| RÉSUMÉ:
Quoiqu'on puisse reconnaître l’importante contribution
de la musique liturgique Afro-Brésilienne pour la musique
brésilienne en général, très peu d'enregistrements
sur la musique des Orishas ont été produits dans la
dernière décennie. En dépit de l'augmentation
de la recherche anthropologique sur la diversité musicale
au Brésil, la richesse et la complexité de la musique
du candomblé n'ont pas été identifiées
en juste proportion. En partie, à cause de l’orthodoxie
des religions Afro-Brésiliennes qui limite l'enregistrement
des chansons exécutées pendant les cérémonies.
Il est important de souligner que l'industrie phonographique, jusqu’aux
années 60, n'a pas eu accès aux chansons de ces cérémonies
privées. Depuis les années 90, cependant, un certain
nombre d'enregistrements ont fourni les ressources, qui répondent
aux intérêts des communautés-terreiro (les églises
Afro-Brésiliennes et leurs fidèles) et de la communauté
scientifique. Le but de cette présentation est ainsi double.
D'abord, analyser l'impact créé par l'enregistrement
du CD Ilê Omolu Oshun: chansons rituelles et sacrées
des Orishas vers les communautés religieuses (les terreiros).
A la suite de cela, considérer les transformations qui se
sont produites dans les traditions religieuses d'origine Africaine
(qui sont basées sur la tradition orale) après la
présence des médias dans leur milieu.

ABSTRACT: Even though there has been plentiful
recognition of the important contribution of Afro-Brazilian liturgical
music to Brazilian music as a whole, very few recordings of Orixá
music have been released in the last decade. Despite the increase
in anthropological research on musical diversity in Brazil, the
richness and complexity of candomblé music has not been adequately
recognized, in part because orthodox Orixá belief has deliberately
limited the recording of songs performed during public ceremonies.
It is important to emphasize then that the phonographic industry
has not had access to the songs of these private ceremonies. Since
the 1990's, however, a number of recordings have provided resources,
which answer to the interests of the scientific community and believers
alike. The aim of this presentation is thus twofold. First, to analyze
the impact created by the recording of the CD Ilê Omolu Oxum:
orixá ritual and sacred songs on these religious communities
(terreiros). Second, to consider the transformations that have occurred
in religious traditions of African origin (which are based on oral
tradition) after the presence of media in their midst.

Au Brésil,
au début du XIXème siècle, un système
des pratiques religieuses a été créé.
Il concentrait, dans un même espace physique (le terreiro)
, une pluralité de cultes et de formes religieuses provenant
de la Côte Occidentale Africaine, à travers le trafic
d’esclaves, qui a duré plus que trois siècles.
Ce système religieux a été dénommé
candomblé : la religion des orishas , inkices et voudous
africains au Brésil.
En plus de
réunir les cultes les plus divers et les plus significatifs
de la matrice africaine, le candomblé s’est affirmé
comme une religion centrée sur la tradition orale, à
défaut d'un livre révélé.
Sans la présence
d’un livre de la révélation, sa liturgie a été
promulguée par la transmission orale des mythes, qui sont
révélés dans les chants, les danses et les
prières, en perpétuant des traces et des formes historiques,
religieuses et sociales dans la conscience et la mémoire
collective, au passé, des Africains et de ses descendants
au Brésil et, aujourd’hui, de tous ceux qui se reconnaissent
dans les religions Afro-Brésiliennes, d'origines les plus
diverses.
Vue comme le
principal instrument de concrétisation du processus civilisatoire
et identitaire Afro-Brésilien, la tradition orale a été
nécessaire pour la dynamique interne des terreiros, ainsi
que pour son positionnement de défense en face de la culture
dominante, de la société incluante, car, malgré
sa fonction comme instrument pour la transmission de la connaissance
liturgique et mythique, l’oralité a servi pour réguler
la vie sociale dans les terreiros (avec ses dynamiques de solidarité,
pouvoir et hièrarchisation) et dans le monde externe.
Par conséquent,
les terreiros sont vus, jusqu’à aujourd’hui,
comme des espaces de résistance à l'oppression élitiste
et aux pressions d’homogénéisation des classes
dominantes sur les populations subalternes (ou la minorité
composée de la population Afro-Brésilienne, qui, non
par hasard, forme le plus grand nombre des intégrants des
classes populaires). Le candomblé a élaboré
une nouvelle forme de vie pour les populations d’ex-esclaves.
Il a permis de réaliser le maintien de ses identités
ethniques (leur langues, leur habitudes alimentaires, leur réorganisation
politique et sociale, la reprise de leurs structures familières,
la réorganisation de leur écologie), ce qui caractérise
les terreiros comme formes parallèles d’organisation
sociale, économique, politique et aussi linguistique dans
le Brésil moderne.
Il était
nécessaire de créer une singularité pour les
descendants d’Africains au Brésil. Une telle singularité
n’a pas seulement déterminé l’appartenance
des descendants d’Africains au Brésil à une
identité Afro-Brésilienne, mais, elle a surtout servi
à la création du patrimoine matériel et symbolique
Afro-Brésilien (si nécessaire à une population
ex-esclave), en leur attribuant des traces de civilisation, de passé
historique et d’appartenance socioculturelle. Ces traces ont
produit des signes constitutifs de la mémoire collective
Afro-Brésilienne, basés sur la transmission héréditaire
(transnationale et trans-historique) – ce qui a rendu possible
la permanence au Brésil moderne d'une religion strictement
hiérarchisée et formée par des rituels assez
complexes (surtout, en l'absence d’un texte liturgique, institutionnel
et régulateur).
Perpétuellement
élaborée par la ritualisation religieuse, la mémoire
collective a servi pour organiser la vie sociale des descendants
des Africains au Brésil, à travers des mémoires
ou même de l'invention de pratiques des terres originaires
en composition avec la réalité sociopolitique et culturelle
Brésilienne, pour le compte de la transmission orale transgénérationnelle
et transtemporelle, obtenue sans l’aide d'un texte ou d’un
document de régulation des normes et des règles du
comportement.
Du point de
vue religieux, la notion d’appartenance identitaire Afro-Brésilienne
a été créée en opposition aux formes
classiques de transmission historique, qui assignent une quantité
d'images d'identification à travers des traces patrimoniales,
inscrites dans un temps historique et ancestral. En ce cas, le passé,
le présent et le futur seraient construits au travers d’instruments
conceptuels et concrets, dont le texte – document datable
(qui se rapporte au passé) et archivable (qui se rapporte
au futur) – aura un rôle assez important. Pourtant,
la construction de la narrative Afro-Brésilienne a aidé
à la construction de sa narrative historique. Inutile de
rappeller que les documents de référence sur le trafic
esclavagiste ont été détruits. Encore aujourd'hui,
on présente ces observations sur la destruction des registres
écrits qui prouveraient la précision du nombre d’esclaves
“importés”, de leur origine spatialo-géographique
et de la somme budgétaire que le système esclavagiste
a fait économiser. L'appréhension et la destruction
des matériaux de culte par la police a également été
un autre facteur très important de la quasi disparition d'une
histoire matérielle Africaine au Brésil. Par conséquent,
puisque l'histoire Afro-Brésilienne n’a pas été
matérialisée par un récit des évènements
passés, un document ou, plus exactement, un matériel
littéral, c’est l'oralité qui est devenue l'élément
primordial pour l'accomplissement du savoir Afro-Brésilien,
à travers la légitimation d'une mémoire non-écrite
et non-documentée, donc, symbolique ou conceptuelle, qui
aura dans le corps et dans la narration mythique ses instruments
les plus valables. Par ailleurs, les religions Afro-Brésiliennes
ont été vues comme instruments du retard socioculturel
brésilien à cause de l'exubérance, l'exotisme
et le primitivisme (la “barbarie” et la “sauvagerie”)
de ses rituels de sacrifice, de possession et de magie, qui ont
dans le corps (corporéité) et dans la parole (oralité)
ses appuis les plus efficaces (ce qui s'oppose radicalement, à
l'idée d'une culture littéraire et, en conséquence,
érudite).
En général,
ce sont ces deux points (des traces et des formes) qui conduisent
les systèmes rituels dans les religions d'origine africaine
au Brésil. Le premier de ces systèmes, d'origine Nagô,
a pour origine les peuples qui ont l'iorubá en tant que langage
commun et qui forment ce qui est désigné comme le
yourubaland - correspondant, aujourd'hui, au sud du Bénin
et au sud-ouest du Nigeria (vieux royaumes d'Oyó, d'Ijesha,
d'Ijebu, de Ketu et d'Egba). Le second, d'origine Jeje, provient
des peuples Fon, issus de la région du vieux Dahomé
(les actuelles Républiques du Togo et du Bénin). Celui-ci
diffère du premier, par le fait de ne pas vénérer
les divinités trouvées dans la région du yorubaland,
qui sont, au Brésil, les déités africaines
les plus populaires - Shango, Oshun et Iyemoja, entre autres. C'est
le syncrétisme entre ces deux systèmes - fon et yoruba
- qui déterminera le modèle de culte jeje-nagô,
ce qui correspond, généralement, à ce que nous
appelons candomblé et qui est le système le plus populairement
connu parmi les traditions et pratiques religieuses d'origine africaine
au Brésil.
La tradition
bantou (surtout, kimbundo et kincongo), issu des régions
d’Angola et du Congo, est aussi un modèle assez présent
au Brésil – ici, connu comme le “candomblé
angola”. D’accord la región du pays, cettes réligions
vont recevoir une désignation spécifique: candomblé,
tambor-de mina, shangô, shambá, batuque, egbá
etc. Mais, on ne peut pas oublier l’infinité de traditions
religieuses d’origine africaine qui sont nées de la
rencontre entre ces traditions et les manifestations populaires
Brésliennes (amérindiennes entre eux). En ce cas,
on peut même citer: le babaçuê, l’umbanda,
la quimbanda, la pajelança, l’encantaria, le catimbó,
la jurema etc.
Les cérémonies
publiques ou privées, dans n’importe quelle tradition,
sont absolument marquées par la présence des chants
et, quelques fois, de la musique percussive.
Pour chaque
activité, il y a des chants spécifiques. On chante
pour préparer et offrir les nourritures pour les dieux, pour
préparer les bains d’herbes, pour ouvrir les chemins,
pour faire danser les dieux pendant les fêtes etc. C’est,
pour autant, un des plus riches patrimoines musicaux de la culture
Brésilienne.
L’orchestre
est composé de trois tambours qui ont la même forme,
mais qui ont différentes grandeurs et sonorités. On
les appelle run, rumpi et lê. Les trois tambours sont couverts
avec des peaux d’animaux aux extrémités. Ils
sont construits de grands bois en forme de cône. On en joue
avec les mains, dans le candomblé Congo et Angola (de tradition
bantou) et avec des morceaux (tiges) de bois, appellé aguidavi,
dans les candomblés jeje-nagô (d’origine Yoruba).
Le rum, le plus grand et le plus grave des tambours, fait le solo
et peut réaliser beaucoup de variations sur le rythme joué
par les deux autres tambours. Les variations donnent le mouvement
de la danse des fils-de-saint et des orishas, en déterminant
ses gestes et ses mouvements de corps – les bras, les jambes
et les pieds, surtout. C’est pourquoi ce sont seulement les
ogan (joueurs) les plus expérimentés qui peuvent jouer
le rum. A cause de leurs fonctions dans le culte, les tambours sont
traités comme des divinités. Ils reçoivent
les mêmes offrandes que les divinités – des nourritures
et des sacrifices d’animaux. Pendant les fêtes publiques,
ils sont habillés avec de beaux rubans, qui sont faits et
disposés autour d’eux par les femmes.
Outre les tambours,
l’orchestre comprend aussi le gan et le shequerê. Le
gan est une cloche en fer, qui a une sonorité assez stridente,
joué avec un hampe en fer ou bois. Quand il a un seul cylindre
il est appellé gan. Pour l’instrument avec deux cylindres,
on l’appelle agogô. Il a aussi pour fonction de marquer
le rythme de la chanson et doit initier la musique avant les tambours
– normalement, il est joué au moment où le chanteur
soliste commence la chanson. Le shequerê ou afoshè
est fabriqué à partir d’un légume (une
grande graine) complètement rond et sec, sans la présence
de semences et enveloppé dans beaucoup de fils avec des petits
graines, qui forment un chapelet ou un filet. Il est joué
avec le gan, en marquant le rythme de la musique.
Les chansons sont entonnées par l’iyalorisha (la mère-de-saint)
ou un ogan assez expérimenté ou, encore, par quelqu’un
ayant la confiance de la mère-de-saint. L’ogan qui
chante de même que les joueurs sont appellés alabês
– ils ne servent qu’aux chants. Les autres ogan sont
divisés entre les ashogun (qui font les sacrifices des animaux)
et les ogan de salon (qui aident dans la manutention du terreiro
et de ses maisons). Tous les fils-de-saint et même les assistants
doivent répondre à la chanson entonnée par
la mère-de-saint ou quelqu’un d’autre. Donc,
la structure des chants est composée par le solo et la réponse
au solo par le groupe. Toutes les chansons sont acompagnées
par des tambours (excepté les prières ou quelques
chansons des rituels privés). Mais, il y a des musiques jouées
aux tambours qui ne sont pas chantées.
Il ya plus
de vingt rythmes différents. Chacun est lié à
une divinité, à une famille de dieux ou à une
cérémonie spécifique. Normalement, les chants
et la percussion ont une étroite liaison avec l’histoire
mythique du dieu. Ilu, c’est le rythme qui rend hommage à
Oya (connue aussi comme Iyansan au Brésil). La déesse
des tempêtes, elle est symbolisée par le rayon. Donc,
c’est un rythme violent et rapide, qui fait le bruit des rayons,
connu aussi comme le “casse-plat”. Pour Omolu (connu
aussi comme le médecin des pauvres et noirs), le dieu de
la variole et des maladies de la peau, on joue l’Opanijé,
qui est un rythme lent, sérieux et introspectif. L’Alujá
est le rythme joué pour Shango, le dieu de la justice et
roi d’Oyo. C’est, pourtant, un rythme assez noble, qui
est accompagné par des battements de mains. L’Ijesha
serait le rythme d’Osun. Mais, il est aussi joué pour
d’autres divinités, comme Logunedé, Eshu, Ogun
et Oshala. L’aguerè est le rythme du dieux de la chasse,
Oshossi, le plus connu entre les Odès (chasseurs) et les
guerriers. Il est lié à la forêt ainsi qu’aux
routes, aux chemins. Comme le rythme pour son frère, Ogun,
le plus connu des guerriers, l’aguerè est assez marqué,
rapide et, d’une certaine façon, habile. Il y a encore
les rythmes pour les orisha Fon, comme Oshumaré et Omolu,
son frère. Ses rythmes, assez marqués, sont joués
par toutes les divinités jeje. Le rythme d’Oshalufan
et Oshaguian est assez tranquille, douce et lent, car ses dieux
sont strictement rattachés à la création, au
blanc, à la paix. L’avamunha est le rythme pour l’entrée
et la sortie des fils-de-saint et des orishas, quand ils sont déjà
montés sur les fils. Pourtant, il est joué pour tous
les orishas. Ainsi que l’avamunha il y a encore d’autres
rythmes universels.
Même qu’on
pouisse reconnaître la forte liaison entre la musique des
terreiros et leurs ortodoxie religieuse, la richesse de sa langage
musicale et des ses éléments sonores nous permettent
de comprendre le rôle et la contribution de cette musique
outre de l’espace religieux. Un bon exemple: au début
du XXème siècle, la culture populaire Brésilienne,
avec des forts traces des manifestations du peuple, a permis la
construction du plus populaire rythme Brésilien, le samba,
auprès de l’arrivée des noirs de Bahia à
Rio (en cherchant de boulots dans les postes de travail que la “Paris
des Tropiques”, une ville modèrne, urbanisée
et industrialisée offrait) et leurs rencontre avec les noirs
de Rio et ses manifestations. Le samba, jusqu’à ce
moment, n’était fait que dans les terreiros. Il representait
la fête païenne, qui était précédente
à la fête religieuse. D’aprés cela, on
peut identifier le samba comme une expression articulée entre
les noirs de Bahia et de Rio (ce qui provoque le doute sur la naissance
du samba). Mais, on peut aussi l’en transformer en la plus
forte expresión de la musique Brésilienne, en destituant
ses traces d’africanismes – de musique noire (black
ou soul music) à musique nationalle.
Aux années
60, l’entrée de la culture populaire dans l’industrie
culturelle et sa transformation en culture de masse (comme un projet
du gouvernement dictatorial pour l’alienation), a beaucoup
contribuée pour que la musique des terrreiros fut transformée
en important élément pour la consolidation de la musique
populaire Brésilienne (la MPB). Un autre facteur est aussi
important. Si la tradition verbale était, en fait, l’instrument
pour l'exécution et la perpétuation de ce système
pendant le XIXème siècle, le début du XXème
siècle fait apparaître une vague de productions bibliographiques,
qui prennent le candomblé et son complexe système
rituel comme objets d'enquête. Ils provoquent, en quelque
sorte, la perte de la référence orale (à cause
de l’importance que les adeptes du candomblé donnaient
à ce genre de publication) et une réélaboration
du patrimoine mémorialiste et de la narration traditionaliste,
métaphorique et mythique Afro-Brésilienne, précédemment
élaborée par la tradition verbale. De cette forme,
la religion non-textuelle, centrée sur l'oralité,
se transforme en une religion littérale, technologique et
digitale (ou hypertextuelle), du fait de la pression et de la séduction
causées par les forces médiatiques et par le penchant
que ces religions ont pour élaborer des processus de réformulation,
réadaptation et [ré] articulation. Ainsi, après
l'apparition du candomblé dans la production médiatique
à partir des transformations entreprises par l’intérêt
anthropologique et l’évolution des médias, le
candomblé va constituer une part significative des
productions radiophoniques, audiovisuelles (cinéma, TV et
discographie) et cyberinformationnelle (l’Internet) –
ce qui détermine une réorganisation des formes traditionnelles
de culte, assez importante pour la visibilité et la popularisation
de ces religions en dedans et dehors du Brésil.
En 1937, période
du deuxième Congrès Afro-Brésilien, la PRF8,
une station de radiodiffusion de Bahia, réalisait une transmission
radiophonique, particulièrement commandée par babalorisha
(le père-de-saint ou chef de culte) Joãozinho da Goméia.
Le père Joãozinho chantait avec un groupe de filles-de-saint,
in live, des chansons religieuses et sacrées des
terreiros. Le grand succès obtenu par cette transmision a
fait émerger la discussion sur la désacralisation
des chants. Quelques années plus tard, ces mêmes chants
étaient enregistrés sur disque vinyle et, un peu plus
tard, sur un disque compact (CD). La première émission
radiophonique sur les religions Afro-Brésiliennes ou, plus
spécifiquement, l’umbanda, est datée de 1946.
Le programme “L’Umbanda Sacrée et Divine”,
véhiculé par la Radio Guanabara de Rio, était
une émission destinée plus aux adeptes du spiritisme
qu’aux adeptes des religions Afro-Brésiliennes proprement
dit. Par conséquent, le candomblé et l'umbanda modestement
traités au cours du programme. En 1950, dans la même
radio, le programme de J. B. de Carvalho est créé.
Il va aussi diriger un programme radiophonique sur la MPB . Étant
adepte de l'umbanda, il infiltre dans la programmation des chants
religieux Afro-Brésiliens, obtenant un grand succès
d’écoute à ce moment. Átila Nunes créera
en 1948 une autre émission radiophonique qui, n'étant
pas spécifiquement une émission d'umbanda (c'était
un bail-radio), va insérer quelques chansons de l’umbanda
pendant la programmation normale de l’émission (cela,
au moment où les disques d'umbanda n’existaient pas
encore). Ce sera seulement en 1952 que Átila Nunes créera
une émission radiophonique sur l'umbanda spécifiquement,
à l’adresse des fidèles de cette religion. Le
premier programme sur le candomblé dans une radio a été
créé par un fils-de-saint du célèbre
babalorisha Tata Fomotinho, Roiosan, à Rio, en 1968. Ce programme
ne propagea que des chansons des terreiros. En 1970, José
Benistes inaugurait son programme radiophonique sur le candomblé
à Rio. Outre la reproduction de chansons, c’était
aussi un émission au sujet de la divulgation culturelle des
événéments du candomblé. Donc, il a
été vu comme un projet de propagation culturelle sur
la religion à travers le média radiophonique. En occupant
la programmation d'une radio spiritiste, Benistes n'a pas pu employer
le mot candomblé dans le titre de son programme. Dans cette
radio, le programme a survécu pendant seize années.
Avec la mort du babalorisha Joãozinho da Goméia, en
1971, les émissions ayant le candomblé comme sujet
débutèrent. La polémique autour de la succession
du babalorisha fit beaucoup de bruit, ce qui donna à l’émission
une audience phénoménale. L'inclusion des discussions
avec des babalorishas, iyalorishas et personnalités de l'univers
religieux était également un important facteur pour
le succès du programme. José Ribeiro inaugurera aussi
des émissions radiophoniques sur le candomblé, qui
auront une vie courte vu le coût élevé du maintien
de l'émission et le peu d'annonceurs. Cependant, sa participation
active dans quelques dizaines de programmes radiophoniques et télévisuels
lui permettra de devenir un des "candomblecistes" les
plus renommés dans les décennies 1960 et 1970. En
1973, les babalorishas Guilherme d'Ogun et Marcelo d'Oshossi ont
aussi créé une émission radiophonique sur le
culte des orishas, dans une radio à Rio. Elle n’a pu
duré que sept ans. Dans les années 80, cet émisson
radiophonique s’est transformée en une émission
télévisée, qui n’a pas vécu le
premier anniversaire. Les festivals des chansons d’orishas
ont aussi été un grand succès depuis les années
70. En 1974, le babalorisha Luiz de Jagun a créé un
programme diffusé par une radio de Rio, qui était
centré sur la vie habituelle des terreiros ainsi que sur
les évènements et les festivités sociales.
L’émission avait un personage, Xica Xoxa, qui traitait
des « gaffes » et trivialités du monde du candomblé.
La mort du babalorisha, en 1997, a fait perdre à l'univers
du candomblé son programme de radio le plus controversé.
L'achat des radios brésiliennes par des groupes évangéliques
a participé à l'échec généralisé
des programmes radiophoniques qui avaient les religions Afro-Brésiliennes
comme sujet. Mais, à ce moment, l’industrie phonographique
était déjà forte.
Cette industrie
a été surtout représentée par la chanteuse
Clara Nunes, qui a immortalisé les religions Afro-Brésiliennes
et ses divinités dans ses disques et chansons. Cependant,
c'est la décennie de 1930, qui a été le point
de départ de l'apparition des chansons sacrées et
religieuses Afro-Brésiliennes dans des enregistrements discographiques.
La mission de la Recherche Folklorique du Département de
la Culture de São Paulo, coordonnée par Mário
de Andrade, en 1938, publia une série d’articles qui
constituèrent les collections ethnographiques organisées
par Oneyda Alvarenga Mário de Andrade faisant partie intégrante
du mouvement moderniste Brésilien. Pourtant, on peut comprendre
l’importance que la pensée intellectuelle Brésilienne
a donné aux manifestations de la culture populaire (même
avec la forte stigmatisation sur les traces d’africanismes
d’après l’entrée de la pensée évolutioniste
à la fin du XIXème siècle au Brésil).
João da Baiana et Sussu ont enregistré, en 1957, un
disque (long play) appelé Tambours et Chansons de Macumba,
composé de huit musiques qui rendaient hommage aux dieux
Afro-Brésiliens. En 1970, Pixinguinha immortalisa, en association
avec Clementina de Jésus et le même João da
Baiana, la chanson Iaô. Le chanteur Rui Maurity,
aussi bien que les chanteurs et les compositeurs Toquinho, Vinícius
de Moraes, Gilbert Gil et le group Tincoãs, ont été,
aussi, des personnalités importantes pour la popularisation
des chants Afro-Brésiliens dans la production en vinyle,
toujours dans la décennie de 1970. L'écriture et le
lancement des chansons d’orishas dans les festivals d’umbanda,
ainsi que la production significative de vinyles et de cassettes
pour la commercialisation dans les magasins d'articles religieux
sont également d’importants éléments
qui ont contribué à la popularisation de ces religions
en dehors de leur cercle d’origine. Pour ceci, il contribuerait:
au vinyle enregistré par le babalorisha Luiz da Muriçoca;
le vinyle enregistré par le babalorisha Joãozinho
da Goméia; le vinyle enregistré par l’iyalorisha
Menininha do Gantois; le vinyle qui réunit plus qu’une
dizaine de chants de candomblé organisés par Candeia;
Odum Orím, le disque compact (CD) enregistré
par le groupe Ofá (composé pour des intégrants
du terreiro du Gantois) et produit par Caetano Veloso; le CD Ilê
Omi Ojuarô, du terreiro de la mère Beata d’Iyemoja;
le CD Ilê Omolu Oxum: chants et tambours pour les
orishas, enregistré par le terreiro dirigé par la
mère-de-saint Meninazinha d’Oshun) et ici presenté;
le CD enregistré par l'ogan Luiz Bambala (en phase de production);
le CD intitulé Ipadê, produit par un terreiro
de São Paulo; le CD Candomblé de angola:
musique rituel afro-brésilienne; le CD The yoruba-dahomean
colllection: orishas across the ocean; le CD Kupapa Unsaba,
du terreiro de tradition Angola appellé le Bate-Folha; le
CD Chants des Orishas du candomblé de Carlinhos d’Oshun
etc. Les musiques des écoles-de-samba jouées dans
presque toutes les radios ont été un facteur aussi
important pour la promotion et la diffusion des religions d'origine
africaine au Brésil. Mais, c’était, essentiellement,
au travers de la phénomenale vente des disques des écoles-de-samba
près du Carnaval que, en fait, la popularisation de ces religions
et de ses déités a eu sa place. La musique populaire
brésilenne (MPB), d'ailleurs, était un instrument
important pour cette propagation. Plus récemment, cela vaut
la peine de rappeler le succès atteint par la chanson Miracles
du People, de Caetano Veloso et, un peu plus tard, Chemins de la
Mer, composée par Dorival Caymmi et interprétée
par Gal Costa. Sujet de l'ouverture d'une mini-série et d'un
feuilleton, respectivement, présentés par la chaîne
de TV la plus grande du pays, ces musiques ont été
côtées comme les cinq plus jouées par les radios
Brésiliennes. Le succès timide des chanteuses d’opéra
Virgínia Rodrigues, avec le CD Nous, et de la chanteuse
Inaicyra, avec le CD Okan Owa, qui ont donné un
nouveau maquillage aux chants religieux des terreiros, de tradition
bantou et yoruba, a été un autre événement
de la décennie courante.
L’année
dernière, le CD Ilê Omolu Oshun: chants et
tambours pour les orishas, a été lancé. En
coopération entre la Compagnie Brésilienne de Pétrole
(PETROBRÁS), le Ministère National de la Culture (MinC)
et le Laboratoire de Recherches en Ethnicité, Culture et
Développement (LACED) du Musée National de l’Université
Fédéral de Rio de Janeiro (UFRJ), le CD a été
vendu, le premier mois, à presque quatre cents exemplaires,
en gagnant d’importants espaces auprès des grands médias
Brésiliens. Pour les gens du terreiro, l’expérience
a été superbe, malgré la petite familiarité
avec la visibilité. Mais, bien entendu, après cela,
ils auront un puissant outil d’archive pour enregistrer et
préserver leur culture originaire, ainsi que l’opportunité
de montrer leurs manifestations au monde entier. Cela a été
une grande motivation pour la communauté. Aujourd’hui
le terreiro fait des accords pour que ses chansons puissent éter
utilisées comme musique incise dans um autre CD ainsi que
un film et quelques émissions radiophoniques.
Tout le processus
a été déterminé par l’iyalorisha,
la mère Meninazinha d’Oshun. Le CD est composé
par 51 chansons, entre des solos de tambours et des chants, proprement.
Les chants rendent hommage à 15 orishas. Chaque orisha a
3 chansons propres (dans les fêtes, on chant entre 3 ou 7
chansons pour chaque orisha). C’est la mère Maninazinha
qui a décidé quelles chansons feraient partie du CD,
qui participerait aux enregistrements, etc. Le groupe était
formé de la soliste (l’iyalorisha), de douze vocalistes
qui composaient le chœur (dix femmes et deux hommes) et de
onze percussionnistes (ogans), qui alternaient entre les
trois tambours (atabaques) et le gan. Le processus
a été accompagné par deux ethnomusicologues
et quelques techniciens, qui avaient la pratique des questions ethniques,
ainsi qu’un médiateur entre le terreiro et l’équipe
technique et scientifique.
Selon les producteurs, l’essai du captage en CD associé
à la complexité de la musique du candomblé
“est une tâche difficile, où beaucoup de choix
doivent être faits”. Pourtant, ce processus a été
centré sur le dialogue, l’association et le respect
de la dynamique culturelle du terreiro. Ils disent encore:
“En
fait, toute la reproduction phonographique d’un évenement
musical demande des choix : quel répertoire enregistrer,
comment positionner les microphones, comment équilibrer
les enregistrements… Dans ce cas de l’enregistrement
du répertoire sacré d’un terreiro, ces choix
peuvent nous imposer des questions éthiques et politiques
face aux prejugés et à l’ignorance avec lesquelles
les religions d’origine africaine sont considérées”.
On a décidé
que les enregistrements seraient faits dans le terreiro –
ce qui demande l’utilisation d’un studio mobile. A cause
de l’acoustique, les enregistrements ont été
réalisés à l’air libre – et non
à l’intérieur du barracão, l’endroit
où sont réalisées les cérémonies
publiques. Tout le matériel obtenu pendant les deux sessions
d’enregistrement a été écouté,
analysé et critiqué par les membres du terreiro. Après
cela, on a décidé de faire un dernier enregistrement
pour renforcer les voix, ainsi que pour faire les corrections des
imperfections rythmiques et mélodiques. Cette phase a eu
lieu dans un studio – et non pas dans le terreiro. Pour le
mixage, on a choisi la clarté et l’équilibre
entre les voix (le soliste et le chœur) et les tambours. Les
photos qui feraient partie de l’encart ont aussi été
choisies par l’iyalorisha – ce qui peut, parfaitement
représenter les articulations, les négociations et
les agencements construits, au passé, entre l’académie
et les terreiros (l’anthropologie des religions Afro-Brésiliennes
ainsi que la production bibliographique étrangère,
surtout française, sont de bons exemples) et, aujourd’hui,
entre l’académie, les terreiros et l’industrie
culturelle globale.
Étant
donné qu’il apparaît que la “pureté”
africaine soit encore présente dans la dynamique des terreiros
Brésiliens (surtout en ce qui concerne la langue parlée
et chantée dans les cultes), la transcultaration n’est
vue qu’en liaison entre les terreiros et le monde externe
– notamment dans les cas où la survivance des traditions
va constituer un marché des biens symboliques et matériels
. Ce qui peut être illustré dans la phrase suivante:
“Après
avoir effectué tous ces choix dans les processus de décision,
nous devons souligner que ce CD ne doit pas être vu comme
un document ethnographique seulement, mais aussi comme un enregistrement
sur le comment une communauté-terreiro déterminée
veut être representée, ou bien entendue”.
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