Extraits musicaux : cliquez sur les titres pour écouter un extrait en format mp3.

DrumsofDefiance_MaroonMusicSources :
Drums of Defiance : Maroon Music from the Earliest Free Black Communities of Jamaica
(Smithsonian/Folkways Recording, 1992). Enregistré (1981 et 1991), compilé et annoté par Kenneth Bilby.

Caractéristiques communes aux styles Kromanti (Papa, Mandinga et Ibo) :
Ils sont considérés comme les plus puissants de la tradition musicale marronne. Ils s’exécutent tard dans la nuit durant les danses Kromanti. Les paroles sont pour l’essentiel d’origine africaine plutôt qu’en anglais ou en créole. Le percussionniste leader joue sur son tambour avec la baguette abaso tik dans une main et les doigts et la paume de son autre main.

.1.Maki Bo (mp3, 496 Ko)
Style : Kromanti (Papa)
Marrons de Moore Town

Les chansons Papa sont considérées comme les plus puissantes du répertoire Kromanti. Elles ouvrent toutes cérémonies Kromanti importantes.
Le mot Papa provient de Pawpaw, terme utilisé par les européens durant l’esclavage pour désigner les esclaves originaires de la zone linguistique Ewe (ouest du pays Yoruba, actuel Togo et parties du Ghana et du Bénin).
Dans ce morceau les 2 tambours aprinting et l’adawo (ou iron) n’exécutent pas un rythme régulier car ils jouent en mode parlé (voir plus bas langage tambouriné).
Cette chanson évoque un marron des premiers temps qui pour l’aider à chasser et se guérir d’un esprit qui l’habitait se faisait posséder par l’esprit de l’un de ses deux frères (Maki Bo et Buza) en chantant cette même chanson.

.2.Wiri-oo Sankoma (mp3, 465 Ko)
Style : Kromanti (Mandinga)
Marrons de Moore Town

Ce morceau est un bon exemple de la manière dont sonne le mandinga quant il est joué à bas tempo, comme c’est souvent le cas.

.3.Joh Le (mp3, 530 Ko)
Style : Kromanti (Ibo)
Marrons de Moore Town

Typique du style rythmique Ibo, la pulsation de base est subdivisée en triolets rapides, ressemblant à un tempo rapide binaire.
Cette chanson est attachée à un seul et unique ancêtre marron. Elle peut être chantée pour invoquer son esprit.

.4.See Dem Gyal A Molain (mp3, 513 Ko)
Style : Jawbone
Marrons de Moore Town

Le Jawbone est considéré comme le plus “léger” des styles marrons de divertissement.
La prononciation longue de voyelles que l’on entend dans le chœur est typique des chansons Jawbone.
Il est à noter qu’ici, le joueur de kwat, percussionniste aprinting accompli, exécute des motifs rythmiques typiques du cutting drum (tambour d’improvisation).

.5.Hear When de Duppy Bawl (mp3, 494 Ko)
Style : Tambu
Marrons de Moore Town

Le tambu est le produit d’un syncrétisme culturel entre des styles musicaux marrons anciens et la musique Kumina (tradition introduite en Jamaique après l’abolition de l’esclavage par des immigrés provenant d’Afrique Centrale. Elle n’appartient pas aux traditions marronnes même si il y a eu de nombreux échanges entre les deux traditions).
Cette chanson fait également partie du répertoire Kumina. Deux tambours aprinting sont utilisés. Les paroles font allusion au pouvoir Kumina d’invoquer les esprits et aux plaintes de ces derniers quant ils sont attirés par la cérémonie.

.6.Moko Johnny (mp3, 670 Ko)
Style : Sa Leone
Marrons de Moore Town

Le nom du style vient de Sierra Leone (le pays d’Afrique de l’Ouest). Il est utilisé pour le divertissement dans les premières heures précédant la cérémonie Kromanti. Les paroles sont en créoles ou en anglais. Dans ce morceau on entend les tambours aprinting et le son métallique de l’adawo. Les paroles évoquent la mémoire de Moko Johnny, un marron des premiers temps.

Langage tambouriné
Les marrons de Moore Town sont les seuls à pouvoir utiliser les tambours Kromanti (aprinting) pour communiquer. Comme dans de nombreux endroits en Afrique et chez les marrons du Suriname et de la Guyane française, les tambours peuvent transmettre des signaux complexes basés sur un système tonal. Lors des guerres, il est dit que les tambours Kromanti, de même que l’abeng, étaient utilisés dans un but stratégique. Aujourd’hui, le langage tambouriné est employé au début des cérémonies Kromanti pour inviter les marrons environnants et les informer qu’une cérémonie s’apprête à commencer. Il sert aussi à invoquer les esprits des ancêtres et à communiquer avec eux.
Dans ces deux extraits, le tambour Kromanti joue dans le style Country. Celui-ci a la particularité d’associer un chant mélodique lent et fluide au son de deux tambours Kromanti jouant en mode parlé. Le rythme suit une structure parlée et non musicale. Du point de vue de la puissance spirituelle, les chansons du style Country sont les plus importantes de la musique marronne. Il est dit qu’elles peuvent être interprétées pour invoquer les plus anciens ancêtres marrons qui vivaient au temps de la guerre. Ils offrent ainsi leur assistance dans les périodes de crise.

.7.Tambour kromanti seul (mp3, 297 Ko)
Style : Country
Ici, un seul tambour joue car ce Country est interprété hors contexte musical et dansé.

.8.Shedo (mp3, 581 Ko)
Style : Country
Cette chanson a une profonde et poignante signification pour les marrons. Elle évoque un incident qui se serait produit du temps de la guerre avec les anglais. Une femme du nom de Shedo aurait perdu son enfant dans sa fuite devant les soldats britanniques. Longtemps introuvable, l’enfant aurait signalé sa présence aux marrons avec cette chanson que l’esprit d’un ancêtre lui aurait appris. Cette chanson sert de rappel émotionnel des dures épreuves que les ancêtres marrons ont du traverser dans leur guerre contre les colons britanniques.

.9. Abeng (mp3, 659 Ko)
Fait d’une corne de vache, l’abeng est joué en soufflant dans un trou latéral percé à proximité de la pointe. La tonalité est altérée en couvrant à l’aide du pouce un second trou percé plus près encore de la pointe. Bien que n’émettant que deux notes, l’abeng était utilisé pour transmettre des messages complexes sur de très longue distance. En constituant un réseau d’abeng-men postés comme des sentinelles en divers endroits autour de leur campement, les marrons déjouaient de nombreuses attaques surprises. Les rapports britanniques de l’époque font allusion à cette corne et son rôle stratégique.
Aujourd’hui cet instrument est toujours joué en mode parlé pour transmettre des messages et jamais tout à fait comme distraction musicale. Il ne sert pas seulement à prévenir la communauté d’un danger, mais aussi à communiquer des messages urgence comme quand quelqu’un s’est perdu dans la forêt, ou s’est noyé. Il est aussi périodiquement utilisé pour convoquer le Conseil Marron ou l’ensemble de la communauté à une réunion. Enfin, il sert aussi à signaler l’arrivée de la fête de noël. Unique occasion dans l’année où on peut en jouer librement (extrait proposé).

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