2. Notre corpus : A partir d’enregistrements de « The Alan Lomax collection », de « Caribbean Voyage » et seulement à partir de 20 chansons créoles du seul CD « Brown girl in le ring », nous espérons découvrir l’unité linguistique d’une langue créole caribéenne. 4. La Caraïbe : Pour bien comprendre la présence du créole à base lexicale française dans cette Caraïbe aujourd’hui anglophone, il n’est peut-être pas inutile de faire un petit rappel historique et géographique.
1.
Zinglito Zinglito est un garçonnet qui suit sont père dans la forêt pour aller scier du bois. En Créole de la Guadeloupe nous avons l’adjectif « zinglèt » et le verbe « zinglété », qui se rapporte à quelqu’un de maigre qui a une démarche à la fois sautillante et hésistante. Quant à l’expression Timanmay, elle est sans aucun doute du créole de la Martinique. 2. Mamselle Marie, woy,yoy yoy, Manselle Marie. Qui était cette Manzè Marie qui a laissé des trace dans tous les créoles ? En Guadeloupe il s’agit de la Mimosa pudica, sensitive qui en créole de la Martinique s’appelle « Mari-wontèz », tandis que Marisosé en créole martiniquais est la libellule. 3.
Afouyèkè « Afouyèkè » nous n’avons pas le sens exact de ce terme, mais la consonance ne nous est pas tout à fait étrangère. Nous connaissons « fouyaya » « fouyapot » « foufougongon », qui auraient une vague étymologie avec « fureter ». Mais que signifie alors « yèkè pou mwen wè-w » ? A moins qu’il ne s’agisse comme c’est souvent le cas dans les chansons de veillée de jeux de sonorités.. Quant à « O dou manman » nous connaissons tous « adoumanman » qui traduit un état proche de l’extase et de la volupté. 4.
Bésé down 5.
Si,si Maria, If you
see Maria, Maria Safaya Ce « code switching » qui en français se dit « alternance codique » n’est pas étonnant. Ici on passe de l’anglais au créole, chez nous du français au créole. Ce sont des procédés de communication courants dans les sociétés où deux ou plusieurs langues sont en contact. Ce qu’on appelle alors l’« embrayeur » qui provoque le changement de code est probablement ici « tanboulélé ».
6.
Tralala Voum-bé Chanson énigmatique, peut-être à double sens, car « koupé » en créole de la Martinique a aussi le sens de l’acte sexuel. D’autant qu’on rencontre une ronde enfantine similaire en Haïti où « Yaya, Tiroro é Banda alé larivyè pou péché pwason » et qu’il bien là d’une chanson érotique, ce qui expliquerait « jilyen kontan sa » et le « voum bé » que nous pourrions transposer en créole de chez nous par « lélé lélé » ou « ponpé ponpé » ! 7. Bonjour,Ma cousine Bonjour,
ma cousine, Nous avons traité ce texte comme créole alors qu’il s’agit d’une chanson française que nous avons tous chantée et jouée dans les cours de récréation. C’est sans doute à partir de cette chanson que nous avons créé en créole « mansousyé ». Ainsi « i byen mansousyé » signifie « il s’en moque », niveau de langue plus chatié que « i byen sanfouté ». 8. Sikola ola vanni Ay nou
ka lélé kako, bay-la « Sikola » est en fait « chokola », thème sur lequel nous avons aussi plusieurs chansons comme « chokola alavanni sa ki vé sa ki mandé » qui, me semble-t-il, est aussi de la Dominique. Nous avons également cette ronde enfantine « Comment fait-on du Chocolat ? Dlo cho épi kako ! ». Dans la chanson Sikola Koubari ne serait pas l’arbre qui produit le baton-lélé, mais le nom d’une grande plantation de cacao en Dominique. 9. Dis solda-la Dis solda-la Encore un thème connu dans nos rondes enfantines. Nous connaissons en Guadeloupe « Soldat ka kaka toudoubout, sé pou lonnè a-yo ».Ces chansons sont à la base de jeux chez les garçons. 10. Ariyèl –o Ariyèl-o,
ban-m bagay-mwen Arielle est sans doute la femme qui est en retard dans la préparation du repas. Il est midi et il faut partir. Nous avons en créole de la Guadeloupe « Yèswa Panten té sou, i alé aka madanm a-y, i mandé madanm-la diné, diné-la pòtékò paré…. ». Ce qui est frappant dans ce texte c’est l’alternance biten/bagay, quand on sait que « biten » est du créole de la Guadeloupe et « bagay » de la Martinique. 11. Lendi mwen larivyè Lendi
mwen larivyè, Lendi mwen larivyè, le thème de la femme qui chaque jour de la semaine effectue une tâche différente pour la préparation du linge se retrouve dans une chanson française : « le lundi elle lave son linge.. ». Le samedi elle meurt, le dimanche elle ressuscite . Ici c’est son Doudou qui ne veut pas la voir et c’est comme si elle en mourait.
12.
Mangotin Nous connaissons bien les « mangotin » que nous appelons également « mango thérébentine ». Alan Lomax lui, s’interroge sur ce « tin » pensant qu’il s’agit de « ti » pour « petite mangue », ou encore du prénom féminin « Mangotine » ou d’une variété de cerise caribéenne « mangosteen », il retient plutôt la première hypothèse car Sainte-Lucie produit beaucoup de mangues qu’elle exporte à la Barbade. 13. Yon ti pwaryé Mwen
té ni yon ti-pwaryé, O bon
ti kaliko La musique
du couplet serait typiquement française, le refrain aurait, en
revanche, plutôt un rythme caribéen. Kaliko viendrait du
terme créole « zabriko » ce que nous retrouvons en
créole de la Guadeloupe dans « bonm kaliko zabriko »
et en Haïti « zakoliko, zabriko ». 14. Ay Zabèl o Ay Zabèl
o Ayayay Zabel ne s’est pas occupé de sa mère qui est morte à l’hopital. Elle mérite d’être fouettée par une tige de calebasse comme chez nous. Nous retrouvons la même devoir de dévotion aux parents et la même punition en cas de manquement. 15.
Fiolé « Fiolé » pour « sé fi yo lé », « ce sont des filles qu’ils veulent ». La Guyane et Barbade manquant de femmes, les filles de Sainte-Lucie doivent émigrer pour chercher du travail. Woyoyoy, pour dire combien cette situation est douloureuse.
16. Van-la Van-la
vanté “Van-la vanté »Nous sommes bien de la même culture des pays de cyclones et des mers déchaînées qui obsède notre quotidien. 17. Mwen lévé lendi bonmaten Mwen
lévé lendi bonmaten, Ay sa
la, sa la, loumbé, loumbé A quoi fait référence « Lokadi » ? S’agit-il du prénom français « Léocadie » ou du mot créole « malkadi » c'est-à-dire « épilepsie » ? Quoi qu’il en soit « Lokadi dèyè kontwè ». 18.
Eliza Kongo Eliza Kongo est le nom d’une femme qui s’est fâchée avec son ami. Il faut faire la paix. Cette chanson est probablement à double sens. Ay dyoup dyoup, soukwé-w, mété-w, mwen ka vini traduisant l’excitation sexuelle. A noter le nom « Kongo » comme ici « mondongue » ou « guiné » qui sont soit des patronymes de nègres marrons ou d’Africain arrivé après l’esclavage.
19.
Hélé Misi o Que s’est-il passé avec cette Miss pour qu’elle ait brûlé son cadeau et dit non après avoir dit oui ? On ne sait plus, mais on chante encore l’événement dans une langue qui marie le créole, l’anglais et le français. « Nennenn » c’est à dire « marraine » a disparu du créole de Guadeloupe mais se dit encore en Haïti. 20.
Vio vio lé « Vio » serait la contraction de « viejo ».Que veut-il ce vieux « pangnol » qui vient du Venezuela ? Se marier ? Mais il ne sait pas grimper au cocotier, épreuve incontournable pour tout prétendant. Ce nègre du continent n’est pas à la hauteur des nègres créoles : il manque de virilité. En conclusion : sans être musicologue, à partir de la seule étude des textes créoles, nous constatons l’unité culturelle de la Caraïbe. C’est justement ce que voulait démontrer Alan Lomax dès les premières indépendances en 1962 (celles de La Jamaïque et de Trinidad). Outre les textes, la musique, les rythmes, nous retrouvons les mêmes thèmes : les phénomènes climatiques, le travail dans les champs, les conditions de vie difficile, l’émigration, les traditions etc. Ces jeux chantés le sont souvent au cours de veillées, toujours accompagnés de tambours, mêlant joie et tristesse, jouant sur les mots et le double sens. Nous espérons que toutes ces découvertes ne sont pour nous qu’un début….
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