www.lameca.orgCouleur de peau et parenté
chez les "Blancs-Matignon" de la Guadeloupe :

entre réel et imaginaire

Par Gustav Michaux-Vignes

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Chapitre 2.
PARENTE ET ALLIANCE.

La définition minimale que l'on pourrait donner des « Blancs-Matignon » serait de dire qu'il s'agit d'un ensemble limité de personnes ayant en commun une couleur de peau, blanche. Le critère premier de définition serait donc cette blancheur de la peau qui ne peut être maintenue que par une pratique du choix du conjoint bien particulière.

L'étude des « Blancs-Matignon » en tant que groupe, ne peut donc manquer de faire appel à l’étude de la parenté qui a pour fonction de constituer le groupe et d'en assurer la pérennité. Autrement dit, pour faire apparaître les barrières qui maintiennent l'originalité de ces groupes (de « petits-blancs ») , l'étude du choix du conjoint est fondamentale, car c'est autour de ce choix comme dans toutes les sociétés multiraciales, que se concentre le préjugé de couleur. En outre, la reconnaissance de l'aire des mariages permet d'apprécier clairement, de manière « objective », les limites de ces populations (40) .

I. Le recueil des données.

Nous avons reconstitué les généalogies patronymiques du groupe car cela semblait être le meilleur moyen de visualiser la constitution et le maintien du groupe et de voir aussi émerger des régularités. Pour ce faire il fallait avant tout connaitre les noms des familles concernées. Là se posait le problème, soulevé en introduction, du crédit à accorder aux informations relatives aux « Blancs-Matignon » quand celles-ci proviennent trop souvent de personnes qui n'en sont pas.

La solution la plus satisfaisante consistait à confronter la liste de patronymes donnée par le groupe à celle que nous avons recueillie auprès de guadeloupéens autres que « Blancs-Matignon ».
C'est ainsi qu'est apparue la liste suivante: Bardeur, Berlet, Boucher, Bourgeois, Matignon, Ramade, Roux et Saint-Prix. Il nous faut préciser que généralement la liste que l'on nous donnait de l'extérieur n'excédait pas trois voire quatre patronymes, il y figurait systématiquement ceux de Matignon et de Ramade. La liste complète n'a pu être dressée que par une personne de couleur noire qui habite à proximité des « Blancs-Matignon » et donc en mesure de mieux les connaitre.

Une fois cette liste établie, il fallait maintenant consulter les registres d'état civil et en particulier les registres de mariage, en recopiant tous les actes impliquant ces noms de famille. Pour disposer d’une profondeur généalogique nécessaire, nous sommes remontés jusqu’en 1806. Avant cette date, on n’aurait rien appris de nouveau sur les familles, leur dispersion dans les Grands-Fonds et les liens de parenté qui pouvaient les unir, notre objectif étant d’avoir une vue représentative du groupe des « petits-blancs » avant l’amorce du processus qui les conduisit à l’etat de « Blanc-Matignon ».
Nous avons concentré notre dépouillement sur la commune de résidence des « Blancs-Matignon », à savoir celle du Moule, à l'exception de quelques actes de mariage du début du XIXème siècle, recueillis dans les registres des communes de Morne-à-l'Eau et de Sainte-Anne, mitoyennes de celle du Moule. C'est ainsi que les registres de mariage ayant moins d’un siècle ont été consultés au service Etat-Civil de la Mairie du Moule puis les registres plus anciens, aux Archives Nationales de Paris.

Toutes les données présentes dans les actes de mariage ont été recopiées directement sur ordinateur et sous le logiciel de base de données DBASE IV. Chaque acte de mariage a été subdivisé en deux « enregistrements » dans la base de donnée, un pour l'époux et l’autre pour l'épouse. Chaque information faisait l'objet d'un « champ » spécifique soit 19 « champs » dont voici la liste: le nom de l'époux ou de l'épouse, ses prénoms, le statut d'enfant légitime, reconnu(e) ou naturel(le), le sexe, la date de naissance, le lieu de naissance, la profession, le domicile, le nom du père, ses prénoms, sa profession, le nom de la mère, ses prénoms, sa profession, le nom de l'épouse ou de l'époux, ses prénoms, la date du mariage, les témoins.

Nous avons obtenu un total de 630 « enregistrements » individuels soit 315 actes de mariage.

 

II. Limites du corpus.

Les données que nous avons recueillies ne peuvent prétendre à une reconstitution exhaustive des « Blancs-Matignon » à travers le temps. Les données étant constituées exclusivement d'actes de mariage contractés dans la commune du Moule, les personnes mariées ailleurs sont exclues. Par conséquent lorsque les enfants de celles-ci se marient au Moule, nous ne pouvons pas les rattacher aux lignées de ceux dont ils partagent le patronyme car le lien de parenté fourni par l’acte de mariage au niveau des parents fait défaut. Pour deux raisons, nous supposons qu’il s'agit là d'un biais de faible ampleur. D'abord les mariages hors du Moule n'ont jamais été très nombreux et ne commencent à se multiplier que depuis peu; ensuite les généalogies que l'on a pu établir sont suffisament étendues et homogènes pour répondre à nos exigences. De plus, les informations de type généalogique qui ont pu nous être fournies par les « Blancs-Matignon » eux-mêmes permettaient de pallier à des absences éventuelles de liens entre lignées. Si la parfaite fidélité n'est pas le propre de notre corpus, il est néanmoins à même de faire apparaître des tendances et des régularités.

Nous avons du abandonner tous les actes qui ne trouvaient pas leur place dans nos généalogies. Ceux-ci concernaient surtout des individus de couleur (41) portant des noms « Blancs-Matignon », en particulier Boucher, Berlet, Bardeur et surtout Saint-Prix. Nous avons ainsi créé un deuxième fichier composé exclusivement des actes de mariage qui ont permis de constituer les généalogies.

 

III. Constitution des généalogies.

A partir de ce corpus brut d'actes de mariage nous avons constitué 8 généalogies qui correspondent à chaque patrilignage « Blanc-Matignon », afin de mettre en évidence les liens de parenté reliant les individus de même nom enregistrés dans notre fichier. A partir du fichier principal et pour chaque patronyme, nous avons fait une « extraction » (dans DBASE IV) qui organisait tous les actes de mariage des personnes dont le père portait l'un des 8 patronymes sélectionnés, et cela dans un ordre chronologique décroissant des actes de mariage. Il suffisait ensuite de retranscrire sur une large feuille de papier, à raison d'une feuille par patronyme, les actes de mariage ainsi ordonnés qui devaient se raccrocher d'une génération à la précédente, grâce aux actes de mariage des pères des individus antérieurement pris en compte.

Ces généalogies graphiques ont mieux permis de repérer les actes de mariage trompeurs. Par exemple, nous avons obtenu deux arbres généalogiques pour le patronyme Boucher qui ne se croisaient jamais car l'un d'eux était constitué d'individus appartenant à une famille de Boucher « noirs » n’ayant en commun avec les Boucher « blancs » que le nom. C'est pour cette raison que nous avions enregistré un grand nombre d'actes de mariage dans lesquels des Boucher ne contractaient jamais d'alliances avec d'autres « Blancs-Matignon ». De même, concernant le patronyme Saint-Prix, on n'obtient pas un mais plusieurs arbres généalogiques, constitués de mariages ne faisant intervenir des « Blancs-Matignon » qu'à partir des années 1970 et ce par les unions de trois des enfants d'un Saint-Prix (métis d'après nos informateurs) et d'une demoiselle Matignon, sa concubine.

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