Dossier Laméca
Deux îles, un même combat.
La jeunesse étudiante antillaise en lutte dans le Paris de l'après-guerre (1946–1974)
INTRODUCTION
On raconte souvent l'histoire des Antilles françaises en s'arrêtant à 1946 : cette année-là, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane cessent d'être des colonies pour devenir des départements français à part entière. La départementalisation promet aux Antillais les mêmes droits, les mêmes chances qu'à n'importe quel citoyen de l'Hexagone. Pour les jeunes qu'elle envoie étudier à Paris, cette promesse devait d'abord se vérifier sur les bancs de la fac. Elle a plutôt révélé, dans les foyers réservés aux étudiants coloniaux, dans les pages des journaux qu'ils rédigeaient eux-mêmes, puis dans la rue, tout ce qui séparait encore la citoyenneté française de l'égalité française. C'est de cette découverte qu'est né un mouvement.
Ce dossier Laméca suit ce mouvement en quatre temps. Il commence dans les foyers étudiants des années 1950, où la nostalgie du pays — les bals, les sorties, les nouvelles de Fort-de-France ou de Pointe-à-Pitre — se change peu à peu en conscience politique, jusqu'à la commémoration d'un héros anticolonial et une lettre ouverte sommant Aimé Césaire de choisir son camp. Il se poursuit dans les années 1960, quand d'anciens militants étudiants font naître une nouvelle génération d'organisations nationalistes, les unes réclamant l'autonomie, les autres l'indépendance pure et simple. Il s'arrête ensuite sur la situation particulière des Antillaises de cette même génération, prises en étau entre les stéréotypes d'une administration qui ne voyait en elles que de futures domestiques et une rhétorique nationaliste qui les réduisait trop souvent à de simples victimes. Il se referme, enfin, sur mai et juin 1968, quand des étudiants antillais fondent leur propre comité, défilent aux côtés des manifestants français, puis occupent le siège du BUMIDOM — l'organisme d'État chargé, justement, de gérer leur propre migration.
D'un bout à l'autre, un même fil conducteur : le militantisme étudiant antillais à Paris n'a jamais été un simple écho de Mai français. Il porte la marque des promesses non tenues de la départementalisation, des ambiguïtés de la citoyenneté française, et d'une conviction affirmée d'abord à voix basse, dans les soirées dansantes, puis à voix haute dans les journaux nationalistes, avant de s'écrire, finalement, sur les murs d'une agence gouvernementale : les Antillais avaient le droit — et la capacité — de décider eux-mêmes de leur avenir.
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SOMMAIRE
Introduction
I. Le foyer, premier terrain politique : les étudiants antillais dans les années 1950
II. De l'amicale culturelle à l'avant-garde nationaliste : l'engagement étudiant dans les années 1960
III. Les Antillaises : entre stéréotypes d'État et récupération nationaliste
Conclusion
IV. Mai 68 : les étudiants antillais, de la barricade à BUMIDOM
Conclusion
Paroles d'archives
Bibliographie
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par Félix Germain
© Médiathèque Caraïbe / Conseil Départemental de la Guadeloupe, septembre 2026

