2. L’histoire du peuplement – Question de méthode pour restituer l’histoire singulière de la zone des Grands-Fonds

Dossier Laméca

Histoire de la zone des Grands-Fonds de la Grande-Terre (Guadeloupe)

II. L'HISTOIRE DU PEUPLEMENT
Question de méthode pour restituer l'histoire singulière de la zone des Grands-Fonds

 

Avec ce chapitre consacré à l'ère esclavagiste de l'histoire des Grands-Fonds, nous abordons le début du processus de peuplement et la mise en place des premières structures agro-foncières de la zone. Aussi, nous voudrions préciser quelques règles méthodologiques que nous avons dû mettre en œuvre au vu de la singularité de l’espace étudié et qui nous séparent de l’approche des « historiens ».

Si, pour la période post-esclavagiste, nous avons dû circonscrire le travail de collecte aux Grands-Fonds de Sainte-Anne —tout en élargissant le champ à chaque fois que la dispersion des groupes ou de leur patrimoine l'exigeait—, nous avons pu, pour cette première période qui court de la fin du XVIIe au milieu du XIXe siècle, couvrir toute la région géographique, grâce aux recensements disponibles, parmi lesquels, les « États Nominatifs des Citoyens… ».

Ici, les documents d'Archives constituent donc l'essentiel des sources qu'il a néanmoins fallu compléter avec les enquêtes de terrain, en particulier pour répertorier les groupes de Petits-Blancs dont les descendants ne sont malheureusement plus très nombreux dans la région.

Dans ce sens, nous avons cherché à réaliser des entretiens dans les Grands-Fonds du Moule dont la population actuelle a des ascendants qui ont longtemps vécu dans les Grands-Fonds de Sainte-Anne ainsi que de Morne-à-l'Eau. Non sans avoir insisté, nous avons cependant renoncé aux enquêtes ethnographiques chez ces Petits-Blancs dont l'excessive méfiance imposait trop d'obstacles pour la bonne conduite de cette étude (1). Reste que ce groupe ethnique ayant toujours joui de liberté et des droits civiques, nous avons surmonté ce handicap en recourant aux documents d'état civil qui permettent en effet de suivre l'itinéraire des groupes de parenté qui le composent, sans solution de continuité, et surtout sans les grosses difficultés que présentent les «Gens de couleur» libres et les Affranchis qui ne sont souvent inscrits dans les documents d'état civil et des hypothèques que sous leurs prénoms ou « nom-savann » (faute de patronyme).

Pour cette période, comme pour la suivante, la reconstitution de l'histoire du peuplement a donc été menée surtout à partir :

a) des registres de l'état civil des paroisses des quartiers et des communes dont les plus anciens disponibles datent du début du XVIIIe siè­cle (1733) pour la paroisse de Sainte-Anne ;

b) de l'« État Nominatif des citoyens de tout âge et de tout sexe…» (2) pour les communes des Abymes, du Gosier, de Morne-à-L’eau, du Moule et de Fraternité ;

c) des Bulletins officiels pour les Affranchis qui ont recouvert leur liberté au cours de la quinzaine d'années précédant l'abolition de l'esclavage de 1848 ;

d) des recensements des «Nouveaux Libres» ou «Registres d'état civil des nouveaux citoyens» qui permettent de repérer avec plus ou moins de succès, les lignages au moment de leur constitution formelle.

Le grand intérêt des deux dernières séries de recensements, c'est qu'au delà de la référence au quartier ou à la commune, elles désignent expressément l'habitation où l'individu affranchi résidait et/ou celle sur laquelle il réside au moment de son inscription. Comme nous le disions plus haut, ceci facilite les recherches d'autant que, dans la majeure partie des cas, les patronymes attribués aux nouveaux citoyens n'étaient que les prénoms ou « nom-savann » qu'ils portaient pendant leur servitude, sinon des prénoms arbitrairement pris sur ce qui devait bien être un calendrier chrétien (3). C'est dire que le risque existait

— soit, de retrouver dans la même commune ou dans deux communes voisines, le même patronyme porté par plusieurs individus sans que ceux-ci aient le moindre lien de parenté identifiable ;

— soit, que des individus ayant des liens de parenté incontestable se trouvent inscrits sous des patronymes différents (totalement ou au regard de l'orthographe retenu par les employés de l'état civil au moment des recensements) (4).

Dans ces cas la désignation de l'habitation d'origine ou de résidence de la personne recensée devient un argument indispensable pour résoudre cette énigme.

Ce rôle privilégié que nous avons assigné aux documents écrits n'a cependant pas exclu un inventaire préalable ou une vérification à posteriori sur le terrain. Notamment parce que beaucoup d'habitations signalées dans les divers registres n'existent plus en tant que telle et qu'il est de ce fait difficile de les localiser par rapport aux grandes sous-régions à l'intérieur d'une même commune ; à ceci, il faut ajouter que la nature « sucrière » ou « vivrière » de ces habitations n'est pas toujours mentionnée.

Un des mérites du recours complémentaire aux deux sources d'observations est de permettre le repérage et l'évaluation des mouvements de populations entre les différentes zones géographiques de l'archipel, entre les communes et à l'intérieur de la même zone géographique, singulièrement au lendemain de l'abolition de l'esclavage de 1848.

C'est en tout cas, grâce à cette approche que nous pouvons :

— confirmer après M. JASOR, que parmi les petits-Blancs qui constituaient le groupe social dominant dans la région, celui des « Blancs-Matignon » ne s'est replié dans les Grands-Fonds du Moule qu'au lendemain de l'abolition de l'esclavage (5),

— et récuser l'opinion très répandue et reprise par G. LASSERRE selon laquelle : « la région des Grands-Fonds... se peupla au lendemain de l'abolition de l'esclavage, d'anciens travailleurs ayant déserté les habitations sucrières (6) ».

Par-delà la formation du peuplement, ces documents d'état civil ont également servi à la reconstitution des structures parentales dans la région.

A ce propos, nous avons retenu de dépasser les considérations juridiques pour appréhen­der les groupes dans leur réalité sociale concrète. Cette attitude nous a amené à distinguer :

— s'agissant des relations matrimoniales : les conjoints « avec alliance » et ceux « sans alliance » en tenant compte qu'un individu marié et entretenant par ailleurs une relation adultère (mais rarement éphémère), puisse appartenir simultanément aux deux catégories tout comme celui qui a eu ou prendra mais de manière informelle (au regard des lois écrites) un (e) autre partenaire avant ou après son mariage ;

— s'agissant des relations de filiation : les situations de progéniture « avec alliance », « sans alliance », « reconnue » ou simplement « connue » (7).

Ces distinctions qui permettent de surmonter les contradictions inhérentes aux lois (très judéo-chrétiennes) qui règlent les relations matrimoniales ici, présentent surtout le grand intérêt de rendre transparentes l'articulation entre les rapports réels de parenté et la circulation des titres fonciers, et à terme, les modalités d'accès de certains groupes sociaux à la terre.

En ce qui concerne le processus de formation de la propriété foncière, la démarche de principe est restée la même, sauf que cette fois le travail d'archives a porté sur les transcriptions des minutes notariales, et les plans d'assemblage du cadastre de Pointe-à-Pitre.

Relevons ici l'état souvent défectueux de certains documents des hypothèques (répertoires alphabétiques, actes).

Nous voudrions par ailleurs insister sur l'extraordinaire richesse (8) de ces matériaux qui sont à notre avis incontournables pour l'écriture de l'histoire économique et sociale de la Guadeloupe (ainsi d'ailleurs que de la Martinique). Nous sommes même tentés de dire que l'essentiel aussi bien que le détail de la vie économique et sociale de cet archipel sont concentrés dans ces minutes no­tariales dont les transcriptions sont heureusement disponibles pour une bonne part aux Archives Départementales de la Guadeloupe (9).

Rappelons qu'au début de cette étude, nous avons cru pouvoir, comme pour les données d'état civil, procéder au dépouillement des actes hypothécaires concernant l'ensemble des populations des Grands-Fonds de Sainte-Anne. Dans cette perspective, nous en avons systématiquement collecté les références. Cependant, après avoir évalué le temps qu'aurait exigé un dépouillement manuel de ces actes, nous avons dû circonscrire la collecte à un échantillon plus réduit qui compte néanmoins plus de mille actes répartis sur trois quarts de siècle.

Par ailleurs, ici aussi, nous avons classé les différentes transactions foncières en quatre grandes catégories :

— les ventes notariées (VNOT) ;

— les ventes sous seing privé (VSSP) ;

— les ventes adjudication (VADJ) ;

— les donations (DONA).

Nous avons procédé ainsi parce que les informations que fournissent les actes diffèrent en quantité et en qualité selon la nature des transactions. Ainsi par exemple, si les VNOT et les VADJ (très précises dans la désignation des limites des terres) sont très précieuses pour l'identification des premiers propriétaires, la localisation des habitations et l'appréciation de l'évolution des prix de la terre, les VSSP et les DONA (qui servent souvent à détourner la Loi) fournissent, elles, des détails inestimables sur les relations sociales entre les contractants et au delà entre les groupes lignagers, de même que sur les modalités non économiques qui ont souvent rendu possible l'acquisition d'un patrimoine foncier par certains groupes sociaux etc.
Ce chapitre sera subdivisé en trois sections. Nous consacrerons la première aux premières phases du processus de mise en valeur de la zone ; la seconde livrera, à partir du dépouillement des recensements de 1796-1797, une photographie de la région à la fin du XVIIIº siècle, permettant ainsi d'établir sans conteste l'ancienneté du peuplement et de l'appropriation des terres ; et la dernière tentera sur la base des rares documents dont nous disposons, de faire le point sur la phase de l'histoire des habitations secondaires qui court de la première à la seconde abolition.

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(1) A propos des difficultés d'enquêtes ethnographiques chez les Petits-Blancs et ce que nous appelons ici leur excessive méfiance, il nous faut préciser certaines choses, étant donné le discours dont ce groupe ethnique est l'objet en Guadeloupe:

— grâce à un ami résidant dans les Grands-Fonds de Sainte-Anne qui est lui-même descendant de Petit-Blanc, nous avons été introduit dans trois familles de « Blancs-Matignons ». Comme de coutume pour ces entretiens, nous avons expliqué les objectifs de notre étude et obtenu des rendez-vous pour des entretiens dont nous n'avons jamais dissimulé l'objet, savoir : les générations successives des ascendants ; les métiers que les uns et les autres pratiquaient ; s'ils avaient un patrimoine foncier ; comment ils organisaient leurs exploitations lorsqu'ils étaient agriculteurs, etc.;

— Comme de coutume nous étions au rendez-vous au jour dit et, à chaque fois nos informateurs étaient absents. Ils n'étaient pas « descendus dans les fonds » comme cela arrivait souvent ailleurs ; ils étaient « en voyage » c'est à dire partis au bourg du Moule ou à Pointe-à-Pitre pour toute la matinée ou la journée ; de fait il était inutile de les attendre ;

— Un jour, alors que nous nous présentions pour la troisième fois pour un même rendez-vous, notre ami qui avait des liens de parenté avec l'informateur que nous devions rencontrer, proposa que nous fassions l'entretient avec l'épouse de ce dernier qui en savait autant que son conjoint sur la généalogie de ses parents et beaux-parents qui avaient par ailleurs des liens de parenté très anciens et très proches entre eux en raison des pratiques endogamiques très courantes au sein du groupe ; la dame (environ soixante ans) qui était heureuse d'évoquer la mémoire de ses parents, avait accepté la proposition de son cousin (notre ami) et nous avions commencé l'entretien ; une demi-heure plus-tard, le chef de ménage avec qui nous avions pris rendez-vous et qui était en principe « en voyage » arriva ;  au vu de sa tenue, il ne pouvait pas être allé plus loin que l'un quelconque de ses jardins ou celui de l'un de ses voisins. En tout cas sa réaction ne s'est pas fait attendre : il a purement et simplement renvoyé son épouse après lui avoir rappelé que :

a) le rendez-vous n'avait pas été pris avec elle,

b) qu'elle n'était pas autorisée à raconter à quiconque les histoires concernant ses parents,

c) qu'elle n'a dit jusque là que des choses fausses...

et de revenir vers nous pour s'excuser d'avoir été « dehors » inopinément avant de faire remarquer que compte tenu de l'heure déjà très avancée, l'entretien ne pouvait avoir lieu ce jour... et de proposer un nouveau rendez-vous etc...

— pour notre ami qui comptait sur les liens de parenté et les relations de confiance très anciennes entre lui et notre hôte, il ne nous servait à rien d'entretenir des illusions ; comme les autres qui nous avaient fixé des rendez-vous et n'étaient jamais là, celui-ci « ne veut pas parler de ses parents » notamment parce qu'il craint d'en dire trop et de dévoiler à l'extérieur les pratiques qui ont cours dans le groupe et que l'opinion (sans en avoir nécessairement la preuve) condamne généralement en Guadeloupe.

C'est ainsi que nous avons retenu de nous passer des observations ethnographiques sur ce groupe d'autant que nous disposions grâce aux archives d'autres sources pour le suivre.

Toutefois, par intermédiaire de Mme Josette FALLOPE du Département d'Histoire de l'Université Nationale de Côte d'Ivoire (qui est par ailleurs parente aux COUCHY du Moule), nous avons pu rencontrer une descendante des Petits-Blancs des Grands-Fonds du Moule, Mme Marthe COUCHY qui nous a volontiers accordé près de dix heures d'entretien. Née en 1902, Mme Marthe COUCHY est la fille de Clémence COUCHY et Henry TITECA-BEAUPORT et la petite fille de Marcel COUCHY, habitant-propriétaire, domicilié aux Grands-Fonds du Moule.

Nous voudrions ici dire notre grande reconnaissance à Mme J. FALLOPE et surtout à Mme M. COUCHY dont les informations sur les Petits-Blancs des Grands-Fonds du Moule mais aussi de Morne-à-l'Eau ont été d'une grande contribution pour cette étude.

(2) Il s'agit du Recensement de 1796-97 qui a été réalisé par commune et par habitation ; l'intérêt de ce document est double : la typologie qu'il propose des habitations et qui permet d'inventorier celles qui concernent notre espace ; et la désignation des Petits-Habitants propriétaires et le groupe ethnique auquel ils appartiennent.

(3) Ceci est surtout vrai pour les Affranchis et les Nouveaux-libres d'origine créole ; les «Nouveaux citoyens» nés en Afrique ont souvent pu garder leurs prénoms ou « nom-savann » d'origine africaine comme patronyme; il en est ainsi des TROUILLEFOU ou TROUIFOU, AKO, COUMBA ou KOUMBA, ABAJIO, AQUABA, ACEKAVI, AGNOMON, AKOUANA, ALAFIN, ADAGGIO, OKEBIBOUE, OBIAKOUA, OKOLI, OLOUBOU, OMAï, OCYALE etc... dans la commune de Sainte-Anne. On trouvera plus loin pour les Grands-Fonds de Sainte-Anne, la liste des Nouveaux-Libres selon leur groupe ethno-social d'origine (GESO).

(4) Il n'est pas sans intérêt ici d'insister que toute recherche dans ce département qui veut utiliser les documents d'état civil ou des hypothèques doit impérativement savoir tenir compte de cette réalité ; car c'est régulièrement qu'on se trouve confronter à ce problème des différences dans l'orthographe des patronymes. Ainsi, dans deux documents faits à deux dates différentes mais concernant le même individu, les patronymes peuvent être si différents qu'à moins de disposer d'autres sources de vérification, on court le risque de laisser tomber des informations. C'est le cas par exemple lorsque l'on travaille sur un espace où sont recensés des groupes distincts tels que « GALAS » et « GALLAS », « CHABUS » et « CHABUT » etc. ou des groupes identiques au patronyme écrit tantôt « FEMIUS » et tantôt « PHEMIUS » ou encore « SIAR » et « CIARD », « TROUILLEFOU » et « TROUIFOU », « LUISSINT » et « LOUISSAINT », « MALACQUIS » et « MAAQUIS » etc.

Ajoutons pour finir que ce qui était vrai des registres des XVIIIe et XIXe siècles l'est aussi pour des documents datant des années 1950.

(5) M. JASOR, Le guide-touristique en Guadeloupe, ouvrage en deux langues (anglais-français) sous forme d'entretien. Pointe-à-Pitre, Jackson, 1935, 1 vol. in-8, 172 p., cité par G. LASSERRE, La Guadeloupe Tome II Les îles et leurs problèmes, op. cit. p 563

(6) G. LASSERRE, La Guadeloupe Tome II Les îles et leurs problèmes, op. cit. p 564

(7) Dans la suite du texte, ces différentes situations seront symbolisées par les signes suivants que nous avons parfois empruntés au « tableau des signes conventionnels adoptés lors du IVe Congrès international de Généalogie et d'Héraldique » et à J. VALYNSEELE ; cf Marie CLEMENT, le Guide Marabout de la généalogie, Les Nouvelles Editions Marabout 1984.

— XAP: conjoints mariés avec progéniture

— XSP: conjoints mariés sans progéniture

— XPA: individu marié... ayant une progéniture adultère

— SAP: conjoints sans alliance avec progéniture

— SAPC: individu sans alliance... avec progéniture connue

— SAPR: conjoints sans alliance avec progéniture reconnue

La situation des enfants étant déterminée par la nature des rapports entre les parents, les symboles utilisés pour l'identifier sont :

— PX: progéniture née de parents mariés

— PXX: progéniture née de parent (s) remarié (s)

— PR: progéniture reconnue et donc née de parents pas nécessairement mariés,

— PC: progéniture connue (très généralement) du Sieur Untel qui ne la reconnaît ce qui n'empêche pas souvent Untel d'assumer ses responsabilités sociales de père.

Nous voudrions dire notre reconnaissance à M. J.C. HALLEY qui nous a non seulement encouragé au traitement informatique des données généalogiques, mais nous a également offert ce document qui nous a utilement servi.

Autrement, il va sans dire que nous aurions souhaité faire l'économie de cette typologie particulièrement lourde à gérer. Après une année d'enquête sur le terrain, nous nous sommes rendu compte que le cadre juridique du foyer monogamique a créé ici une situation d'une rare complexité qui n'est comme nous le verrons, l'exclusivité d'aucun groupe ethnique.

Ceux qui ont l'expérience des sociétés africaines (qui marquent culturellement les représentations et pratiques matrimoniales ici) conviendront avec nous que la reconnaissance formelle de la polygamie aurait souvent simplifié les situations ; car, en dépit de la loi, la pratique sociale dominante relève de la polygamie pure et simple... ce que traduit bien le discours populaire qui ignore les notions d'« amant » ou de « maîtresse » qui n'ont de sens ici qu'en milieu urbain et particulièrement au sein de la petite-bourgeoisie ; dans les zones rurales de la Guadeloupe, personne ne doute des devoirs moraux de la « concubine » vis à vis de son conjoint jusque quand celui-ci est marié par ailleurs, et ce, d'autant que celle-ci a eu des enfants avec son conjoint. Ce n'est pas le moment d'engager le débat avec les théoriciens de la « matrifocalité ». Disons simplement que tous ceux qui voudraient contribuer à l'intelligence des spécificités ethnologiques des sociétés afro-américaines gagneraient à coller un peu plus leurs analyses aux observations sur le terrain. Nous y reviendrons.

(8) En dehors des minutes notariales il faut signaler également en ce qui concerne les documents d'état civil,  la richesse des actes de mariages qui comblent souvent certaines lacunes des actes de naissance et/ou d'affranchissement en même temps qu'ils fournissent de précieuses informations sur le niveau et le mode de vie, les stratégies économiques, financières ou sociales des différents groupes et plus généralement les rapports sociaux en cours dans la région.

(9) Nous ajouterons qu'elles seront d'autant plus faciles à exploiter par la recherche qu'elles seront stockées sur des supports informatiques.

 

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SOMMAIRE
Avant-propos
I. L’espace géographique
II. L'histoire du peuplement
A. Question de méthode pour restituer l'histoire singulière de la zone des Grands-Fonds
B. Mise en valeur et peuplement des Grands-Fonds (XVIIe-XVIIIe siècles)
1. Les Grands-Fonds avant l'installation des Petites-Habitations: l'ère Caraïbe
2. L'ère des communautés-marronnes
3. La mise en valeur mercantiliste. Les modalités économiques d'installation des Habitations secondaires dans les Grands-Fonds
4. L'installation des Petites-Habitations et les premières formes du peuplement actuel
5. Le processus de peuplement des Grands-Fonds: les petits-Blancs
a. Les petits-Blancs de la première génération de colons
b. Les petits-Blancs du second groupe
6. Le processus de peuplement des Grands-Fonds: les "Gens de couleur" et les Noirs affranchis
Illustrations audio-vidéo
Bibliographie

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par Georges Lawson-Body

© Médiathèque Caraïbe / Conseil Départemental de la Guadeloupe, 2020