Dossier Laméca

Deux îles, un même combat.
La jeunesse étudiante antillaise en lutte dans le Paris de l'après-guerre (1946–1974)

CONCLUSION

 

Mis bout à bout, les luttes des foyers dans les années 1950, l'organisation nationaliste des années 1960, le double soulèvement de Mai 68 et la situation propre aux Antillaises racontent une seule et même histoire : celle d'une génération qui, pendant trois décennies, n'a cessé de dire à la République que la départementalisation n'avait pas tenu ses promesses d'égalité — et que les Antillais eux-mêmes, plutôt que l'administration française, le BUMIDOM, ou même l'université qui les avait formés, étaient les mieux placés pour définir ce que cette égalité devait vraiment signifier.

Cet argument prend des formes différentes selon les époques — un sondage dans un journal étudiant sur la question du statut, une commémoration qui remet un héros oublié à sa juste place, un drapeau rouge hissé au-dessus d'une agence d'État — mais la logique, elle, ne varie pas. Les militants antillais ne rejettent que rarement la France en bloc, même dans leurs moments les plus radicaux : le programme modéré de l'AGTAG, comme le sondage d'Alizé, montrent plutôt une volonté de redéfinir la relation que de la rompre. Même le nationalisme sans compromis du GONG, et sa rupture avec l'AGTAG, traduit un désaccord sur l'ampleur de cette redéfinition — pas un doute sur l'échec du statu quo.

Cette histoire vient aussi nuancer l'idée d'un « Paris noir » étudiant homogène dans l'après-guerre. Étudiants antillais et africains partagent des formes d'exclusion souvent semblables et, à certains moments — les commémorations Delgrès, par exemple — affichent une vraie solidarité. Mais la citoyenneté française sépare concrètement les deux groupes, et de façon lourde de conséquences : elle protège les Antillais de l'expulsion pendant Mai 68, une protection que les étudiants africains subsahariens n'ont jamais eue. Ces différences dessinent deux trajectoires politiques distinctes, liées l'une à l'autre, mais jamais réductibles à un seul mouvement étudiant panafricain.

Au final, cette histoire — d'une lettre de 1958 sommant Aimé Césaire de choisir son camp, jusqu'au drapeau rouge hissé sur le BUMIDOM dix ans plus tard — mérite d'être lue pour ce qu'elle est, et pas comme une simple note de bas de page de Mai 68 ou de l'histoire universitaire française : une négociation de longue haleine, menée par les étudiants eux-mêmes, sur ce que la citoyenneté française devait réellement signifier pour les peuples de Guadeloupe et de Martinique.

 

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SOMMAIRE

Introduction
I. Le foyer, premier terrain politique : les étudiants antillais dans les années 1950
II. De l'amicale culturelle à l'avant-garde nationaliste : l'engagement étudiant dans les années 1960
III. Les Antillaises : entre stéréotypes d'État et récupération nationaliste
IV. Mai 68 : les étudiants antillais, de la barricade à BUMIDOM
Conclusion
Paroles d'archives

Bibliographie

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par Félix Germain

© Médiathèque Caraïbe / Conseil Départemental de la Guadeloupe, septembre 2026