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| IV.
Description des actes de mariage. |
A.
Présentation du corpus.
Ce
fichier nettoyé compte 210 actes de mariage, partant de 1816
et se terminant en 1994 soit un total de 420 individus. La première
tentation a été pour nous de trouver dans cet ensemble
de mariages, les informations qui pouvaient ancrer l'entité
« Blancs-Matignon »encore flou dans la réalité.
Sur
la période, le nombre de mariages endogames (un « champ
» « endogamie-exogamie » a permis de classer les
« enregistrements » en endogames ou exogames selon que
l'individu « Blanc-Matignon » se mariait avec un autre
« Blanc-Matignon », c'est-à-dire au sein des
7 familles, ou en dehors de celles-ci) s'élève à
132 soit 63% des unions et celui des mariages exogames à
78 (37%). Certes, il ne s'agit là de rien d'autre qu’une
simple subdivision des mariages en deux catégories qui ne
dit pas plus que la lourde fréquence des mariages contractés
au sein d'un groupe d'individus appartenant à un nombre limité
de familles (7, Saint-Prix, le 8éme patronyme n'intervenant
que sur la fin de notre période, il n'est donc pas juste
de le comptabiliser dans un calcul qui embrasse une durée
de 178 ans).
B.
Evolution de l’alliance génération par génération
(1816-1994).
La
présentation qui va suivre a été possible après
avoir établi un deuxiéme type de diagramme de parenté,
organisé non plus autour du nom du père mais autour
du passage des parents aux enfants; Les mariés de la période
qui débute en 1816 étant les parents des mariés
de la période suivante, ainsi de suite.
1.
1816-1856: la fin du vaste groupe de « petits-blancs ».
Quand
on examine les mariages à partir de 1816 à l'aide
de nos diagrammes, on fait le constat d’une caractéristique
commune à tous les patronymes, leurs croisements matrimoniaux
mutuels commencent de façon relativement nette à la
deuxième moitié du XIXème siècle. Avant
cette période, chaque patronyme noue de son côté
des alliances avec des individus portant des noms de « blancs
» habitants-propriétaires de la région des Grands-Fonds,
mais différents des sept considérés comme «
Blancs-Matignon ». Des mariages entre quelques-unes de ces
sept familles peuvent se produire, mais ce n'est qu'à partir
du milieu du XIXème siècle qu'ils s'étendent
à l'ensemble des familles.
De
1816 à 1855, on compte 12 mariages dont 3 au sein des 7 familles:
les couples Boucher-Boucher et Matignon-Bourgeois se marient au
Moule en 1816 et Bardeur-Ramade à Morne-à-l’Eau
en 1829. Pour cette période, les germains de ces 3 couples
et les enfants des deux premiers, se marient avec des individus
n’appartenant pas aux 7 familles. Le changement dans le choix
du conjoint va se produire chez leurs frères et soeurs à
partir de 1856.
2.
1856-1877: la génération fondatrice.
C'est
en effet tout au long de ces 21 années que se produit une
profonde métamorphose. On passe d'une vaste classe d'habitants-propriétaires
blancs à un petit groupe de blancs endogames. Ce changement
socio-économique qui s'opère au sein du groupe des
blancs de la région et de l'époque, trouve aussi son
versant dans l’occupation de l'espace, par un passage du vaste
champ délimité par les Grands-Fonds dans leur ensemble
à celui exclusivement circonscrit aux Grands-Fonds du Moule.
Voyons mariage après mariage la genèse de ce double
mouvement de concentration, social et géographique.
Nous
dénombrons 16 mariages de 1856 à 1886 mais nous présenterons
uniquement ceux qui unissent la première fois les mêmes
familles.
Distribution
des individus selon le patronyme et le sexe (1856 et 1886).
(1) : voir note 42
Les
alliances fondatrices du groupe, 1856-1877.
1856
ouvre ce mouvement avec le mariage de Jean-Baptiste Bourgeois et
de Marie-Françoise Matignon dont la migration de Morne-à-l'Eau
vers le Moule remonte avant 1790. Cette alliance première
dans le mouvement de naissance des futurs « Blancs-Matignon
» est le premier mariage consanguin car le père du
marié est l'oncle maternel de la mariée. En effet,
celle-ci est issue du mariage entre Jacques F. Matignon et Charlotte
V. Bourgeois, la tante de son mari, contracté en 1816. Cette
union des familles Matignon et Bourgeois va faire de celles-ci une
seule et même famille quand elles s'uniront, en cette deuxième
moitié du XIXème siècle, aux 5 autres patronymes.
Cette alliance de 1856 fait aussi apparaitre des liens au moins
d'amitié entre les familles impliquées et la famille
Berlet arrivée au Moule en provenance de Sainte-Anne entre
1844 et 1849 et qui est représentée ici par Arthur
Berlet, témoin au mariage.
1861 est l'année des alliances entre les familles Ramade
et Matignon (Matignon-Bourgeois pourrait-on dire aussi), et celle
des Berlet et des Roux. Un des frères de la précédente
Marie-Françoise Matignon, Antoine J. Matignon se marie à
Marie M. Ramade née à Morne-à-l'Eau et arrivée
au Moule avec sa famille avant fin 1843. Dès lors, la famille
Ramade est celle qui va lier, par alliances interposées,
toutes ces familles déjà parentes entres elles avec
les 4 restantes.
Baptiste M. Roux se marie à Marie J. Berlet. Leurs familles
sont arrivées au Moule, pour le premier après 1836
et pour la deuxième après 1844. Là encore la
présence du témoin Joseph Matignon, déjà
impliqué dans l'alliance précédente, confirme
bien les liens d'amitié constatés dès 1856.
En 1862, Joseph Bardeur né à Morne-à-l'Eau
et dont la famille est déjà alliée aux Ramade
par le mariage en 1829 de son père avec sa mère Désirée
Ramade, tante de la Ramade précitée pour l'année
1861, se marie à Marie Palmire Berlet, soeur de Marie Joseph
Berlet. Avec ce mariage de 1862 toutes les familles (exceptés
les Boucher) sont déjà parentes par alliance puisque
depuis la génération de leurs parents, les Bardeur
sont unis aux Ramade et que ces derniers sont dès 1861 de
la même famille que les Matignon et les Bourgeois. Le mariage
Bardeur-Ramade de 1829 qui fait parents entre eux les deux groupes
déjà constitués c'est-à-dire Bourgeois,
Matignon, Ramade d'un côté et Bardeur, Roux, Berlet
de l'autre, trouvera un équivalent en 1874 par le mariage
d'Alexis C. Berlet et Théotine J. Ramade, le frère
et la soeur de ceux du même nom déjà cités.
Enfin, la famille Boucher fera son apparition en 1877 avec le mariage
de la veuve Marie Palmire Berlet et de Eugène Boucher.
On voit que dès 1862, 6 des 7 familles sont déjà
alliées. Il faudra attendre 15 ans pour que les Boucher s'unissent
à ce groupe. Ainsi, à une exception près, il
n'a pas fallu plus de 6 années pour voir se constituer le
groupe des futurs « Blancs-Matignon ».
Aussi, toutes ces alliances sont contractées au Moule par
des familles dont 4 y sont installées depuis peu (Bardeur
et Ramade viennent de Morne-à-l'Eau, Berlet de Sainte-Anne
et Roux de Pointe-à-Pitre) à l'exception des Bardeur
dont le fils marié au Moule en 1862 repartira avec son épouse
dans sa commune de naissance et qui est aussi celle de sa famille,
Morne-à-l'Eau. La famille s'installera définitivement
au Moule entre 1871 et 1885.
Autre aspect récurrent, tous ces individus sont des propriétaires
terriens.
Ce rapprochement de 7 familles sur un espace commun n’est
pas synonyme de totale fermeture. On note 4 alliances avec des patronymes
étrangers (Lambert, Prévaul, Couppé de Kerloury
et Sauvan) (43). Ce qui semble
primer c’est d’abord l’alliance des 7 familles
que ne menacent en rien ces quelques unions atypiques. Aussi, à
l’exception du patronyme Prévaul originaire de la France,
les patronymes exogames ont en commun avec les patronymes «
Blancs-Matignon » d’être originaires des Grands-Fonds
et d’appartenir à la classe des habitants-propriétaires.
On l'a vu, à partir de 1856, des familles de « petits-blancs
» constituent une vaste parentèle. Cette forme de regroupement
se maintiendra jusqu'à nos jours et ce que l'on appellera
plus tard « Blanc-Matignon » n'apparaît que maintenant.
Ce qui émerge ici est quelque chose de nouveau sur le plan
de la structure sociale. C'est seulement à la génération
suivante, celle des enfants de ces quelques individus ayant choisi
de s'interallier que l'on pourra étudier la permanence d'un
type d’alliance qui tourne le dos au monde extérieur.
Si pour la période 1856-1877 nous n’avons insisté
que sur les premiers mariages unissant les mêmes familles
entre elles, afin de saisir la constitution progressive du groupe,
d’autres mariages ont cependant répété
et renforcé ce raprochement déjà amorcé.
Ces mariages ont concerné des individus appartenant à
la même génération que ceux précédemment
présentés sur une période couvrant la première
mais se poursuivant jusqu’en 1886. En plus des six mariages
fondateurs, on en compte dix.
Tous
les mariages de 1856 à 1886.

(1) : voir note 44.
(2) : voir note 45.
3.
Les premiers enfants du clan (1887-1916).
Distribution
des individus selon le patronyme et le sexe (1887-1916).
Sur
les 23 mariages de cette génération, seule l’union
Matignon-Lambert se démarque par rapport à toutes
les autres, contractées au sein des 7 familles. Mais, Lambert
étant allié à Berlet une génération
auparavant et à Matignon trois générations
auparavant, appartient au groupe. On peut donc dire qu’à
la deuxième génération, il n'y a pas une seule
alliance qui fasse intervenir un individu extérieur à
la région et au groupe constitué à la première
génération. La fermeture est entièrement consommée.
Tous
les mariages (1887-1916).

A
la génération des parents nous avons noté quatre
unions impliquant des patronymes étrangers: Prévaul,
Sauvan, Couppé de Kerloury et Lambert. Les trois derniers
étant portés par des femmes, ils n'apparaissent pas
à la génération des enfants. Couppé
de Kerloury et Lambert sont des patronymes parents, il y a donc
deux unions réellement exogames à la génération
des parents. Prévaul est le seul parmi ceux-ci à être
porté par un homme. Il sera absent des actes de mariage des
enfants du groupe. Son acte de mariage avec Marianne Matignon nous
dit qu'il est né en France de parents qui y sont domiciliés
et qu'il est cultivateur. De tous les conjoints des six frères
et soeurs de son épouse il est le seul « blanc »
à n’être ni originaire des Grands-Fonds, ni propriétaire.
Les professions qui apparaissent dans les actes de mariage sont
habitant-propriétaire (propriétaire d'une habitation
et la gérant), propriétaire, habitant (gérant
non-propriétaire de l'habitation, et pour les « petits-blancs
» de notre étude concerne les enfants qui n'ont pas
encore hérité de leurs parents) et cultivateur qui
apparaîtra seulement à partir de 1906, signe de l'amorce
du processus d'appauvrissement des « Blancs-Matignon »
et du morcellement de leurs propriétés.
Cultivateur est précisément la profession qui est
mentionnée dans l'acte de mariage d'Isaac Prévaul,
ce qui le démarque là aussi des autres conjoints qui
sont au moins habitants. A regarder les lignées, on voit
nettement que la gérance d'une habitation est laissée
au fils, cela coûte moins cher au propriétaire et pour
les enfants, c'est peut-être la seule alternative professionnelle,
d'autant plus que le groupe des « blancs » commence
à se replier sur lui-même. Dans un tel contexte, Isaac
Prévaul ne peut pas espérer de sa belle famille la
gestion d'une habitation et encore moins son héritage car
il y a deux fils donc dejà deux candidats à la profession
d'habitant et quatre filles qui doivent trouver époux auprès
des autres familles blanches de la région. La cinquième
fille de la famille, en épousant Isaac Prévaul libére
l'effectif du groupe des blancs d'un élément et donc
la difficulté de lui trouver un conjoint blanc dans la région.
Le couple n'a alors d'autre alternative que de quitter la région
et sa future progéniture ne pourra pas non plus réintégrer
le groupe. La condition de propriétaire semble être
décisive dans le choix du conjoint qui semble être
par ailleurs l’affaire des parents.
Nous notons déjà que sur les 14 unions de la génération
précédente, 3 sont absentes ici en qualité
de parent: Berlet-Lambert, Berlet-Ramade et Berlet-Bourgeois. Par
contre, Berlet-Sauvan, l’une des deux unions exogames de cette
génération fondatrice, est présente ici en
tant que parent.
A propos de ces 23 mariages contractés exclusivement entre
soi on peut avancer la notion d’endogamie dont il nous faudra
plus tard étudier la signification. Cette endogamie est souvent
synonyme de consanguinité. C’est ce que nous allons
maintenant présenter en partant des mariages entre parents
les plus proches.
Distribution
selon le type de cousinage liant les mariés.
Les
plus proches parents mariés entre eux sont représentés
par les trois cas d’unions entre cousins germains bilatéraux
( les enfants des unions d’un couple de germains avec un autre
autre couple de germains). Ceci concerne deux unions Ramade-Ramade
et une union Matignon-Ramade.
Mariage
entre cousins germains bilatéraux.
Il
existe deux cas d’union entre cousins qui sont d’un
côté, germains et de l’autre, issus de germains
( Ramade-Matignon et Matignon-Matignon).
Mariage
entre cousins germains et issus de germains.

Il
y a sept cas de mariages entre cousins germains monolatéraux
( deux fois Bourgeois-Matignon, Berlet-Ramade, Boucher-Berlet, deux
fois Berlet-Berlet et Matignon-Lambert).
Mariage
entre cousins germains monolatéraux.
Et
enfin un cas d’union entre cousins issus de germains (Matignon-Bardeur).
Nous avons constatés quatre unions de jeunes filles avec
un cousin germain de leur père ou de leur mère ( deux
fois Ramade-Berlet, Ramade-Bardeur et Ramade-Bourgeois) et une union
avec le cousin germain bilatéral de la mère (Ramade-Roux).
Nous précisons que de ces cinq mariages, trois ont été
contractés avec les enfants des premières unions de
cette génération 1887-1916. Ces cinq unions sont aussi
celles de cinq frères Ramade.
Mariage
avec le cousin germain de la mère.

Enfin,
cinq mariages rapprochent des individus parents, par alliance d’un
oncle ou d’une tante de l’épouse avec un oncle
ou une tante de l’époux (Roux-Matignon et Matignon-Roux,
figure 1) ou d’une famille interposée à la génération
antérieure (Bardeur-Bourgeois et Matignon-Berlet parents
par l’intermédiaire de la famille Ramade, figure 2).
Figure
1

Figure
2

Sur
les 23 mariages de cette génération, 19 se font donc
entre parents consanguins.
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