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| Chapitre
2.
PARENTE ET ALLIANCE. |
La
définition minimale que l'on pourrait donner des «
Blancs-Matignon » serait de dire qu'il s'agit d'un ensemble
limité de personnes ayant en commun une couleur de peau,
blanche. Le critère premier de définition serait donc
cette blancheur de la peau qui ne peut être maintenue que
par une pratique du choix du conjoint bien particulière.
L'étude
des « Blancs-Matignon » en tant que groupe, ne peut
donc manquer de faire appel à l’étude de la
parenté qui a pour fonction de constituer le groupe et d'en
assurer la pérennité. Autrement dit, pour faire
apparaître les barrières qui maintiennent l'originalité
de ces groupes (de « petits-blancs ») , l'étude
du choix du conjoint est fondamentale, car c'est autour de ce choix
comme dans toutes les sociétés multiraciales, que
se concentre le préjugé de couleur. En outre, la reconnaissance
de l'aire des mariages permet d'apprécier clairement, de
manière « objective », les limites de ces populations
(40) .
| I.
Le recueil des données. |
Nous
avons reconstitué les généalogies patronymiques
du groupe car cela semblait être le meilleur moyen de visualiser
la constitution et le maintien du groupe et de voir aussi émerger
des régularités. Pour ce faire il fallait avant tout
connaitre les noms des familles concernées. Là se
posait le problème, soulevé en introduction, du crédit
à accorder aux informations relatives aux « Blancs-Matignon
» quand celles-ci proviennent trop souvent de personnes qui
n'en sont pas.
La
solution la plus satisfaisante consistait à confronter la
liste de patronymes donnée par le groupe à celle que
nous avons recueillie auprès de guadeloupéens autres
que « Blancs-Matignon ».
C'est ainsi qu'est apparue la liste suivante: Bardeur, Berlet, Boucher,
Bourgeois, Matignon, Ramade, Roux et Saint-Prix. Il nous faut préciser
que généralement la liste que l'on nous donnait de
l'extérieur n'excédait pas trois voire quatre patronymes,
il y figurait systématiquement ceux de Matignon et de Ramade.
La liste complète n'a pu être dressée que par
une personne de couleur noire qui habite à proximité
des « Blancs-Matignon » et donc en mesure de mieux les
connaitre.
Une
fois cette liste établie, il fallait maintenant consulter
les registres d'état civil et en particulier les registres
de mariage, en recopiant tous les actes impliquant ces noms de famille.
Pour disposer d’une profondeur généalogique
nécessaire, nous sommes remontés jusqu’en 1806.
Avant cette date, on n’aurait rien appris de nouveau sur les
familles, leur dispersion dans les Grands-Fonds et les liens de
parenté qui pouvaient les unir, notre objectif étant
d’avoir une vue représentative du groupe des «
petits-blancs » avant l’amorce du processus qui les
conduisit à l’etat de « Blanc-Matignon ».
Nous avons concentré notre dépouillement sur la commune
de résidence des « Blancs-Matignon », à
savoir celle du Moule, à l'exception de quelques actes de
mariage du début du XIXème siècle, recueillis
dans les registres des communes de Morne-à-l'Eau et de Sainte-Anne,
mitoyennes de celle du Moule. C'est ainsi que les registres de mariage
ayant moins d’un siècle ont été consultés
au service Etat-Civil de la Mairie du Moule puis les registres plus
anciens, aux Archives Nationales de Paris.
Toutes
les données présentes dans les actes de mariage ont
été recopiées directement sur ordinateur et
sous le logiciel de base de données DBASE IV. Chaque acte
de mariage a été subdivisé en deux «
enregistrements » dans la base de donnée, un pour l'époux
et l’autre pour l'épouse. Chaque information faisait
l'objet d'un « champ » spécifique soit 19 «
champs » dont voici la liste: le nom de l'époux ou
de l'épouse, ses prénoms, le statut d'enfant légitime,
reconnu(e) ou naturel(le), le sexe, la date de naissance, le lieu
de naissance, la profession, le domicile, le nom du père,
ses prénoms, sa profession, le nom de la mère, ses
prénoms, sa profession, le nom de l'épouse ou de l'époux,
ses prénoms, la date du mariage, les témoins.
Nous
avons obtenu un total de 630 « enregistrements » individuels
soit 315 actes de mariage.
Les
données que nous avons recueillies ne peuvent prétendre
à une reconstitution exhaustive des « Blancs-Matignon
» à travers le temps. Les données étant
constituées exclusivement d'actes de mariage contractés
dans la commune du Moule, les personnes mariées ailleurs
sont exclues. Par conséquent lorsque les enfants de celles-ci
se marient au Moule, nous ne pouvons pas les rattacher aux lignées
de ceux dont ils partagent le patronyme car le lien de parenté
fourni par l’acte de mariage au niveau des parents fait défaut.
Pour deux raisons, nous supposons qu’il s'agit là d'un
biais de faible ampleur. D'abord les mariages hors du Moule n'ont
jamais été très nombreux et ne commencent à
se multiplier que depuis peu; ensuite les généalogies
que l'on a pu établir sont suffisament étendues et
homogènes pour répondre à nos exigences. De
plus, les informations de type généalogique qui ont
pu nous être fournies par les « Blancs-Matignon »
eux-mêmes permettaient de pallier à des absences éventuelles
de liens entre lignées. Si la parfaite fidélité
n'est pas le propre de notre corpus, il est néanmoins à
même de faire apparaître des tendances et des régularités.
Nous
avons du abandonner tous les actes qui ne trouvaient pas leur place
dans nos généalogies. Ceux-ci concernaient surtout
des individus de couleur (41)
portant des noms « Blancs-Matignon », en particulier
Boucher, Berlet, Bardeur et surtout Saint-Prix. Nous avons ainsi
créé un deuxième fichier composé exclusivement
des actes de mariage qui ont permis de constituer les généalogies.
| III.
Constitution des généalogies. |
A partir
de ce corpus brut d'actes de mariage nous avons constitué
8 généalogies qui correspondent à chaque patrilignage
« Blanc-Matignon », afin de mettre en évidence
les liens de parenté reliant les individus de même
nom enregistrés dans notre fichier. A partir du fichier principal
et pour chaque patronyme, nous avons fait une « extraction
» (dans DBASE IV) qui organisait tous les actes de mariage
des personnes dont le père portait l'un des 8 patronymes
sélectionnés, et cela dans un ordre chronologique
décroissant des actes de mariage. Il suffisait ensuite de
retranscrire sur une large feuille de papier, à raison d'une
feuille par patronyme, les actes de mariage ainsi ordonnés
qui devaient se raccrocher d'une génération à
la précédente, grâce aux actes de mariage des
pères des individus antérieurement pris en compte.
Ces
généalogies graphiques ont mieux permis de repérer
les actes de mariage trompeurs. Par exemple, nous avons obtenu deux
arbres généalogiques pour le patronyme Boucher qui
ne se croisaient jamais car l'un d'eux était constitué
d'individus appartenant à une famille de Boucher «
noirs » n’ayant en commun avec les Boucher « blancs
» que le nom. C'est pour cette raison que nous avions enregistré
un grand nombre d'actes de mariage dans lesquels des Boucher ne
contractaient jamais d'alliances avec d'autres « Blancs-Matignon
». De même, concernant le patronyme Saint-Prix, on n'obtient
pas un mais plusieurs arbres généalogiques, constitués
de mariages ne faisant intervenir des « Blancs-Matignon »
qu'à partir des années 1970 et ce par les unions de
trois des enfants d'un Saint-Prix (métis d'après nos
informateurs) et d'une demoiselle Matignon, sa concubine.
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