La Musique Coloniale des Antilles Françaises au XVIIIème Siècle

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I. Introduction

Du sud au nord-est du continent américain les colonisations s’accompagnent d’un flux de musiciens, de partitions, d’instruments et de pratiques diverses qui modifient de façon fondamentale et irréversible l’ensemble des musiques des peuples concernés. Les situations musicales très variées qui en résultent dépendent de l’époque, des pays d’origine ou des types de colonisations.


Un exemple de production de musique religieuse en nahuatl de la fin du XVIIème,
résultat de la rencontre entre la musique des colons et la culture aztèque.
(restitution Robert STEVENSON)

L’étude des problématiques musicales concernant les musiques des colons a été amorcée depuis longtemps pour les plus remarquables d’entre elles – la musique d’opéra et de concert aux Etats-Unis au XVIIIème (Oscar SONNECK, 1907-1915), la musique religieuse du Minas Gerais au Brésil au XVIIIème (Francisco Curt LANGE, 1946) ou la musique du Mexique, des aztèques au XXème siècle (Robert STEVENSON, 1952). Mais les musicologies françaises et étrangères ont très largement ignoré le domaine franco-caribéen des XVIIème et XVIIIème siècles.

La musique des colons des îles françaises comporte des particularités intéressantes dans la période où les documents abondent (deuxième moitié du XVIIIème). Cependant si nous possédons des informations sur toutes les catégories de musique présentes dans les colonies – depuis la chanson jusqu’à l’opéra et la musique de concert en passant par la musique militaire, la musique religieuse voire même la musique maçonnique – seuls les divertissements publics (concerts et œuvres lyriques dans des salles de spectacle) nous donnent suffisamment de grain à moudre. L’abondance des sources concernant ces derniers signale un phénomène remarquable et probablement unique dans toute l’Amérique.

Au XVIIIème siècle, dans les îles, les spectacles sont à la fois souhaités par les colons, encouragés ou soutenus par les autorités et prisés par les comédiens et musiciens d’Europe. Un texte de l’époque affirme qu’un spectacle (comprenons : une salle et une entreprise de spectacle) est indispensable

[... /...] parce qu’il n’y a point de promenades publiques ni de lieux pour se rassembler. Cette réunion est plus nécessaire qu’on ne pense: elle établit des liens entre les individus; elle remédie aux inconvénients de la vie isolée que chacun mène: elle polît la rudesse des mœurs: elle tient l’âme occupée: elle fait germer toutes les valeurs sociales. (Supplément aux Affiches Américaine Port-au-Prince 27/1/1786)

Mais de façon plus surprenante l’auteur anonyme poursuit en faisant valoir que :

[.../...] le commerce y trouve des avantages considérables par les débouchés que les spectacles lui procurent. S’il y avait de bons spectacles dans les colonies, si on trouvait quelqu’autres agréments qui leur manquent les Habitants s’y fixeraient davantage. Ils iraient moins en France manger leurs revenus et chercher des jouissances après lesquelles il est naturel qu’ils soupirent. Le numéraire alors sortirait moins.

On peut sursauter. Si les nouveaux arrivants européens pensent rapidement repartir ce n’est pas à cause du climat, des maladies tropicales, de l’endettement ou de la constatation que vivre entouré d’esclaves c’est vivre sur une poudrière mais c’est à cause de l’absence de spectacles de qualités ! Singulière vision des choses. La réalité de cette vie culturelle est cependant bien là et cette nouvelle forme de divertissement se développe rapidement dans les Antilles françaises d’alors (particulièrement en Martinique, Dominique, Guadeloupe et Saint-Domingue, les spectacles semblant absents ailleurs, à Sainte-Lucie, Saint-Vincent, Grenade et Tobago). En effet d’une salle de fortune réservée aux amateurs, en 1740, au Cap Français, on passe à la veille de la révolution à deux salles en Martinique (Saint-Pierre et Fort-Royal), une en Dominique (Roseau), deux en Guadeloupe (Basse-Terre et Pointe-à-Pitre) et huit à Saint-Domingue (Le Cap, Port-au-Prince, Les Cayes, Léogane, Saint-Marc, Jacmel, Petit-Goâve et Jérémie), soit treize salles de spectacles de capacités variables (de 200 à 300 places pour les plus modestes à 1500 pour celle du Cap) utilisées par des troupes régulières et ce pour une population libre très réduite. Il s’agit bien là d’un phénomène exceptionnel dépassant de loin l’importance numérique des populations concernées.


La Musique Coloniale des Antilles Françaises au XVIIIème Siècle

I. Introduction
II. La vie lyrique des petites Antilles françaises
A. Martinique
B. Guadeloupe

III. Saint-Domingue et l’opéra-comique
A. L’entreprise de spectacle
B. Artiste dans une société coloniale américaine
C. Répertoire français dans une société créole

IV. Conclusion
Jeannot et Thérèse
(manuscrit)
Illustrations musicales

Sources

Conférence audio

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