4 h. Le quadrille aujourd’hui : Carriacou (Grenade)

Dossier Laméca

Les quadrilles de la Caraïbe

4 h. LE QUADRILLE AUJOURD'HUI : CARRIACOU (GRENADE)

 

Sous contrôle français pendant plus d'un siècle au cours de la période esclavagiste (contrôle officieux de 1650 à 1763 en dépit de l'acte de propriété qui la déclarait colonie britannique, puis contrôle officiel de 1779 à 1783), Cariacou fait partie de l'archipel des Grenadines. L'île est rattachée administrativement à Grenade et est devenue indépendante en 1974. Carriacou est située entre la Grenade et Saint-Vincent et fait partie de ces pays de l'arc antillais où la culture française en général a laissé des marques profondes. Passée définitivement sous contrôle anglais peu avant la Révolution, le quadrille français proprement-dit y a eu un impact moins important que dans le "quadriptyque français" (Guadeloupe, Dominique, Martinique, Sainte-Lucie). La suite qu'aujourd'hui on appelle quadrille à Carriacou est faite de six danses. Les quatre premières sont des figures dont les déplacements et les pas sont fixes depuis longtemps. Les deux dernières, au choix des danseurs et des musiciens, peuvent être une valse, une polka (heel and toe), ou tout autre danse de leur choix. À Carriacou, en effet, les deux dernières danses peuvent aussi être des créations locales pleines d'humour, comme par exemple le "head-scratching" où les dames sont invitées à gratter la tête de leur cavalier, ou encore le "shaking" au cours duquel les danseurs secouent le torse en dansant sur place pendant huit mesures. Le quadrille de Carriacou se danse surtout pendant les festivités Parang qui sont liées à la nativité et aussi pendant la période carnavalesque. Ce quadrille peut aussi, mais cela est plus rare, prendre un aspect semi-religieux quand il est exécuté pendant les festivités Saraca qui suivent un rituel Big Drum. Dans ce contexte, un ou plusieurs danseurs de quadrille peut entrer en état de transe et recevoir la visite d'une divinité néo-africaine. Semi-religieux ou purement profane, le quadrille de Carriacou débute toujours par une libation versée aux ancêtres qui sont ainsi invités à se joindre aux festivités. Cette libation est dansée en respectant une chorégraphie spécifique. Le quadrille proprement-dit commence ensuite. Pour ce faire, quatre couples adoptent la traditionnelle disposition en carré et exécutent les figures et parcours communs à tous les quadrilles (balancé, chaîne, avant-deux, cavalier seul, etc.), sur les bords et à l'intérieur de ce carré. De nos jours le quadrille de Carriacou est en grand danger de disparition à relativement court terme.

Quadrille par le groupe L’Esterre Quadrille à Hillsborough (Carriacou , 1995).

Selon la tradition, la musique de ce quadrille est exécutée par un string band, un petit ensemble de quatre instruments, un violon, un tambourin (équivalent du tanboudibass des îles françaises) un triangle qui selon Rebecca Miller (2007 p. 65) peut être remplacé par un cuatro, et une grosse caisse de facture artisanale. Le joueur de triangle marque le tempo d'un pied qu'il frappe au sol tout en jouant. L'ensemble se complète d'un commandeur (caller) qui est souvent une personne qui jouit d'une certaine influence dans la communauté où la danse est donnée.

String band à Six Roads (Carriacou, 1962).
De gauche à droite : Dodo (triangle), Isaiah Augustin (tambourin), Conrad James (vioon) et Anderson Wells (grosse caisse).
© Alan Lomax

 

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SOMMAIRE
Définition
1. Les antécédents européens : cotillon, contredanse française et longway anglais

2. Le quadrille dans les sociétés coloniales des Antilles
3. Appropriation, créolisation, re-création
4 a. Le quadrille aujourd'hui : Cuba

4 b. Le quadrille aujourd'hui : Haïti
4 c. Le quadrille aujourd'hui : Sainte-Croix et Saint-Thomas
4 d. Le quadrille aujourd'hui : Guadeloupe
4 e. Le quadrille aujourd'hui : Dominique
4 f. Le quadrille aujourd'hui : Martinique
4 g. Le quadrille aujourd'hui : Sainte-Lucie
4 h. Le quadrille aujourd'hui : Carriacou
En guise de conclusion
Illustrations musicales
Bibliographie

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par Dr Dominique Cyrille

© Médiathèque Caraïbe / Conseil Départemental de la Guadeloupe, 2018