Kalinda et combats de bâtons à Trinidad
www.lameca.org

 

6. Kalinda et Caraïbe

Maureen Warner-Lewis, dans son ouvrage Central Africa in the Caribbean Transcending time, Transforming Cultures, donne de précieuses indications quant à la pratique des combats de bâtons dans l’archipel caraïbe au temps de l’esclavage. Appelée stick-licking à la Barbade et à Curaçao, mani à Cuba, setu à la Guyanne, laja à la Martinique, mayolè en Guadeloupe, cette pratique était une forme de divertissement de la deuxième et troisième générations de descendants d’africains (« it was a cultural pastime of second and third génération Central African and others »).


Représentation de la peinture d’Agostino Brunias "A cadgelling Match between English and French Negroes in Dominica".

Le peintre Agostino Brunias est né à Rome en 1730. C’est à l’académie San Luca qu’il fait ses classes de peinture avant d’être remarqué par l’architecte britannique Robert Adam qui séjourna quatre années en Italie pour approfondir ses connaissances sur l’architecture et les arts. A son départ d’Italie, Robert Adam engage Agostino Brunias qui le suit à Londres où il travaille à son service réalisant de nombreux dessins architecturaux, des fresques, des peintures murales et des plafonds. De Londres, il part pour la Caraïbe en tant que peintre officiel de l’aristocrate Sir William Young, premier gouverneur nommé à l’administration de quatre îles nouvellement cédées par la France à la Grande Bretagne à l’issue de la guerre de 7 ans en 1763. Il s’agit de la Dominique, Saint-Vincent, Grenade et Tobago.

Si la résidence du gouverneur fut établie sur l’île de la Dominique, le mode de gouvernance fut marqué par une grande mobilité. Ainsi, entre 1764 et 1773, le gouverneur effectua plus de cent voyages sur les autres îles de la Caraïbe de l’empire colonial britannique accompagné de son entourage et du peintre Agostino Brunias.

Agostino Brunias fit de nombreuses peintures de la société esclavagiste. Après avoir été au service du gouverneur, il travailla pour le compte de différents mécènes. Il quitta la Caraïbe en 1775 et y revint en 1784 où il resta jusqu’à sa mort survenue à la Dominique en 1796. Outre ses peintures mettant à l’honneur la plantocratie, Agostino Brunias représenta des scènes de vie où ressortent les différentes strates socio-raciales de la société esclavagiste. Il s’intéressa également aux traditions de la population asservie, représentant des scènes de danse à Saint-Vincent, à la Dominique, à la Martinique, à la Barbade. Les peintures représentant des combats de bâtons sont des indicateurs précieux de cette pratique au temps de l’esclavage.


Peinture d’Agostino Brunias : Stickfight Dominica.

Dans l’ouvrage de Gordon Rohlehr Calypso and Society in Pre-independance Trinidad, le mot kalinda renvoie d’abord à un genre de danse qui fut commun à l’ensemble de l’archipel carïbéen et à la Louisiane durant la période de l’esclavage. Plus loin, Gordon Rohlehr écrit qu’à Trinidad cette danse connut une évolution particulière, "intrinsèquement liée aux combats de bâtons" (i) (the kalinda in Trinidad became inseparatly connected with the stickfight).

De même, Eroll Hill écrit que les kalindas furent une forme de divertissement commune aux esclaves de différentes îles de l’archipel carïbéen. Les kalindas s’apparentent à une danse, "stick dance" (ii) : l’art de manier le bâton. La danse, d’abord esthétique, évolue dans un second temps vers un combat véritable. Cette danse martiale nous dit Errol Hill, s’accompagnait de tambours, de shak shak (iii), et de chants : les "singing kalinda airs" (iv). De plus, les costumes des bâtonniers possédaient des clochettes qui, secouées au rythme des tambours, faisaient partie intégrante de l’accompagnement musical. Les kalindas chantées par les bâtonniers dans les rues les jours de carnaval se retrouvaient dans l’appellation qui fut donnée à ces groupes masqués : "battling troubadour" (v).

Dans son article Color, Music, and Conflict: A study of aggression in Trinidad with reference to the role of traditional music, J.D. Elder associe les chants à la représentation: "Cannes Brule and Kalinda", "stick fighting and Kalinda-singing", "batoniers (vi) and cult of kalinda" (vii).

Lorsque J.D. Elder parle de l’aspect musical des kalindas, c’est pour dire leur pouvoir sur les combattants : "drum language to direct the fighters" (viii). Les Kalindas songs donnaient du courage à ceux qui étaient en train de combattre alors que les chanteurs veillaient attentivement à ce que les règles du combat fussent respectées.

Florabelle Spielmann

_________________________________

(i) Rohlehr 1990 : 14.

(ii) Hill 1997 : 25.

(iii) Appellation vernaculaire pour hochets.

(iv) Hill 1997:25.

(v) Ibid. p 17.

(vi) Orthographe vernaculaire.

(vii) Elder 1964 : 131.

(viii) Elder 1964 : 130.


 

Kalinda et Combats de bâtons à Trinidad

1- Introduction
2- Trinidad et son carnaval : un peu d'histoire
3- Des feux de cannes aux "Cannes Brulées"
4- "Nègre Jardins Bands"
5- Des « Cannes Brûlées » au carnaval d’aujourd’hui
6- Kalinda et Caraïbe

7- Le pouvoir du chant

8- Les tambours

9- Symbolique associée aux tambours

10- Kalinda is a spirit

Extraits musicaux
Sources

Conférence audio

www.lameca.org
www.lameca.org