Caractéristiques communes aux styles Kromanti
(Papa, Mandinga et Ibo) :
Ils sont considérés comme les plus puissants de la tradition
musicale marronne. Ils s’exécutent tard dans la nuit durant
les danses Kromanti. Les paroles sont pour l’essentiel d’origine
africaine plutôt qu’en anglais ou en créole. Le percussionniste
leader joue sur son tambour avec la baguette abaso tik dans une main et
les doigts et la paume de son autre main.
.1.Maki
Bo (mp3, 496 Ko)
Style : Kromanti (Papa)
Marrons de Moore Town
Les chansons Papa sont considérées comme les plus puissantes
du répertoire Kromanti. Elles ouvrent toutes cérémonies
Kromanti importantes.
Le mot Papa provient de Pawpaw, terme utilisé par les européens
durant l’esclavage pour désigner les esclaves originaires
de la zone linguistique Ewe (ouest du pays Yoruba, actuel Togo et parties
du Ghana et du Bénin).
Dans ce morceau les 2 tambours aprinting et l’adawo
(ou iron) n’exécutent pas un rythme régulier
car ils jouent en mode parlé (voir plus bas langage tambouriné).
Cette chanson évoque un marron des premiers temps qui pour l’aider
à chasser et se guérir d’un esprit qui l’habitait
se faisait posséder par l’esprit de l’un de ses deux
frères (Maki Bo et Buza) en chantant cette même chanson.
.2.Wiri-oo
Sankoma
(mp3, 465 Ko)
Style : Kromanti (Mandinga)
Marrons de Moore Town
Ce morceau est un bon exemple de la manière dont sonne le mandinga
quant il est joué à bas tempo, comme c’est souvent
le cas.
.3.Joh
Le
(mp3, 530 Ko)
Style : Kromanti (Ibo)
Marrons de Moore Town
Typique du style rythmique Ibo, la pulsation de base est subdivisée
en triolets rapides, ressemblant à un tempo rapide binaire.
Cette chanson est attachée à un seul et unique ancêtre
marron. Elle peut être chantée pour invoquer son esprit.
.4.See
Dem Gyal A Molain
(mp3, 513 Ko)
Style : Jawbone
Marrons de Moore Town
Le Jawbone est considéré comme le plus “léger”
des styles marrons de divertissement.
La prononciation longue de voyelles que l’on entend dans le chœur
est typique des chansons Jawbone.
Il est à noter qu’ici, le joueur de kwat,
percussionniste aprinting accompli, exécute des motifs rythmiques
typiques du cutting drum (tambour d’improvisation).
.5.Hear
When de Duppy Bawl
(mp3, 494 Ko)
Style : Tambu
Marrons de Moore Town
Le tambu est le produit d’un syncrétisme culturel entre des
styles musicaux marrons anciens et la musique Kumina (tradition introduite
en Jamaique après l’abolition de l’esclavage par des
immigrés provenant d’Afrique Centrale. Elle n’appartient
pas aux traditions marronnes même si il y a eu de nombreux échanges
entre les deux traditions).
Cette chanson fait également partie du répertoire Kumina.
Deux tambours aprinting sont utilisés. Les paroles
font allusion au pouvoir Kumina d’invoquer les esprits et aux plaintes
de ces derniers quant ils sont attirés par la cérémonie.
.6.Moko
Johnny
(mp3, 670 Ko)
Style : Sa Leone
Marrons de Moore Town
Le nom du style vient de Sierra Leone (le pays d’Afrique de l’Ouest).
Il est utilisé pour le divertissement dans les premières
heures précédant la cérémonie Kromanti. Les
paroles sont en créoles ou en anglais. Dans ce morceau on entend
les tambours aprinting et le son métallique de
l’adawo. Les paroles évoquent la mémoire
de Moko Johnny, un marron des premiers temps.
Langage tambouriné
Les marrons de Moore Town sont les seuls à pouvoir utiliser les
tambours Kromanti (aprinting) pour communiquer. Comme dans de nombreux
endroits en Afrique et chez les marrons du Suriname et de la Guyane française,
les tambours peuvent transmettre des signaux complexes basés sur
un système tonal. Lors des guerres, il est dit que les tambours
Kromanti, de même que l’abeng, étaient utilisés
dans un but stratégique. Aujourd’hui, le langage tambouriné
est employé au début des cérémonies Kromanti
pour inviter les marrons environnants et les informer qu’une cérémonie
s’apprête à commencer. Il sert aussi à invoquer
les esprits des ancêtres et à communiquer avec eux.
Dans ces deux extraits, le tambour Kromanti joue dans le style Country.
Celui-ci a la particularité d’associer un chant mélodique
lent et fluide au son de deux tambours Kromanti jouant en mode parlé.
Le rythme suit une structure parlée et non musicale. Du point de
vue de la puissance spirituelle, les chansons du style Country sont les
plus importantes de la musique marronne. Il est dit qu’elles peuvent
être interprétées pour invoquer les plus anciens ancêtres
marrons qui vivaient au temps de la guerre. Ils offrent ainsi leur assistance
dans les périodes de crise.
.7.Tambour
kromanti seul
(mp3, 297 Ko)
Style : Country
Ici, un seul tambour joue car ce Country est interprété
hors contexte musical et dansé.
.8.Shedo
(mp3, 581 Ko)
Style : Country
Cette chanson a une profonde et poignante signification pour les marrons.
Elle évoque un incident qui se serait produit du temps de la guerre
avec les anglais. Une femme du nom de Shedo aurait perdu son enfant dans
sa fuite devant les soldats britanniques. Longtemps introuvable, l’enfant
aurait signalé sa présence aux marrons avec cette chanson
que l’esprit d’un ancêtre lui aurait appris. Cette chanson
sert de rappel émotionnel des dures épreuves que les ancêtres
marrons ont du traverser dans leur guerre contre les colons britanniques.
.9. Abeng
(mp3, 659 Ko)
Fait d’une corne de vache, l’abeng est joué en soufflant
dans un trou latéral percé à proximité de
la pointe. La tonalité est altérée en couvrant à
l’aide du pouce un second trou percé plus près encore
de la pointe. Bien que n’émettant que deux notes, l’abeng
était utilisé pour transmettre des messages complexes sur
de très longue distance. En constituant un réseau d’abeng-men
postés comme des sentinelles en divers endroits autour de leur
campement, les marrons déjouaient de nombreuses attaques surprises.
Les rapports britanniques de l’époque font allusion à
cette corne et son rôle stratégique.
Aujourd’hui cet instrument est toujours joué en mode parlé
pour transmettre des messages et jamais tout à fait comme distraction
musicale. Il ne sert pas seulement à prévenir la communauté
d’un danger, mais aussi à communiquer des messages urgence
comme quand quelqu’un s’est perdu dans la forêt, ou
s’est noyé. Il est aussi périodiquement utilisé
pour convoquer le Conseil Marron ou l’ensemble de la communauté
à une réunion. Enfin, il sert aussi à signaler l’arrivée
de la fête de noël. Unique occasion dans l’année
où on peut en jouer librement (extrait proposé).