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RÉSUMÉ:
Dans l’inventaire des genres et des instruments d’origine
africaine que l’on retrouve dans la musique populaire dominicaine,
l’élément principal est la constellation des
longs tambours palos associés aux confréries afro
dominicaines (cofradías). Le présent article étudie
les palos de la République Dominicaine sous les angles de
l’organologie, de l’ensemble, et du style musical, et
en situe géographiquement les variantes. Il présente
ensuite les cofradías comme contextes de performance, un
héritage vivant de la société coloniale, disparu
dans beaucoup d’autres sites de l’Amérique Afro
Latine.

Au contraire
de sa voisine Haïti, une “république noire”
de par sa définition constitutionnelle, depuis sa création
en 1804, la République Dominicaine s’est définie
comme une république blanche, revendiquant son “hispanité”
(héritage hispanique) comme politique culturelle officielle.
Sur un plan de comparaison général, il y a du vrai
dans ce contraste. Néanmoins, la véhémence
avec laquelle l’élite dominicaine rejette tout ce qui
est africain, noir, et haïtien (d’ailleurs considérés
comme synonymes) comme un “Autre”envahissant et avilissant,
est une représentation erronée de la culture dominicaine.
En réalité, la meilleure définition de la République
Dominicaine est celle d’une “société mulâtre,”
en dépit de certains domaines notables de rétention
culturelle d’origine européenne autant qu’africaine.
Cependant, une
vérité ethnographique ne se traduit pas nécessairement
par une prise de conscience. En fait, le public dominicain n’est
pas conscient des éléments de son héritage
indien Taíno et africain, qui contribuent tous deux à
ce qui est perçu comme la composante de “culture populaire
dominicaine” de la vie quotidienne. Les membres de l’élite
peuvent pérorer contre l’infiltration haïtienne
(un sujet courant), entre deux bouchées de riz et poids d’angole
garni de bananes jaunes frites, un repas typiquement africain.
L’objectif
de mes recherches depuis 1972 a été de contrebalancer
l’image traditionnelle, jusqu’alors à prédominance
hispanique, donnée de la culture dominicaine en mettant en
exergue sa composante d’influence africaine. Mon étude
a été suivie par d’autres, des musiciens appartenant
à une multitude de groupes de musique et de danse afro dominicains
des années 1990 à nos jours, à la recherche
de “matériel” pour mettre en scène une
identité culturelle plus inclusive. Le thème de l’actuelle
redéfinition de l’identité dominicaine par la
musique est un phénomène culturel fascinant, dans
lequel les expatriés de New York jouent un rôle important.
Mais ceci pourra faire l’objet d’un autre article. L’objectif
de celui-ci est une documentation ethnographique de la présence
culturelle africaine en République Dominicaine, qui pourra
être utilisé à plusieurs fins, qu’elles
soient scientifiques ou appliquées. Le point central de cette
étude est la composante la plus africaine de la musique traditionnelle
dominicaine: les longs tambours (“palos”): les instruments
et les ensembles, leurs styles musicaux et leurs contextes sociaux
de performance.
Historique
de la présence musicale africaine à Saint Domingue
L’héritage
africain, qu’il soit racial ou culturel, a été
présent dans toute l’île dès les premiers
jours de la colonie. Son introduction dans le tissu culturel de
ce qui constitue la République Dominicaine d’aujourd’hui
s’est déroulée en trois phases principales:
1) Durant
les deux cent première années de la conquête
européenne, de 1492 à1697, lorsque toute l’île
de Quisqueya (“Hispaniola”), formée de cinq chefferies
Taínos (cacicazgos) devint la première colonie de
l’Espagne dans le Nouveau Monde, Saint Domingue. Un héritage
tripartite Indien Taíno/Espagnol/Africain est donc le dénominateur
commun de l’île dans son ensemble.
La première
vague de la présence africaine était constituée
de “ladinos” (des noirs christianisés) venus
d’Espagne, où des Africains résidaient depuis
cent ans avant 1492. Peu après, des “bozales”(indomptés)
furent amenés directement d’Afrique, d’abord
de la région de Sénégambie, et ensuite de régions
de plus en plus au Sud. Après que le tiers ouest de l’île
a été cédé à la France en 1697,
pour devenir sa colonie de St Domingue, les trajectoires culturelles
divergent, à cause des démographies divergentes, avec
un million d’Africains amenés à St Domingue
au cours du18ème siècle, alors que Santo Domingo dépérissait
dans son sous-développement et son sous-peuplement. Les origines
ethniques des esclaves africains divergeaient autant que leur nombre,
ce qui entraîne qu’il y a une plus grande influence
béninoise dans la culture haïtienne d’aujourd’hui,
alors que la culture dominicaine révèle une présence
plus forte en provenance de la région Congo Angolaise, source
d’esclaves à la fin de la traite, au début des
années 1800.
2) Pendant
l’occupation haïtienne de Saint Domingue, 1822-44.
Dans un effort pour libérer toute l’île de la
domination européenne, Haïti a occupé Saint Domingue
en 1822, de sorte que toute l’île a été
la République d’Haïti pendant vingt-deux ans.
Pendant cette période, le Président Boyer a relogé
des Haïtiens dans des zones sous-développées
de l’île, en leur donnant des titres de propriété.
Et, bien sûr, il n’y avait pas de frontières,
ce qui permettait à la population d’émigrer
d’Haïti alors très peuplé, vers Saint Domingue
qui l’était beaucoup moins. Il est très probable
que toutes ou la plupart des confréries religieuses locales
basées sur des lignées familiales dans le Centre Sud
(Provinces de Peravia, San Cristóbal, et Distrito Nacional),
datent des colonies établies à cette époque.
La tradition orale de deux confréries majeures fait remonter
leur origine à Haïti: la fraternité de St Jean
Baptiste (San Juan Bautista) de Baní, Province de Peravia,
qui joue une musique unique dans la République appelée
“Sarandunga,” et la fraternité de Notre Dame
des Peines (Nuestra Señora de los Dolores—“La
Dolorita”) de Paraje Los Morenos, Sección San Felipe,
Villa Mella). Il est possible que les différences ethniques
notables existant entre les communautés rurales dans la Province
de San Cristóbal, lesquelles ont chacune un style différent
pour jouer du tambour, la plus complexe et la plus remarquable étant
la fraternité du Saint Esprit (El Espíritu Santo)
de Santa María, puissent aussi remonter à cette époque.
Cependant, les
enclaves religieuses/musicales des familles élargies fondées
à cette époque sont sans aucun doute mêlées
à d’autres fondées antérieurement et
dans d’autres circonstances, comme celles des esclaves marrons
(cimarrones). Ceci est d’ailleurs mon hypothèse en
ce qui concerne la création de la fraternité du Saint
Esprit de Villa Mella, qui joue des “Congos”, un style
musical, un répertoire et une instrumentation uniques dans
la République.
3) Durant
le milieu du 20ème siècle et l’avènement
de l’industrie cannière moderne. À la fin
du dix-neuvième et au début du vingtième siècle,
l’industrie cannière, florissante à l’époque
coloniale, s’est développée dans le Sud-Est
de la République Dominicaine. On a dû faire venir de
la main d’œuvre de la Caraïbe anglophone, principalement
des Iles Vierges Britanniques (ils étaient appelés
cocolos, parfois de manière péjorative). C’étaient
des protestants. Leur contribution à la musique afro dominicaine
n’était donc pas du domaine du sacré, mais plutôt
du profane: les groupes de fifre et tambours associés aux
“mummers,” des fêtards du théâtre
de la rue associés à la période de Noël,
dans la ville de San Pedro de Macorís. (On trouve aussi des
groupes de ce genre au Sud des Etats-Unis, comme au Mississippi,
par exemple)
Dans la province
du Sud-Ouest de Barahona, pendant la première occupation
américaine (1916-24), et dans la région Centre-Sud
à l’Est et à l’Ouest de la capitale pendant
la dictature de Rafael Leónidas Trujillo (1930-61), de nouvelles
plantations de canne à sucre d’une part, et des plantations
relancées sur des terres d’expropriation d’autre
part, utilisaient des travailleurs saisonniers (braceros) d’Haïti.
Des Haïtiens qui ont apporté avec eux les vodouns et
les rarás. Les premières sont les sociétés
de guérisseurs bien connues, caractérisées
par la possession par les esprits, avec des subdivisions majeures:
les familles de déités Rada, Congo, et Petro ainsi
que des différences au niveau des instruments et des styles
musicaux. Les dernières sont des sociétés religieuses
de la période du Carême, qui célèbrent
la vie, la mort et, comme partie intégrante de la célébration
de la vie, la fertilité humaine, utilisant des tambours Petro
plus un ensemble de trompettes en bambou jouant une seule note (en
Espagnol, des bambúces ou fotutos).
La présence
continuelle de Haïtiens en République Dominicaine, soit
plus d’un million de résidents qui sont venus et restés—a
influencé l’épanouissement actuel du vodú
dominicain, le pendant du vodoun Haïtien. (Note: le terme vodú
est utilisé seulement par les spécialistes et certainement
pas par les praticiens, pour lesquels ce terme est synonyme de “magie
noire haïtienne.”) On peut aussi attribuer l’expansion
du vodú à un certain relâchement au niveau de
l’application des lois l’interdisant. De plus, on retrouve
le rará (que les Dominicains prononcent “gagá”)
dans nombre de communautés cannières (bateyes) dans
toute la République ainsi que dans la ville frontalière
de Elías Piña. Dans des endroits comme Haina (site
d’un port important et d’une usine sucrière juste
à l’ouest de la capitale) des Haïtiens-Dominicains
de la deuxième ou troisième génération
chantent maintenant du gagá en Espagnol. Ce genre musical
est donc en train de devenir une forme de musique afro dominicaine.
Toutefois, le présent article traite de la tradition afro
dominicaine plus ancienne des longs tambours.
Présence
africaine dans la construction socioculturelle dominicaine
Nous devons
être attentifs au manque de correspondance croissant entre
race et culture dans le Nouveau Monde, qui est soumis à de
grands mouvements de population et aux amalgames culturels qui en
découlent, par contraste à la récurrence de
caractéristiques physiques et culturelles spécifiques
dans les régions du monde habitées par la même
population depuis des millénaires. D’où la remarque
précédente sur l’élite dominicaine qui
combine des goûts culinaires africains avec une idéologie
résolument hispaniste. Car ce qui est considéré
comme étant la culture populaire dominicaine est en fait
considérablement influencée par l’Afrique, à
l’insu, toutefois, des principaux intéressés.
Cependant, il
existe en République Dominicaine, ainsi que dans pratiquement
toute autre nation moderne, différentes réalités
culturelles qui sont basées sur trois facteurs: la région,
la localisation rurale ou urbaine, et la classe sociale. En ce qui
concerne la classe, les membres de l’oligarchie (l’élite
qui possède la terre) sont blancs et endogames, ceux de la
classe moyenne supérieure sont blancs ou clairs, ceux de
la classe moyenne inférieure et de la classe inférieure
et de la paysannerie varient selon la région. Les paysans
du Sud et de la région frontalière avec Haïti
sont pour la plupart noirs et d’origine africaine; ceux de
la Cibao Valley (au Nord), principalement hispaniques ; et ceux
de l’Est, métissés. Les villes et les villages
sont traditionnellement blancs, bordés de communautés
noires en ce qui concerne la capitale et les villes du Sud, un modèle
d'aménagement déterminé par le système
économique et renforcé par le racisme. Cependant,
ce modèle est en passe de changer avec la migration en provenance
des zones rurales vers les zones urbaines, l’arrivée
en masse de paysans dans les grandes villes et celles de taille
moyenne, et l’immigration générale vers la capitale
et, au-delà, vers New York et d’autres villes à
l’étranger.
C’est
dans les régions rurales du Sud-Ouest, du Centre-Est et du
Cibao à l’Est, ainsi qu’à La Línea
(la frontière Nord-Ouest avec Haïti) qu’on retrouve
la présence africaine la plus notable, sur le plan racial
et culturel, représentant probablement l’apport le
plus récent d’Africains et d’Haïtiens (indirectement
Africains) dans la configuration nationale.
Genres
musicaux afro dominicains
Les genres musicaux
dominicains d’origine africaine comprennent : des chants de
travail métrés et responsoriaux (plenas), comme les
chants pour couper le bois (plenas de hacha); des histoires d’animaux,
avec leurs petites réponses chantées caractéristiques;
la musique semi-sacrée des longs tambours (palos, atabales,
qui sont l’objet de cet article) associés aux confréries
religieuses afro dominicaines et utilisés dans les fêtes
des saints (velaciones) et parfois dans les cérémonies
vodú; les Salves non liturgiques (la prière Salve
Regina, mise en musique) jouées aux autels érigés
pour les fêtes des saints; les ensembles fifre-et-tambours
cocolo; et les groupes haïtiens-dominicains de la société
gagá.
Le contexte
de performance des palos dominicains
Les longs tambours
dominicains ou palos (aussi appelés atabales) sont associés
aux confréries religieuses afro dominicaines (cofradías,
hermandades). Il s’agit d’un phénomène
médiéval méditerranéen: des sociétés
organisées en confréries, chacune associée
à une commune. Elles sont amplement documentées parmi
les Africains qui vivaient dans le Sud de l’Espagne au quinzième
siècle, et il y a eu sans aucun doute une continuité
parmi les “ladinos” (Africains convertis au christianisme)
à Hispaniola depuis leur arrivée vers 1502. Les cofradías
méditerranéennes, composées exclusivement d’hommes
et avec une rotation des postes de direction, ont été
réinterprétées par les noirs à Hispaniola,
et probablement plus tôt en Espagne. De même, le phénomène
a été reproduit ailleurs en Amérique Afro Latine
catholique espagnole et portugaise, y compris dans les cofrarias
du Brésil colonial côtier. À Cuba, elles sont
appelées cabildos (littéralement, “mairie”
ou“gouvernement municipal”). La cofradía a aussi
été incorporée dans les sociétés
indigènes d’Amérique à dominance hispanique,
représentant une autre forme de réinterprétation
culturelle. En Amérique Afro Latine, la cofradía faisait
office de société d’entraide mutuelle, assumant
notamment une fonction importante de société d’enterrement,
et ce dans un secteur de la société marginalisé,
coupé des services sociaux et de la productivité économique.
En Afro Amérique
espagnole et portugaise, la cofradía était une composante
de la société coloniale avant l’abolition de
l’esclavage; de nos jours, la cofradía a disparu pratiquement
partout, parce que la région de l’Amérique Afro
Latine a graduellement pu accéder aux services sociaux. La
République Dominicaine constitue une exception, puisqu’on
y rencontre des vestiges vivants de la société coloniale.
On les trouve surtout dans les régions du pays à prédominance
d’origine africaine (la plupart des régions à
part le Cibao central), chacun avec des spécificités
géographiques.
De nouveau,
je soutiendrai que les origines semblent varier, certaines datant
de l’époque coloniale, d’autres du début
du dix-neuvième siècle lorsque la frontière
avait été supprimée momentanément.
Les fraternités
afro dominicaines d’aujourd’hui sont des lignées
familiales constituées d’hommes et de femmes, dont
la direction est assurée par des femmes et transmise de manière
héréditaire (de la mère à la fille aînée),
dont les saints patrons ont des correspondances parmi les déités
africaines, et dont “la voix ” est représentée
par les longs tambours et le son de leur musique. La traite des
esclaves vers Hispaniola s’approvisionnait de plus en plus
au Sud le long de la côte d’Afrique de l’Ouest:
d’abord en Sénégambie, plus tard au Congo. Des
données historiques incomplètes suggèrent un
changement de prééminence parmi les saints patrons
des cofradías: au dix-huitième siècle, le saint
patron le plus commun était St Jean Baptiste, alors qu’au
dix-neuvième siècle, c’est le Saint Esprit qui
prédominait apparemment, bien qu’ont utilisât
toujours la même icône que pour St Jean. Ceci suggère
un syncrétisme intra-africain, indubitablement reproduit
dans d’autres aspects de la religion populaire afro dominicaine,
comme la musique.
La cofradía
afro dominicaine est active pendant toute l’année,
mais plus particulièrement à l’occasion de la
fête de son saint patron et des rites funéraires de
ses membres. Les spécificités varient selon la cofradía
en ce qui concerne le saint patron, de quelle façon il ou
elle est célébré, comment les rites funéraires
spécifiques sont mis en exergue, et le degré d’importance
accordé à la mort elle-même. Ces fraternités,
qui célèbrent le Saint Esprit, peuvent fêter
les vendredis du “Petit Carême,” la période
de sept semaines entre Pâques et la Pentecôte. La cofradía
la plus attachée aux rites funéraires se trouve dans
une enclave à Villa Mella, juste au nord de la capitale (ceci
sera développé plus bas), et joue un ensemble appelé
les “Congos,”. Ses membres célèbrent principalement
le rezo, la neuvième nuit de la novena (neuvaine) qui suit
l’enterrement (et qui fait office de “second enterrement”
celui des restes spirituels, si l’on veut), et le banco, ou
anniversaire de la mort.
De plus, les
fêtes de saints parrainées par des individus et qui
se renouvellent chaque année, peuvent jouer le rôle
d’une cofradía en miniature, activée une fois
par an. Ceci est particulièrement courant dans la région
Centre-Est, où l’on ne trouve pas de grandes cofradías.
La structure de conduite de la fête qui est dirigée
par un “roi” et une “reine” d’un jour,
l’utilisation des longs tambours, et autres caractéristiques,
reproduisent l’organisation sociale et la musique des plus
grandes cofradías.
Dans la région
Sud-Centre, les principaux rythmes de tambour—palo abajo et
palo arriba—sont à l’origine destinés
aux morts, et donc plutôt lugubres. Par une sorte de compensation,
la gaîté est exprimée dans la musique de l’autel,
dans laquelle la structure musicale de la prière Salve Regina,
comprend une variante africanisée où divers petits
membranophones, les panderos (tambours à mains), le mongó
et d’autres, sont joués en polyrythmie. Ces Salves
non liturgiques, où l’ensemble ou presque du texte
sacré est le plus souvent perdu, sont jouées après
le rosaire et trois Salves de la Virgen sacrées (lesquelles
sont des antiennes non métrées). Ce type de Salve
non liturgique est en fait un autre type de groupe de tambours,
qui peuvent êtres joués en même temps que les
longs tambours, mais occupant toutefois un autre endroit dans l’espace:
les Salves devant l’autel et les palos dehors dans l’enramada,
ou patio couvert.
La musique
des tambours sacrés Palos afro dominicains
Les palos (
“arbre” en Espagnol familier) ou atabales (de l’Arabe
tabl) sont des membranophones faits de troncs évidés
; généralement avec une seule tête en peau de
vache (à part dans deux enclaves, précisées
plus bas). On les joue en ensembles de deux ou trois, selon les
régions, facultativement accompagnés d’idiophones:
grattoirs métalliques (güiras), crécelles (maracas,
simple ou double), ou une baguette frappées sur le corps
de tambour principal (catá, maraca). Ils sont tous battus
avec les mains et accompagnent des chants. Le tambour le plus gros
et le plus profond est le tambour maître (palo mayor), dans
des ensembles de trois, entouré de tambours plus petits,
appelés généralement alcahuetes (littéralement,
“souteneurs”).
Dans l’Est,
les palos sont larges, avec des têtes chevillées, joués
par deux; alors que dans le Sud, un ensemble de palos est composé
de trois tambours, avec des têtes cousues, larges dans le
Sud-Ouest et étroits dans le Sud-Centre. Il existe d’autres
variations micro régionales en ce qui concerne la taille,
la forme, l’utilisation et le nombre d’idiophones, et
les rythmes. Les deux enclaves principales sont la Fraternité
du Saint Esprit de Villa Mella qui joue un ensemble de tambours
appelés Congos—un ensemble formé de deux tambours
à deux têtes, dont l’un fait un tiers de la taille
de l’autre; et la Fraternité de St Jean Baptiste de
Baní, qui joue la “Sarandunga” sur un ensemble
de trois tambours trapus tenus entre les jambes en position assise
ou sous le bras pendant les processions.
Les tambours
sont utilisés pour les fêtes des saints, qu’il
s’agisse des cofradías ou des fêtes d’adoration
organisées par des individus ayant fait des voeux (velaciones),
ainsi que pour les morts. Les rythmes diffèrent généralement.
Dans l’ensemble, il n’y a qu’un ou deux types
de morceaux pour les fêtes des saints et les danses, en ce
qui concerne le rythme et mélodie; les différences
sont au niveau du texte, qui est improvisé et suit une structure
d’appel et de réponse, avec un solo à rotation
spontanée. Même pour la danse, le texte a souvent tendance
à faire référence à la mort et aux ancêtres.
La danse des
tambours, baile de palos, est une danse par couple qui symbolise
une poursuite rituelle, dans laquelle un pas de balancement est
suivi d’un pas circulaire, d’abord dans une direction,
puis dans l’autre. Dans le cas des rites funéraires,
l’esprit du défunt peut danser par la personne de l’un
de ses héritiers.
Conclusion
Je ne propose
pas cette introduction aux palos afro dominicains et à leur
musique simplement pour ajouter un article de plus sur une pile
de documents d’ethnographie descriptive. Mon propos est plutôt
d’offrir cette documentation comme contribution au fondement
identitaire et à la redéfinition de l’identité
nationale pour y inclure l’héritage africain. En République
Dominicaine, on organise des séminaires périodiques
sur “l’identité nationale.” Néanmoins,
ils n’ont aucun impact parce qu’ils sont basés
sur des sentiments, mais sans informations. Dans un cadre de référence
plus vaste, incluant la Caraïbe et l’Amérique
Latine, je propose une perspective dominicaine de l’identité
régionale. Les intentions qui ont guidé ma modeste
contribution sur la République Dominicaine ont été
reproduites à grande échelle à Cuba par une
équipe de plusieurs personnes sur une période de dix
ans. Ils ont publié un atlas des instruments de musique cubains
en trois volumes, comme présentation partielle des résultats
de leur étude (Instrumentos de la música folklórico-populairede
Cuba, Victoria Eli Rodríguez, ed., 1997) dont j’ai
fait un compte-rendu pour la revue Ethnomusicology – à
voir dans le prochain numéro. C’est un excellent exemple
de ce que le travail d’équipe mené sur une certaine
période peut accomplir. Dans la Caraïbe anglophone,
vous avez peut-être entendu parler d’un nouveau centre
de recherche pour les Petites Antilles, le Centre Alton Augustus
Adams à St Thomas, une annexe de terrain du Centre de Recherches
pour la Musique Noire basé à l’Université
de Columbia à Chicago. Pendant cette conférence et
mon séjour en Guadeloupe, j’apprends ce que vous faites
ici. Puissent mes mots et mon intention vous servir d’inspiration
dans le travail que vous menez dans les Antilles Françaises,
tout comme votre travail ne manquera pas d’inspirer le mien.
Il est très
important que chacun d’entre nous, dans nos coins respectifs
de la Caraïbe, continuions individuellement et, si possible,
collectivement, à documenter les traditions aussi complètement
que possible, à des fins scientifiques autant qu’appliquées,
ces dernières au bénéfice des diverses population,
y compris les musiciens eux-mêmes. Dans le même temps,
il importe également que nous nous réunissions, au
travers de publications et de rencontres comme celle-ci, gracieusement
organisée par l’Espace Musique Chano Pozo de la Médiathèque
Caraïbe Bettino Lara, sous la coordination de Gustav Michaux-Vignes,
avec des efforts réels pour dépasser les barrières
linguistiques qui divisent la Caraïbe. De tels événements
nous aident à comprendre les thèmes et les variations
des traditions musicales caribéennes—le thème
le plus significatif et le dénominateur commun étant
bien sûr l’influence culturelle africaine présente
dans toute la région.
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