Le Projet

Le projet Médiathèque Caraïbe voulu par le Conseil général de la Guadeloupe est celui de fédérer les ressources documentaires relatives aux pays du bassin caribéen en créant des outils documentaires permettant d'identifier, de localiser voire d'échanger des documents.

La Médiathèque Caraïbe (Laméca), c'est au cœur d'un réseau d'institutions et d'associations, un lieu référent, un centre-ressources qui recueille, organise et redistribue l'information et la documentation relative à la Caraïbe.

L'idée de mise en commun de fonds régionaux n'est pas nouvelle. Elle s'enrichit ici de la dimension culturelle que nous entendons donner à l'établissement qui doit autant que possible accueillir dans ses murs des réalisations émanant de la Caraïbe ou des créateurs caribéens.

Accueillir dans ses murs, mais aussi sortir de ses murs pour aller à la rencontre des autres, pour irriguer l'ensemble du réseau de lecture publique du pays.

Laméca participe à la formation et à l'éducation des publics locaux sur leur environnement caribéen.

Elle permettra aussi de faire connaître la Guadeloupe à l'extérieur ; elle veut constituer pour nos partenaires étrangers un pôle de la documentation caribéenne francophone.

La Médiathèque caraïbe Bettino Lara se construit autour d'une idée-force, d'une unité caribéenne à réaliser par le partage et l'enrichissement mutuel.
Pour atteindre ses objectifs, Laméca développe toutes les activités traditionnelles des institutions de lecture publique : conférences-débats, expositions, ciné-club, rencontres littéraires, etc.. Celles-ci ont comme point commun la volonté de faire connaître et de promouvoir notre espace géographique et culturel, ceux qui y vivent, ceux qui créent.

Les technologies innovantes et l'Internet, au cœur du projet Médiathèque Caraïbe constituent les outils privilégiés de cette démarche.

A travers son site lameca.org, la médiathèque établira des liens multiples pour une meilleure visibilité des richesses à partager et des manques à combler.

Car il ne s'agit pas uniquement de signaler ce qui existe mais aussi de constituer des collections nouvelles de documents électroniques caribéens.

Odile Broussillon, directrice

 

 

La Médiathèque et la Caraïbe comme utopie concrète

Le projet d'une médiathèque culturelle caraïbe n'est pas la constitution d'un musée, ni une mise en exposition des traditions et valeurs de la Caraïbe, il prétend avant tout s'inscrire dans la vision d'une Caraïbe encore à venir, encore à la recherche d'elle-même, mais qui s'éloigne de tous ceux qui s'avisent de l'appréhender dans des images et des définitions toutes faites. Un monde fluide, mobile, en mouvement, ainsi se présente cette région qui n'a point encore une pleine conscience de toutes les possibilités qu'elle recèle, car ce qu'elle est en vérité, n'apparaît jamais que sous la forme de l'utopie, c'est-à-dire de ce qui n'a pas encore eu lieu, ou plus exactement de ce qui n'a pas encore trouvé son lieu, mais qui se déploie comme invention permanente d'elle-même. Utopie concrète, est le conceptacle de l'œuvre d'Ernst Bloch pour fonder une philosophie de l'espoir. A tous ceux qui doutent aujourd'hui de l'avenir de l'humanité devant les nouveaux murs de l'exclusion qui s'appellent racisme ou purification ethnique ou fondamentalisme, la Caraïbe apparaît, par son mode de constitution, par son histoire, comme ce qui peut ouvrir un nouvel horizon et même un nouveau point de départ pour le millénaire qui vient. N'est-ce pas là exprimer une prétention démesurée que d'accorder une telle destination à la Caraïbe ? Or c'est le projet même d'une médiathèque culturelle Caraïbe qui est congruent à cette prétention et qui d'emblée vient à la rencontre de la vérité à venir de la Caraïbe comme utopie concrète.

Que le doute sur la Caraïbe ou sur nous-mêmes comme Caribéens puisse nous effleurer, cela n'a rien de troublant. En effet, si notre propre mémoire est encore à constituer, comment pourrions-nous nous targuer de disposer d'un avenir ? Si l'opportunité ne nous a pas été donnée de produire notre propre image, comment pourrions-nous décider de faire nous-mêmes notre histoire ? Inaugurée à travers ce que certains historiens appellent une " guerre des images ", la Caraïbe n'a cessé de se produire comme une pluralité de cultures, mettant ainsi en échec le régime de la Conquête, cette première mondialisation qui fut en fait l'expansion de l'Occident au-delà de lui-même.

Mais aujourd'hui encore, ne serions-nous pas devant de nouvelles possibilités de contact entre les peuples grâce au développement des hautes technologies de communication ? Ce qu'on sait déjà hélas ! c'est que plus les moyens de communication prolifèrent, plus la communication se fait déficitaire, ou plus exactement, plus des cultures entières risquent d'être désintégrées et même peu à peu de disparaître. Tout se passerait donc comme si nous assisterions impuissants au naufrage des cultures de la Caraïbe, alors qu'elles n'ont guère donné encore leur pleine mesure ? C'est pour cela que le projet de la Médiathèque Caraïbe représentera une date dans l'évolution de la région Caraïbe, dans la mesure même où il est l'expression de la volonté de sauver la mémoire de la Caraïbe pour ainsi préserver son avenir.

Concrètement, la médiathèque c'est le dialogue des peuples de la Caraïbe entre eux, dans l'acceptation de leurs différences. Constamment contrarié par le régime de la conquête, ce dialogue s'est toujours poursuivi de manière souterraine et marronne. Davantage encore, la médiathèque devra viser à défier le mouvement actuel d'homogénéisation culturelle du monde en permettant d'explorer et de mieux connaître ce qui a toujours été la spécificité de la Caraïbe, à savoir sa capacité d'intégrer les cultures les plus diverses et de se dédier à la création de nouveaux mondes de significations à travers les cultes afro-américains, la musique, le théâtre, la peinture, la littérature orale et écrite, et tous les arts en général. Mais le projet ne sera vraiment au service de toute la Caraïbe, que s'il ouvre aux expériences de toute l'humanité, que s'il reste connecté à l'universel, sinon il risque de renier les fondements mêmes de la Caraïbe. Enfin, en s'adressant à la fois aux artistes, aux intellectuels, aux chercheurs, aux éducateurs et aux étudiants, au tout-venant de toutes les couches sociales et de tout niveau de formation, la médiathèque tentera non seulement de mettre les diverses cultures de la Caraïbe à la portée de tous, mais aussi d'ouvrir à tous un espace de création qui corresponde à la vocation elle-même de la région.

Laënnec HURBON (1997)
Président du Comité Scientifique de la Médiathèque Caraïbe