyppolite Frasans, homme de loi, déporté en septembre 1797 pour ses gazettes, notamment les Annales universelles, l'une des feuilles qui soutenaient avec énergie la cause de la royauté. Il est déporté à Cayenne, puis passe en Guadeloupe, où il exerce la profession d'avocat. Le 19 janvier 1800, il devient membre du tribunal civil de Pointe-à-Pitre. En 1800, il est adjoint du curateur aux successions vacantes de Pointe-à-Pitre.
Il devient commissaire civil provisoire, le 21 octobre 1801, puis membre du Conseil provisoire de gouvernement, le 10 novembre 1801. Il est chargé de la marine et des finances. Déporté de Guadeloupe, avec Pélage, le 29 juin 1802, il est enfermé à Brest, le 18 août 1802. Il est transféré avec ses compagnons à Paris, par ordre du 20 octobre 1802.
Il participe à la rédaction du Mémoire pour le chef de brigade Magloire Pélage, et pour les habitans de la Guadeloupe (Paris, Desenne, Thermidor an XI, août 1803, 2 tomes). Le 11 octobre 1803, il écrit, avec Pélage, Piaud, Corneille, une lettre au Premier consul, lui annonçant l'envoi de leur mémoire justificatif.
Frasans est aussi l'auteur d'un Précis pour Hypolite Frasans, habitant-propriétaire à la Guadeloupe (Paris, imprimerie de Porthmann, rue Neuve des Petits-Champs, brumaire an XII, octobre-novembre 1803, 57 p). Frasans et les autres prévenus sont élargis par une ordonnance du tribunal pénal de la Seine du 26 novembre 1803. A partir de 1810, il publie en Guadeloupe, un ouvrage périodique dans lequel il exprime ses vœux pour la restauration de Louis XVIII. Une fois celle-ci effectuée, Frasans demande la légion d'honneur dans une lettre, datée de Paris du 23 septembre 1814. Une lettre du 30 décembre 1814 du ministre de la marine au chevalier Hyppolite Frasans indique que, le 27 décembre, le roi l'a nommé chevalier de la légion d'honneur.

 

GEDEON, Pierre (dit LAFRONTIERE)
Naissance : en Guadeloupe
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : ?
Fonction en 1802 : Commandant du 3ème bataillon, puis commandant de la place de Basse-Terre
Couleur : Mulâtre
Sachant signer : Oui

Pierre Gédéon dit Lafrontière, effectue toute sa carrière militaire en Guadeloupe. Il est capitaine dans le deuxième bataillon stationné à Basse-Terre, en 1796. Il arrête plusieurs comploteurs à Capesterre, lors des révoltes de cultivateurs qui secouent la Guadeloupe en décembre 1797. Il assiste à la déclaration de naissance de l'enfant de Joseph Ignace, le 14 novembre 1798, à Pointe-à-Pitre. Il participe activement au renvoi de Desfourneaux, en octobre 1799. En octobre 1801, il est capitaine dans le 3ème bataillon stationné à Pointe-à-Pitre.
Il est avec Ignace et Pélage, l'un des principaux acteurs de la journée du 21 octobre 1801. Le 23 octobre, il est témoin du mariage de Magloire Pélage. Il est promu chef du 3ème bataillon par celui-ci. Il remplace Massoteau comme commandant de place, en mars 1802. Blessé à la jambe, il ne participe pas aux combats de mai 1802. Il est renvoyé par Lacrosse en France, le 6 mars 1803.

 

GOBERT, Jacques Nicolas
Naissance : 1er juin 1760, Pointe-à-Pitre
Décès : 17 juillet 1808, Guarroman (Andalousie)
Statut juridique avant 1794 : Blanc
Fonction en 1802 : Général de brigade
Couleur : Blanc
Sachant signer : oui

Ce blanc créole est sous-lieutenant de l'Ecole du génie à Mézières, le 1er janvier 1780. Alors qu'il est à Calais, il est élu par l'Assemblée coloniale de Guadeloupe deuxième suppléant de la sénéchaussée de Marie-Galante, à la fin de 1789. Il devient chef de bataillon, le 18 août 1792. Il sert dans l'armée du Nord dans les années 1792-1793. IL est affecté en 1794 à l'armée des Côtes de Brest. Le 30 juin 1795, il est chef d'état-major de Hoche à Quiberon. Le 20 septembre 1799, il est nommé général de brigade. Il participe en 1800 à la campagne d'Italie. Il est envoyé à Brest pour organiser l'expédition Richepance, le 8 janvier 1802. Il quitte Brest pour la Guadeloupe, le 1er avril 1802. Il participe au siège du fort Saint-Charles en mai 1802 et remporte la victoire de Baimbridge sur les troupes d'Ignace, le 26 mai 1802.
Il repart pour la France, le 15 septembre 1802. Il est promu général de division, le 27 août 1803. Il participe à la campagne d'Espagne de 1808 et est blessé mortellement à Baylen, le 16 juillet 1808. Son tombeau, par David d'Angers, est au cimetière du Père-La-Chaise à Paris. Des bas-reliefs évoquent la campagne de Guadeloupe de mai 1802. Le nom du général Gobert est inscrit au côté Ouest de l'Arc de Triomphe de l'Etoile. Natif de la Guadeloupe, Gobert a de bonnes connaissances du terrain et des mœurs de la population de la Guadeloupe. C'est lui qui suggère à Richepance d'utiliser une partie des troupes de couleur commandées par Pélage pour lutter contre Delgrès.

 

GRIPON, François Mondésir
Naissance : ?
Décès : début juin 1802, Basse-Terre
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 : Membre de la municipalité de Basse-Terre
Couleur : Mulâtre
Sachant signer : Oui

François Mondésir Gripon est le frère de Louison Gripon, officier de l'armée, fils naturel de la négresse affranchie, Françoise Gripon et du Blanc Louis Gripon. Sa mère est locataire d'un terrain dans la fabrique des Capucins dans la rue de traverse (actuelle rue Bébian) à Basse-Terre. Elle partage la jouissance de ce terrain avec ses deux fils Louison et Mondésir. Ce mulâtre libre est tailleur d'habits avant la Révolution.
A partir de la proclamation de la République en janvier 1793, il joue un rôle politique important. Il est le premier signataire d'une adresse en faveur de Lacrosse, le 3 mars 1793. Il est membre de la commission générale extraordinaire de la Guadeloupe en 1793. Il est, comme son frère, membre de la société populaire de Basse-Terre, en 1793-1794. Ses prises de position en font plutôt un républicain avancé, hostile au gouverneur modéré Collot qui le fait pourtant capitaine de la seconde compagnie du bataillon des gardes nationales, le 24 mai 1793.
Le 28 février 1800, il vient en aide à l'agent du Directoire Laveaux, néo-jacobin et menacé de déportation par ses collègues Jeannet et Baco.
Il est commissaire-priseur à Basse-Terre, lorsqu'éclate la rébellion du 21 octobre 1801. Lacrosse ordonne son arrestation et le place à bord du brick Les Trois Sœurs. Libéré le 25 octobre, il devient membre de l'administration municipale de Basse-Terre, aux côtés de Bernier, André Artaud, Edouard Lamode et du noir Boniface. En mai 1802, il se range aux côtés de Delgrès. Condamné à la pendaison par la commission militaire, mise en place par Richepance. Il est pendu à Basse-Terre au début de juin 1802.

 

IGNACE, Joseph
Naissance : vers 1769, Capesterre
Décès : 26 mai 1802, Baimbridge (Abymes)
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 : Commandant du 2ème bataillon
Couleur : Mulâtre
Sachant signer : Oui

Selon l'hypothèse la plus vraisemblable, Ignace, mulâtre, natif de Capesterre, est le fils d'une négresse libre appelée Robertine et d'un blanc, dont le nom est inconnu. En 1790, il se marie à Petit-Bourg avec la métisse libre Sophie. Il apparaît dans le contrat de mariage comme mulâtre libre et appelé simplement Ignace. Ignace est donc libre de couleur avant l'abolition de l'esclavage. Sa mère lui donne trois esclaves lors du contrat de mariage. Au début de 1792 à l'époque où la colonie est administrée par les aristocrates, il est geôlier de sa commune natale.
A la fin de 1792, Ignace est mentionné comme fervent partisan des royalistes à Trois-Rivières (commune voisine de Capesterre). Un arrêté du 5 septembre 1793, donne la possibilité aux libres de couleur de choisir un nom de famille. Bénéficiant de cette mesure, Ignace prend comme patronyme Ignace et utilise le prénom de Joseph. Ignace semble absent de Guadeloupe en 1793 et 1794.
Le 24 février 1795, Rose, âgée de quatre, fille de Sophie Ignace, décède à Saint-Pierre (paroisse du Mouillage). Il est possible que cette Sophie Ignace soit la femme de Joseph Ignace. Le couple aurait alors émigré avec les royalistes en 1793, en Martinique. Cette hypothèse expliquerait que Joseph Ignace n'apparaisse pas dans les sources en 1793 et 1794. Joseph Ignace aurait profité de la reconquête de la Guadeloupe par Victor Hugues, pour rentrer dans la colonie. Il apparaît comme lieutenant du 2ème bataillon stationné à Basse-Terre, le 16 mars 1795.
En 1798, toujours en garnison à Basse-Terre, il est capitaine du 4ème bataillon. Transféré à Pointe-à-Pitre, en 1798, il est capitaine du 1er bataillon qui devient le 2ème, en juillet 1801. Le 14 novembre 1798, à Port-de-la-Liberté (Pointe-à-Pitre), Joseph Ignace reconnaît son fils naturel Joseph-Chéry, d'une union illégitime avec Louise-Emilie. En mai 1800, il est membre du conseil de guerre. Un document de juin 1801, indique que pendant sa carrière militaire, les enfants mineurs d'Ignace ont pour tuteur officieux, Jean François Fabien, petit-fils de Jean-Baptiste Fabien, aubergiste dans le bourg de Capesterre. Ignace est à l'origine de la journée du 21 octobre 1801. C'est encore lui qui arrête Lacrosse, le 24 octobre. Il est ensuite nommé, chef du 2ème bataillon, stationné à Pointe-à-Pitre.
A l'arrivée de Richepance, il commande la garde d'honneur chargée d'accueillir le général français, le 6 mai 1802. Il refuse de se soumettre à Richepance et s'échappe dans la nuit du 6 au 7 mai. Il rejoint Basse-Terre, en passant par Petit-Canal et la Côte-sous-le-Vent. Il participe aux combats de Basse-Terre et du Fort Saint-Charles, du 10 au 22 mai. Il est vaincu à la bataille de Baimbridge par les troupes de Gobert. Sur le point d'être fait prisonnier, il se suicide, le 26 mai 1802. Contrairement à une idée trop répandue, Ignace n'est pas noir, mais mulâtre. Il n'est pas esclave, mais libre de couleur. Il sait d'ailleurs signer et écrire.

 

ISSERIS, Louis
Naissance : ?
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : ?
Fonction en 1802 : Sous-lieutenant de la garde nationale à Basse-terre
Couleur : Mulâtre
Sachant signer : ?

Louis Isseris, dit Grand Bâton, mulâtre, est sous-lieutenant de la garde nationale de Basse-Terre, en 1800. Le 14 mai 1802, il commande sur l'habitation l'Espérance et est mis en déroute par les troupes de Richepance.

 

JACQUET, Jacques
Naissance : ?
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 : Capitaine du 1er bataillon à Basse-Terre
Couleur : Métis
Sachant signer : Oui

Jacques dit Jacquette Jacquet est un métis affranchi. Il est le fils naturel de Bibianne, une esclave mulâtresse du père Antoine, curé de la paroisse. Il est tailleur d'Habits au Moule au début de la Révolution. En 1793, il est député du Moule à la Commission Générale Extraordinaire. Il appartient aux républicains les plus avancés et s'oppose vigoureusement au gouverneur modéré Collot. Il participe à la défense de l'île en avril 1794 contre les Anglais. Déporté en France, il revient en Guadeloupe avec le bataillon des Antilles, le 8 janvier 1795, il est alors capitaine d'une compagnie.
En garnison à Basse-Terre en 1801-1802, il est en poste à Dolé en mai 1802. Vainqueur, le 11 mai, il est battu le 22 du même mois. Jacquet poursuit la résistance en se réfugiant dans les montagnes de la Basse-Terre, après la défaite de Matouba. Au début de décembre 1802, Jacquet, obtient de Vermont, avec l'accord de Lacrosse, un passeport pour quitter la colonie

 

KIRWAN, Alexandre
Naissance : ?
Décès : 23-27 mai 1802, Matouba
Statut juridique avant 1794 : Blanc
Fonction en 1802 : Chef de bataillon
Couleur : Blanc
Sachant signer : Oui

Alexandre Kirwan est arrivé en Guadeloupe en même temps que Victor Hugues en juin 1794. Il est alors officier d'infanterie. Le 17 juillet 1794, il est nommé membre de la commission militaire, chargée de juger tous les accusés de délit contre la liberté du peuple. Au début de 1800, il est capitaine dans le bataillon de la Réunion, stationné à Basse-Terre qui devient le 1er bataillon en juin 1801. Il est fait chef de bataillon par Pélage. Il prend fait et cause pour Delgrès en mai 1802. Selon Lacour, apprenant la mort de son ami le juge Amaury tué par une bande de pillards noirs, il se suicide entre le 23 et le 28 mai 1802.

 

LACROSSE, Jean-Baptiste Raymond
Naissance : 5 septembre 1765, Mailhand (Lot-et-Garonne)
Décès : 10 septembre 1829, Mailhand (Lot-et-Garonne)
Statut juridique avant 1794 : Blanc
Fonction en 1802 : Capitaine général de la Guadeloupe
Couleur : Blanc
Sachant signer : Oui

Jeune noble, il devient officier de marine. Lieutenant de vaisseau, il est chargé d'annoncer la proclamation de la République aux possessions françaises des Iles du Vent (Guadeloupe, Martinique, Sainte-Lucie). Les deux premières étant entré dans la Contre-révolution, Lacrosse s'installe à Sainte-Lucie, au début de décembre 1792. Grâce à un habile travail de propagande, il parvient à soulever les patriotes et les libres de couleur des villes qui renversent les royalistes. Le 1er janvier 1793, il est promu capitaine de vaisseau.
Il arrive triomphalement en Guadeloupe, le 5 janvier 1793 et proclame officiellement la République. Les républicains de l'île lui confie le gouvernement provisoire de l'île qu'il est obligé, le 18 mars 1793, d'abandonner, au général Collot, nommé officiellement gouverneur de la colonie. Pendant les deux mois de son séjour, Lacrosse encourage la création de sociétés populaires suivant le modèle du Club des Jacobins. Lacrosse favorise la diffusion des idées jacobines parmi les Petits Blancs et les libres de couleur.
Lacrosse se rend ensuite en Martinique, où il participe activement à la vie des clubs politiques qui se créent sous son influence. En mai 1793, Lacrosse lutte avec succès contre les anglo-émigrés. Il s'oppose au pouvoir autoritaire de Rochambeau, avant de repartir pour la France, le 4 octobre 1793. Incarcéré en raison de ses origines nobles, il est réintégré dans son grade en janvier 1795.
Il commande plusieurs vaisseaux entre 1796 et 1800. Il est promu contre-amiral, le 22 septembre 1796. Un arrêté du 6 février 1801 nomme Lacrosse capitaine général et préfet colonial de la Guadeloupe. Il arrive en Guadeloupe, le 30 mai 1801. Sa politique vexatoire entraîne les journées des 21 et 24 octobre 1801 qui entraînent son renvoi de la Guadeloupe. Lacrosse est renvoyé pour la France à bord d'un navire danois dans la nuit du 5 au 6 novembre 1801. Capturé par un navire anglais, les autorités coloniales britanniques lui permettent de se rendre en Dominique. Là, il commence une intense propagande contre ceux qu'il qualifie de rebelles.
Après la prise de Maire-Galante, le 13 février 1802, il s'installe dans cette île. De retour en Guadeloupe, après la victoire de Richepance sur les rebelles, le 4 août 1802. Il reprend ses fonctions, le 3 septembre 1802. Le 8 mai 1803, il quitte la Guadeloupe pour revenir en France.
Lacrosse est préfet maritime du Havre du 24 septembre 180é au 23 octobre 1804. Il devient commandant en chef de la flotte d'invasion de l'Angleterre au camp de Boulogne, le 23 octobre 1804. Il est préfet maritime de Rochefort, du 24 mars 1811 au 26 avril 1812. Il est admis à la retraite, le 1er janvier 1816.

 

LESCALLIER, Daniel
Naissance : 1743, Lyon
Décès : 1822, ?
Statut juridique avant 1794 : Blanc
Fonction en 1802 : Préfet colonial réfugié en Dominique
Couleur : Blanc
Sachant signer : Oui

Daniel Lescallier commence sa carrière par un séjour à Saint-Domingue en 1764, puis il est commissaire à la Grenade et en Guyane. Au cours de son séjour guyanais, il favorise les affranchissements et tente de réformer le travail des esclaves sur les plantations possédées par Lafayette.
Rentré en France en 1788, il fait un rapport sur cette expérience du travail libre des esclaves : Réflexions sur le sort des Noirs dans nos colonies (Paris, 1789, 71 p). En 1789, il entre à la Société des Amis des Noirs. Il est adjoint au Comité de marine en 1790. Il est envoyé, le 18 août 1791,commissaire civil aux Mascareignes (Ile Maurice et Réunion). Il rentre en France en 1797 et est nommé à la tête du bureau des colonies.
Il est le véritable inspirateur des options prises par les Français en matière coloniale. En 1798, il est membre de la deuxième Société des Amis des Noirs et des colonies. Il entre au Conseil d'Etat après le coup d'état de Bonaparte. En 1801, il est nommé préfet colonial de la Guadeloupe, mais ne pouvant prendre ses fonctions à cause de la rébellion, il rejoint Lacrosse à la Dominique. Il rentre en France, en 1803.

 

MASSOTEAU
Naissance : ?, Guadeloupe
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 : Capitaine du 2ème bataillon
Couleur : Sang-mêlé descendant de Caraïbes
Sachant signer : Oui

Massoteau est natif de la Guadeloupe. Il se dit descendant de Caraïbe. Il est mentionné dans un document comme homme de couleur, mais très blanc. Il est donc très clair de peau. Nous ignorons tout de sa vie, avant 1794. Comme Delgrès et Pélage, il appartient au Bataillon des Antilles dont il est capitaine. Il quitte Brest, le 27 novembre 1794 et arrive en Guadeloupe, en compagnie des commissaires de la Convention Goyraud et Lebas, le 6 janvier 1795. Il reste dans l'île à la tête d'une compagnie.
En septembre 1798, il est capitaine d'une compagnie du 1er bataillon, détachée à Trois-Rivières. Aide de camp de Jeannet, puis de Lacrosse en 1801, il dirige également une compagnie du 2ème bataillon. Il ne participe pas à la journée du 21 octobre 1801.
Il est l'un des rares hommes de couleur à être qualifié d'anarchiste (néo-jacobin) par Lacrosse. Pélage donne à Massoteau le commandement du fort Saint-Charles. Le 7 janvier 1802, il prend le commandement de la place de Basse-Terre, laissé vacant par Delgrès. En mars 1802, il est relevé de ses fonctions par Gédéon, car Pélage considère que Massoteau et Delgrès agissent de manière trop autonome, à Basse-Terre. Il reprend le commandement d'une compagnie du 2ème bataillon à Pointe-à-Pitre.
Dans la nuit du 6 au 7 mai 1802, il refuse de se soumettre à Richepance. Il prend le bateau en compagnie d'Ignace à Petit-Canal, mais disparaît en mer. Il s'est peut-être noyé. Cependant, une lettre de Lacrosse au gouverneur de Saint-Thomas du 21 octobre 1802, demande l'arrestation de Massoteau. Ce dernier se serait réfugié, avec Danois, dans cette colonie danoise.

 

MENTOR, Jean-Louis
Naissance : vers 1761
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 : Commissaire-priseur et sous-lieutenant
Couleur : Noir
Sachant signer : Oui

Jean Louis Mentor, ne doit pas être confondu avec le député noir de Saint-Domingue au Conseil des Cinq-Cents (1797-1799) Etienne Victor Mentor fils, dont il pourrait être le frère. Son père est Joseph Mentor, maître maréchal-ferrant. Il est né à Pointe-à-Pitre vers 1775. Il s'engage dans le 2ème bataillon, le 19 juillet 1794. Il est caporal, le 15 janvier 1795, sergent, le 28 août 1796, sous-lieutenant, le 21 mars 1799. Il reçoit ce jour-là son brevet de sous-lieutenant de la part de Desfourneaux.
Au début de 1800, il est sous-lieutenant dans le 2ème bataillon, stationné à Pointe-à-Pitre. Mentor est l'un des deux Noirs, avec Palerme, parmi les principaux moteurs de la rébellion. Il est accusé d'être un néo-jacobin et prévenu d'exciter habituellement à la révolte, les Noirs et les mulâtres. Le 25 juin 1802, Ménard lui ordonne de se rendre à bord du Redoutable pour passer en France et se mettre à la disposition du ministre de la marine.
Il est déporté de Guadeloupe vers la France, avec Pélage, le 29 juin 1802. Il reprend du service en étant sous-lieutenant à Mantoue en 1803, année où il est mis à la retraite. Il écrit une lettre de Mantoue le 28 décembre 1803, dans laquelle il affirme qu'il est sous-lieuteant à la suite du bataillon des Pionniers Noirs.

 

MONNEREAU
Naissance : ?, Martinique
Décès : 11 juin 1802, Basse-Terre
Statut juridique avant 1794 : Blanc
Fonction en 1802 : Adjudant de place
Couleur : Blanc
Sachant signer : Oui

Nous ignorons tout de Monnerau avant le 10 mai 1802. Lacour affirme que c'est un blanc de la Martinique. Le 22 mai 1802, après l'évacuation du fort Saint-Charles par Delgrès, il empêche que l'ordre de Delgrès de faire sauter le fort soit exécuté. Il est condamné à mort le 11 juin 1802 pour avoir rédigé la proclamation du 10 mai 1802. Il accepte d'endosser toute la responsabilité de ce texte et il est exécuté le même jour à la batterie républicaine à Basse-Terre.

 

NICOLO
Naissance : ?
Décès : ?, Basse-Terre
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 :
Couleur : Mulâtre
Sachant signer : ?

Cet officier de l'armée de Guadeloupe est considéré par Lacrosse comme un des principaux rebelles ayant participé à son renvoi. Nicolo participe à la rébellion armée et meurt en luttant contre les troupes de Richepance, le 10 mai 1802, à Baillif.

 

PALERME
Naissance : ?
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : ?
Fonction en 1802 : Capitaine et commandant de la place de Pointe-à-Pitre
Couleur : Noir
Sachant signer : Oui

Palerme ou Paleme est certainement, avant l'abolition de l'esclavage, un nègre libre car il sait lire et écrire. Il apparaît pour la première fois à Sainte-Lucie en 1793. C'est un des principaux sans-culottes de l'île. Il est commissionné capitaine par le délégué Goyraud, le 2 juin 1795. Fait prisonnier par les Anglais en 1796, il est libéré l'année suivante.
En janvier 1798, il est en garnison avec Delgrès dans les casernes Martinville à Rouen et réclame avec lui l'arriéré de sa solde. Le 16 novembre 1799, il quitte l'île d'Aix pour la Guadeloupe, en compagnie de Jeannet, Pélage et Delgrès. Il y arrive le 11 décembre. Le 22 janvier 1800, Palerme devient capitaine à la suite des corps composant la garnison de Pointe-à-Pitre. Après, le renvoi de Lacrosse, il devient commandant de la place de Pointe-à-Pitre.
Il refuse de se soumettre à Richepance et suit Ignace dans la nuit du 6 au 7 mai 1802. Le 10 mai, il repousse avec le mulâtre Jacquet, l'attaque des troupes de Merlen à Dolé. Le lendemain, il repousse les Français au delà de Trois-Rivières, mais il échoue au Palmiste, où Merlen prend sa revanche. Le 18 mai, il attaque à partir du Palmiste pour obliger les Français à lever le siège du fort Saint-Charles.
Après son échec, il est rejoint par Ignace à Dolé, le 22 mai au soir. Il se dirige avec lui vers Baie-Mahault. Là, il est vaincu par Gobert et se réfugie dans les bois du Lamentin. Il poursuit la résistance. Dans une lettre du 12 septembre 1802, Lacrosse désigne Palerme comme le chef des vagabonds rebelles, de Basse-Terre. Dans un rapport du 17 février 1803, Lacrosse affirme que Palerme reste à prendre. En avril 1803, Lacrosse demande au gouverneur de Saint-Barthélémy si Palerme ne s'est pas réfugié dans cette colonie alors suédoise.

 

PELAGE, Magloire
Naissance : mars-avril 1766, Lamentin (Martinique)
Décès : 7 avril 1810, Estella (Espagne)
Statut juridique avant 1794 : Esclave
Fonction en 1802 : Président du Conseil provisoire qui dirige la Guadeloupe
Couleur : Câpre
Sachant signer : Oui

Magloire Pélage est le fils du citoyen Leblanc, mulâtre et de la négresse Fanchine. Ce n'est pas à proprement parlé un mulâtre, mais un câpre. Sa physionomie est sombre. Suivant la condition juridique de sa mère, il est né esclave. Sa propriétaire refuse de l'affranchir car il est un bon maçon. Cependant, elle lui permet de servir dans la milice. Son nom apparaît dans le corps des volontaires libres de la Martinique qui participe à la guerre d'Indépendance américaine. Pélage s'engage (certainement avec l'autorisation de sa maîtresse) dans le 1er bataillon des chasseurs de la Martinique en février 1793. Il devient sergent le 1er avril suivant.
En juin 1793, il est blessé à la cuisse à la bataille du Morne Vert-Pré qui oppose les troupes républicaines aux anglo-émigrés. Le 12 octobre 1793, il est promu au grade de lieutenant. Il est fait prisonnier par les Britanniques, le 25 mars 1794, lors de la prise de la Martinique et déporté en France. Débarqué à Saint-Malo, il est envoyé à Brest, le 1er septembre 1794. Le 21 octobre suivant, il est nommé capitaine de grenadiers par Lion, député de la Guadeloupe à la Convention. Le 17 novembre 1794, il part pour la Guadeloupe, il est le capitaine des grenadiers du bataillon des Antilles.
Il arrive en Guadeloupe, en compagnie des commissaires de la Convention Goyraud et Lebas, le 6 janvier 1795. Le 21 mars 1795, il quitte la Guadeloupe, pour partir à la reconquête de Sainte-Lucie, effectuée le 19 juin suivant. Pendant les combats, il est blessé à la main droite à la bataille du Rabot, le 22 avril 1795. Il est nommé chef de bataillon par Goiraud, le 3 juillet 1795. Il occupe, ensuite, un poste administratif en étant commandant temporaire du quartier du Gros Ilet. Il est blessé grièvement au bras gauche dont il perd l'usage, le 27 avril 1796, lors de la reconquête de l'île par les Anglais, puis fait prisonnier, le 27 mai 1796. Il est interné dans les prisons en Angleterre à Portsmouth. A l'occasion d'un échange de prisonniers, il est libéré et arrive à Fécamp, le 6 octobre 1797. Il est envoyé ensuite en garnison à Rouen.
En novembre 1797, Pélage commande un détachement de 182 hommes, formé de troupes rentrées de Sainte-Lucie et de la Grenade. Il est nommé à Brest par ordre du ministre du 18 décembre 1797. Puis il est nommé commandant de la place de Morlaix (Finistère), où il se trouve en poste, le 6 juillet 1798. Le 15 septembre 1798, il est muté avec tous les militaires de couleur à l'île d'Aix. Le 24 août 1799, il est promu au grade de chef de brigade et destiné à être employé à la Guadeloupe par ordre du ministre du 12 octobre 1799. Le 16 novembre, il quitte l'île d'Aix pour la Guadeloupe. Il y arrive le 11 décembre. Il est accompagné de Delgrès, Victor Dauphin, Palerme, Doria fils et Louison Gripon. Il est aide de camp de l'agent du Directoire Jeannet. Il joue un rôle décisif en éclairant les hommes de couleur sur les insinuations de Laveaux contre les Blancs et en permettant son renvoi, les 28 février et 1er mars 1800. Grâce à ce comportement, il est nommé commandant de l'arrondissement de la Grande-Terre, le 27 juillet 1800.
Il participe à la rébellion du 21 octobre 1801. Nommé le jour même, Le 23 octobre, Pélage, malgré les événements, se marie avec Anne Charlotte Mantet, martiniquaise de couleur native de Fort-Royal. Le négociant et adjoint municipal Pierre Danois, le lieutenant Nicolas Ollivier, les capitaines Louison Gripon et Pierre Gédéon assistent à l'union à 7 heures du matin. Le jour même, il accepte de devenir commandant en chef de l'armée. Le lendemain, après l'arrestation de Lacrosse, il devient dépositaire du pouvoir. Le 10 novembre, il choisit cinq administrateurs provisoires pour gouverner la Guadeloupe, sous le nom de Conseil provisoire. Toutes les communes ratifient cette décision par le plébiscite des citoyens actifs entre les 12 et 26 novembre. Le Conseil provisoire n'attend pas l'approbation de tous les cantons pour commencer à fonctionner et tient sa première séance, le 15 novembre 1801.
Pélage dirige la Guadeloupe jusqu'à l'arrivée de Richepance, le 6 mai 1802. Il combat aux côtés des troupes venues de métropole, à partir du 12 mai dans l'attaque de Basse-Terre et du Fort Saint-Charles (aujourd'hui Fort Louis Delgrès). Le 26 mai 1802, il participe activement à la défaite d'Ignace à Baimbridge.
Embarqué, le 29 juin 1802, pour revenir en France sur le vaisseau le Fougueux, il débarque à Brest, le 18 août 1802. Il est mis en accusation comme prévenu d'avoir pris part à la révolte qui a éclaté à la Guadeloupe. Il est transféré avec ses compagnons à Paris, par ordre du 20 octobre 1802. Rochambeau demande que Pélage lui soit envoyé à Saint-Domingue, par une lettre expédiée du Cap, le 10 mars 1803. Pélage participe à la rédaction du Mémoire pour le chef de brigade Magloire Pélage, et pour les habitans de la Guadeloupe, Paris, Desenne, Thermidor an XI, août 1803, 2 tomes. Le 11 octobre 1803, il écrit, avec Frasans, Piaud, Corneille, une lettre au Premier consul, lui annonçant l'envoi de leur mémoire justificatif. Il est mis en liberté par ordonnance du tribunal criminel de la Seine en date du 23 novembre 1803. Pélage est admis au traitement de réforme de son grade, le 8 mars 1804, à compter du jour de son débarquement en France (18 août 1802). De 1804 à 1808, Pélage vit de sa pension de retraite à Paris. Il écrit plusieurs lettres au ministère de la guerre pour pouvoir servir dans l'armée. Il est remis en activité pour être employé comme adjudant commandant à l'armée d'Espagne, le 12 septembre 1808.
Il participe à la guerre d'Espagne. Une lettre du ministre de la guerre à Pélage du 27 octobre 1808 indique qu'il est nommé adjudant-commandant à l'armée d'Espagne et qu'il doit se rendre à Bayonne. Il commande l'arrondissement d'Estella en Navarre et y décéde, le 7 avril 1810. Une lettre de Georges Joseph Dufour, gouverneur de la Navarre au ministre de la guerre en date du 9 mai 1810, indique que Pélage est mort des fatigues de la guerre et qu'il laisse une femme et trois enfants en bas âge presque dans la misère.
Le 30 juillet 1810, il est accordé une pension viagère de 450 livres à la veuve de Pélage. Celle-ci touche la pension jusqu'en 1826. En 1814, la veuve Pélage confie l'éducation ses filles à la veuve Trélon née de La Vacquerie, une institutrice. La veuve Pélage rentre en Guadeloupe avec sa plus jeune fille et les deux autres restent plusieurs années chez leur institutrice. Le 3 décembre 1834, le gouverneur de la Guadeloupe accorde la veuve Magloire Pélage, sur son lit de mort, une pension de 1855,70 francs. Le 25 juin 1835, le gouverneur arrête que la pension donnée à la veuve Pélage, alors décédée, est réversible à ses trois filles issues de son mariage avec le colonel Pélage, sous la condition qu'au décès de l'un des enfants, la pension sera réversible aux deux autres, et que le dernier vivant jouisse de la totalité de la pension.
Le 17 novembre 1858, la dernière fille survivante de Pélage, Victorine Joménée veuve Pautin vit dans un état voisin de l'indigence à Saint-Thomas, malgré la pension de 1.800 francs que la Guadeloupe continue de lui verser et qui suffit à peine à payer un gîte, réclame l'arriéré de la pension militaire due par le ministère de la guerre à sa mère entre 1826 et 1834. Le 21 janvier 1859, sa demande est rejetée par le ministère de la guerre.

 

PIAUD, Pierre
Naissance : ?
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : Blanc
Fonction en 1802 : Secrétaire général du conseil de gouvernement provisoire de la Guadeloupe
Couleur : Blanc
Sachant signer : Oui

Piaud est ancien membre du tribunal révolutionnaire de Rochefort en 1793. Il est accusateur public pendant le gouvernement de Victor Hugues (1794-1798). Il est qualifié de "guillotineur" par Lacrosse. Assez fortuné, grâce à la location des biens des émigrés. Il participe au renvoi de Desfourneaux en octobre 1799. Il devient secrétaire général du général Paris, alors au pouvoir (fin 1799). Puis, il est capitaine, adjoint d'état major du général Paris. Il n'est pas compris dans la nouvelle organisation militaire fixée par Lacrosse décidée le 20 juin 1801.
Il est accusé d'avoir incité à l'assassinat des officiers et des fonctionnaires favorables à Lacrosse, lors de la journée du 21 octobre 1801. Il participe à la rédaction du Précis des événements qui ont donné lieu au renvoi, en France, du Contre-amiral Lacrosse, en novembre 1801. Piaud devient secrétaire général du Conseil provisoire, le 10 novembre 1801. Il est déporté de Guadeloupe vers la France, le 29 juin 1802, avec Pélage. Incarcéré à Brest, puis à Paris, il est libéré grâce à une ordonnance du tribunal pénal de la Seine du 26 novembre 1803.

 

PLET, Louis
Naissance : ?
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 : Négociant
Couleur : Mulâtre
Sachant signer : Oui

Louis Plette ou Plet, mulâtre, est un des plus riches armateurs de corsaires de Basse-Terre. Il est l'armateur de La Résolue et du Hasard. Cet opulent célibataire lègue des dizaines de milliers de livres à différentes femmes de couleur lorsqu'il rédige son testament. Louis Plet s'est constitué grâce à la course une très importante fortune. Il est notamment en relation d'affaires avec Pierre Louis Bernier.
Suite aux journées des 21-24 octobre, Louis Plet est envoyé à Pointe-à-Pitre par Bernier pour aller à Pointe-à-Pitre pour s'informer et prendre des ordres de Pélage. Louis Plet écrit son testament, le 10 mai 1802, au moment, où les Français attaquent Basse-Terre. Embarqué, le 29 juin 1802, pour revenir en France avec Pélage, il débarque à Brest, le 18 août 1802. Il est mis en accusation comme prévenu d'avoir pris part à la révolte qui a éclaté à la Guadeloupe. Irénée Delacroix intervient en sa faveur en écrivant au ministre de la marine et des colonies pour le disculper, en juillet 1802.

 

PRUDHOMME
Naissance : ?
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 : Aide de camp de Pélage
Couleur : Mulâtre
Sachant signer : ?

Prudhomme est décrit comme mulâtre par Lacrosse et comme blanc lorsqu'il est déporté en France, avec Pélage, le 29 juin 1802. Il a certainement comme Bernier l'apparence d'un blanc. Prudhomme est à la fois négociant et corsaire, à Basse-Terre. Ses affaires ont du être florissantes à un moment, car il fait une banqueroute frauduleuse de 160.000 livres, peu de temps avant le 21 octobre 1801. Il est en prison, au moment de l'insurrection. Libéré, il devient aide-de-camp de Pélage.
En mai 1802, il se soumet à Richepance. Il sert de d'intermédiaire dans la négociation qui s'établit entre le général français et Delgrès, le 10 mai. Fait prisonnier par les révoltés, il est libéré le 22 mai, lors de l'évacuation du fort Saint-Charles. Il devient membre de la commission militaire établie par Pélage chargée de juger les rebelles. Il est déporté en France, avec Pélage.

 

RICHEPANCE
Naissance : 25 mars 1770, Metz
Décès : 3 septembre 1802, Basse-Terre
Statut juridique avant 1794 : Blanc
Fonction en 1802 : Général de division
Couleur : Blanc
Sachant signer : Oui

Engagé comme enfant de corps à 4 ans dans le régiment de Conti cavalerie. Il devient chasseur à cheval à 15 ans. Il devient sous-lieutenant en 1791, puis chef d'escadron en 1794.Il est promu général de brigade en 1796. Il sert en Allemagne en 1796-1797. Il devient général de division en 1800 et sert sous les ordres de Moreau contre l'Empire d'Autriche la même année. Il joue un rôle décisif dans la victoire d'Hoenlinden, le 3 décembre 1800. Il devient général en chef de l'armée expéditionnaire de Guadeloupe, le 4 mars 1802. Il part de Brest, le 1er avril 1802. Il doit lutter contre les forces commandées par Delgrès dans la région de Basse-Terre en mai 1802. Il ordonne une sévère répression (condamnation à mort des chefs et déportation des rebelles). Il prend le titre de capitaine général, le 14 mai 1802 et gouverne la Guadeloupe jusqu'à sa mort, le 3 septembre 1802. Il supprime la citoyenneté pour les hommes de couleur et le salaire pour les cultivateurs, le 17 juillet 1802. Le nom du général Richepance est inscrit au côté Est de l'Arc de Triomphe de l'Etoile.

 

SABES, Henry
Naissance : ?
Décès : ?
Statut juridique avant 1794 : ?
Fonction en 1802 : Officier
Couleur : Mulâtre
Sachant signer : ?

Henry Sabès, mulâtre, commande la batterie républicaine, située entre la Rivière des Pères et la Rivière aux Herbes, lorsque le 11 mai 1802, il est attaqué et vaincu par les troupes de Richepance.

 

SERIZIAT, Charles Catherin
Naissance : 21 avril 1756, Lyon
Décès : 8 juin 1802, Pointe-à-Pitre
Statut juridique avant 1794 : Blanc
Fonction en 1802 :Général de brigade
Couleur : Blanc
Sachant signer : ?

Il est soldat et corsaire sous l'Ancien Régime. Il est nommé général en chef de l'armée de Guadeloupe, le 4 décembre 1801. Il s'empare de Marie-Galante, le 13 février 1802. Il participe à la campagne de mai 1802 contre Delgrès. Parti de Pointe-à-Pitre, le 11 mai 1802, il fait sa jonction avec le chef de bataillon Merlen, au Palmiste, le 13 mai 1802, puis avec le général Gobert, le 14 mai 1802.
Lors du siège du fort Saint-Charles du 14 au 22 mai, il est chargé d'empêcher les troupes rebelles des camps de Dolé et du Matouba de perturber la construction d'une tranchée et la mise en place de batterie d'artillerie. Le 18 mai, les troupes qui sont sous commandement repoussent les assauts de Palerme sur l'habitation Legret (L'Espérance) et ceux d'autres rebelles sur l'habitation Ducharmoy.

 

SOLITUDE
Naissance : ?
Décès : 29 novembre 1802 ?
Statut juridique avant 1794 : ?
Fonction en 1802 : ?
Couleur : Mulâtresse
Sachant signer : ?

Le personnage décrit dans l'ouvrage d'André Schwarz-Bart est romanesque et ne correspond pas à la réalité historique. C'est un témoignage oral transmis à l'historien Lacour qui nous permet de connaître l'existence de cette mulâtresse. Nous ignorons s'il s'agit d'une esclave ou d'une libre de couleur. Si l'on en croit Lacour, elle serait venue de Pointe-à-Pitre rejoindre les rebelles. Elle est dans le camp de Palerme, lorsque celui-ci est attaqué par le général Gobert, le 23 mai 1802. Faite prisonnière, elle est enceinte. Condamnée à mort, elle est suppliciée après la naissance de son enfant, le 29 novembre 1802.

 

TOTO, Marthe Rose (dite TOTO)
Naissance : vers 1762, La Soufrière (Sainte-Lucie)
Décès : 2 octobre 1802, Basse-Terre
Statut juridique avant 1794 : Libre de couleur
Fonction en 1802 : ?
Couleur : Mulâtresse
Sachant signer : ?

Marthe Rose dite Toto est considérée, selon Lacour, comme la compagne de Delgrès. Elle est condamnée à mort le 2 octobre 1802 pour avoir pris part activement à la rébellion et s'être retirée au fort Saint-Charles, où elle aurait excité les Noirs à fusiller divers Blancs qui y étaient détenus.

 

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SOMMAIRE

HISTOIRE
21 octobre 1801, les hommes de couleur prennent le pouvoir en Guadeloupe
6 mai 1802, le Général Richepance arrive en Guadeloupe pour y rétablir l'ordre
L'agitation politique en Guadeloupe entre 1794 et 1802
Chronologie

PERSONNAGES
Le combat de Delgrès
Le combat de Richepance
Biographies des principaux protagonistes

ETAT DES LIEUX
Les communes de Guadeloupe
L'agriculture en Guadeloupe en 1799
La population de Guadeloupe en 1796
La politique coloniale de la France à l'époque révolutionnaire

REFERENCES
Textes historiques
Glossaire historique
Textes littéraires
Illustrations audio-vidéo
Bibliographie

crédits

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par Frédéric Régent

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