Séminaire d'Ethnomusicologie caribéenne : Sommaire

Les Congos de l'Esprit Saint de Villa Mella : Patrimoine Oral et Intangible de l'Humanité

Carlos Andújar Persinal

 

Introduction

Les Confréries sont des organisations religieuses d'origine hispaniques qui servaient à multiplier le travail et les tâches de l'église catholique.

Une de ses fonctions était celle de veiller aux célébrations des festivités du Saint Patron de la Communauté, et aider `a la collaboration entre ses membres ou cofrades afin de leur garantir un enterrement digne. Les Confreries avaient, par conséquent, un profil de société mutualiste.

A Saint-Domingue

Ces formes religieuses de l'église ont étés transferées également a la Colonie de Saint-Domingue. Des documents témoignent de la formation de la Confrérie de la Pure Conception de Maríe vers les années de 1502 -1503. C'est-à-dire, que comme partie du processus de création d'institutions hispaniques en Amérique, l'église transfère aussi ses Confréries, appelées Conseils municipaux `a Cuba.

Nous possédons en outre deux patrimoines de l'Humanité additionnels : La ville coloniale de Saint-Domingue (déclaré, par son importance historique, patrimoine de l’Humanité par l’ UNESCO en 1990), et le Théâtre Populaire Danzante des Guloyas de San Pedro de Macorís (déclaré en 2005), comme expression Orale et Intangible.

Critères

Les critères généraux qui ont étés choisis pour les dites déclarations, sont en rapport en premier ordre, à l’ évaluation d’ une tradition menacée de disparaître et qui constitue au meme temps un élement important de l'identité du groupe auquel elle appartient.

D'autre part, la pièce choisie, bien qu'étant en danger d'extinction doit être une expression culturelle vivante, et être en même temps un fait socio-culturel diversifié : il faut qu’il possède un sens économique, social, culturel et philosophique.

En prenant en considération pour le contexte qu'on traite des facteurs modification et changement d'origines variées comme la globalisation (dans ses composants négatifs pour les cultures traditionnelles, les migrations, les processus d'urbanisation, l'impact environnemental, le tourisme désorganisé, la foklorización de la culture, la crise économique, la modernisation et autres considérations également perturbatrices pour les expressions culturelles traditionnelles.

Dans cette phase initiale, d’ une importance particuli`ere est le plan d'action qui doit accompagner les programmes de travail lesquels poursuivent, non seulement la réévaluation du fait culturel en question, mais aussi les mesures qui doivent accompagner ces actions afin de protéger et sauvegarder la tradition.

Cet aspect méthodologique est d’une importance capitale, car il garantit des stratégies de travail claires pour aborder pendant 10 ans les compromis qui en dériveraient.

En ce moment on a les cadres de références théoriques qui réguleraient les interventions dans les communautés porteuses de la tradition culturelle reconnue, mais en même temps un probl`eme se pose sur le cadre juridique dans lequel devraient être conduites les actions de protection et sauvegarde. Le processus s’avère d’autant plus complexe qu’ il revele `a son tour de nouvelles mani`eres d'interagir avec la création du fait culturel intangible lequel, a été considéré pendant longtemps sans propriété ni droits individuels, mais plutôt collectifs.

Il va sans dire que parler de droits d’auteur dans tout ce qui touche aux expressions culturelles est un sujet tr`es sensible. Ce cadre juridique est construit en ce moment avec les États membres, mais chaque pays peut signer des accords qui prennent en considération le respect de la tradition et de nouvelles manières de mettre en rapport avec les ressources que beaucoup de ces expressions culturelles peuvent produire, en restant dans la majorité des cas, exclues de leurs bénéfices pour ne pas exister procédures et règles claires et écrites.

D'autre part, l'UNESCO reconnaît le groupe ou l'instance culturelle qui apparaît comme symboliquement représentative de la tradition, même si le dit goupe ou instance poss`ede plus d’une expression.

Nous savons que la Confrérie des Congos de l'Esprit Saint, est une parmi plus de 100 groupes de nature égale dans le pays. Toutefois, pour de multiples raisons, beaucoup de d'entre elles subjectives, une seule est choisie qui est considerée comme fidèlement représentative de l'ensemble.

Cependant, au moment de reconnaître ou de nommer, cet organisme de culture internationale, désigne un nom, un lieu, une tradition, des responsables, une histoire orale, un contexte, une situation particulière, un diagnostic spécifique, et, évidemment, si la tradition garde indéfectiblement des liens avec d'autres manifestations de la culture qui lui sont famili`eres, il ferait alors partie d'un complexe culturel. Ceci étant cela serait cette tradition en tant que telle qui serait reconnue, non pas l’ensemble. On éviterait ainsi la dispersion, la confusion et la désagrégation en ce qui concerne les plans et les stratégies `a établir lors de sa récupération.

Justification

Dans les premières Confréries les esclaves n’en faisaient pas partie. Il leur avait été interdit de s’ y intégrer. Ceux-ci se sont vus alors dans l’obligation d‘en créer les leurs, avec des caractéristiques légèrement différentes de celles des Espagnols. Il s’ensuit que ces confréries des noirs ont intégré des éléments du catholicisme et de leurs religions et croyances ancestrales.

Importance

Avec le temps ces confréries de noirs se sont transformées en des expressions de sincretismo, mais aussi en mécanisme de résistance devant le processus de christianisation et colonisation auquels ils étaient soumis.

Ces confréries ont permis également la survie de traces culturelles africaines dans notre société d'aujourd'hui. Un exemple le constitue la force qui ont le culte aux morts et la musique. Assez singulier est également le rôle qui joue la confrérie dans la reproduction culturelle du groupe et dans ses identités locales.

On parle des identités au pluriel, parce que la tradition se manifeste dans différentes communautés dans lesquelles on trouve les caractéristiques de base d’une expression culturelle determinée, nuancée dans beaucoup de cas, par des composants particuliers de la zone.

Dans notre pays il existe deux importantes confréries qui ont à leur tour des ramifications : la Confrérie des Congos de l'Esprit Saint, laquelle a ses racines dans la Communauté de Villa Mella et d’autres endroits dans la partie nord et ouest de la capitale, et l'autre Confrérie est celle de San Juan Bautista, qui influence le sud du pays jusqu'à San Juan de la Maguana.

Grâce à ces deux manifestations de confrérie encore actives aujourd'hui, il est possible d'étudier leur importance dans les croyances populaires dominicaines, ainsi comme leur valeur au niveau du support du groupe ou des groupes qui la pratiquent.

Fonction

Les confréries ont aujourd'hui différentes fonctions ; d'une part elles entretiennent la tradition avec les Fêtes Patronales ou fêtes célébrées dans les villages ou petites villes `a l’ occasion de l’ anniversaire d’ un Saint.
A Villa Mella elles accompagnent la célebration de la Vierge du Rosaire. Mais leur responsabilité avec la Communauté et ses membres ne finit pas là. Elles assistent aussi à des pérégrinations comme celle du le Christ Saint des Miracles de Bayaguana en décembre de chaque année.
Elles cél`ebrent aussi au son du tambour, le jour des saints ou les veillées, auxquelles beaucoup des cofrades sont attachés.

Mais, peut-être serait-il le contact avec les tambours en remémoration ou au-revoir aux défunts, une de ses principales fonctions. Celle-ci a lieu soit `a la demande du défunt avant de décéder, soit par décision familiale, ou à l'initiative de la confrérie elle-même, au cas où le décedé en ait fait partie.

Dans le cas de la veillée de mort ou Banque, nous sommes face à une véritable ritualización, chargée d’une grande richesse symbolique et de grands composants culturels d'ascendance africaine. On y trouve également beaucoup d’ elements d'ascendance hispanique faisant de la Confrérie, comme observé déjà avant, une manifestation fortément syncrétique.

Dans le culte aux morts le cofrade exprime sa dévotion au plus haut dégrée. Pour la cérémonie on peut utiliser des atabales ou des morceaux de bois ou bien les Congos (qui sont en soi des types d'instruments musicaux).

Dans tous les cas il existe une différence dans le contact, les rythmes et l’ organologíe.

La cérémonie de la Banque consiste en une rencontre pendant toute une journée des amis, parents et voisins pour remémorer le défunt. Dans ces cérémonies de remémoration et d’au-revoir, on chante, on joue de la musique, on boit de l'alcool, du café, on discute sur des sujets d’actualité, de nouvelles rélations se nouent, on rit, mais peut de fois il y a des disputes.

Les 21 coups de remémoration sont frappés, on prépare un autel ou túmulo pour honorer le défunt, on lui fait des offrandes. Un parent peut ^etre possédé par le défunt qui exprimera sa satisfaction ou mécontentement de la cérémonie. Dans tous les cas c’est le défunt qui est le centre de la cérémonie. La convocation est motif de rencontre pour et les conversations sont des plus diverses.

Ce type de rencontre reproduit les valeurs culturelles du groupe, renforce le support de l'identité culturelle et sa mémoire sociale.

Situation actuelle

En ce moment ces manifestations culturelles, comme d'autres qui se produisent par ailleurs, sont menacées de disparaître `a cause de plusieurs facteurs.

Dans le cas de la Confrérie des Congos de l'Esprit Saint de Villa Mella, nous devons tout d’ abord signaler qu'elle n'est pas la seule dans le secteur, bien qu'en effet elle réunit certains critéres comme homogénéité, compactage, cohérence, systematicité.

Dans d'autres peuplés on donne des manifestations de la confrérie, ou avec des atabales ou avec les "congos" proprement dit (qui est l'ensemble organologique et le rythme musical) qui se produit autour de groupes de musiciens, comme dans les Communautés des Botaos de Yamasá, les Guarícanos et la Victoire, entre autres. Ceux-ci ne conservent cependant pas, dans beaucoup de cas, les grandes lignes et caractéristiques de ceux de la communauté de Mata los indios de Villa Mella.

Dans tout cet univers, des changements de différente nature se produisent : urbains, économiques, sociaux et culturels, qu'affectent lentement les mentalités des habitants et par conséquent des expressions culturelles les plus significatives comme est le cas de la Confrérie des congos de l'Esprit Saint de Villa Mella.

Il est également notoire comment les nouvelles générations, surtout dans les communautés où la tradition ne conserve pas la même homogénéité que dans la Communauté de Mata los indios, elles sont dissociées de la tradition familiale. Ici on invoque plusieures raisons qui vont depuis considérer que cela ne leur apport déjà rien, jusqu'à la considérer, dans quelques cas, comme une pratique « incorrecte » ou « retardée » ou « du passé ».

Logiquement ces groupes de cofrades, ne possèdent pas une stratégie de rapprochement ou de confrontation devant l’avalanche des changements qui se produissent et qui constituent une ménace `a leur survie.

Dans le cas concret de Villa Mella, il est indéniable que cette région s'est transformée en secteur d'expansion urbaine par excellence de la ville de Saint-Domingue, ce qui entraîne un ensemble de conséquences qui doivent sérieusement être analysées, pour que des mesures soient prises afin d’éviter que soit étouffée la tradition au profit du développement.

Devant de tels faits, le Musée de l'Homme dominicain, avec l'appui décidé du Secrétariat d'État `a la Culture, le bureau de représentation de l'UNESCO dans le pays et un groupe de chercheurs, a décidé de présenter à l'UNESCO cette tradition comme pièce du patrimoine oral et intangible de l'Humanité.

D’une grande valeur culturelle pour les groupes concernés cette tradition était déjà, à la fin des années 2000, en danger d'extinction. Elle a donc fait partie d’un ensemble de traditions culturelles qui ont participé `a une élection qui a eu lieu au mois de Mai 2001. La Confrérie des Congos de l ‘Esprit Saint de Villa Mella a fait partie des 19 pi`eces choisies, parmi plus de 57 participants au niveau mondial, comme faisant partie du patrimoine oral intangible de l’ humanité.

Dangers

Pour que l'initiative de l'UNESCO, ait un effet ultérieur et à la fois des résultats tangibles, la reconnaissance accordée doit être concise et nécessaire dans sa nature. Naturellement ce type de résolution produit à son tour quelques conflits interprétatifs rélatifs `a la portée et `a la nature de la reconnaissance.

Normalement les groupes porteurs, fatigués de déambuler dans l’ attente d’ une aide, esp`erent que la reconnaissance est un prix qui leur apporterait des bénéfices matériels immédiats, ce qui n'est pas certain. –

- L’entrée à une reconnaissance de type unirverselle (comme un « passage `a la fame ») produit des désequilibres éloignés du processus naturel avec lequel était articulé ce type de tradition `a l’ origine.

- Ces expectatives produissent des conflits internes et des luttes de pouvoir, qui n'existaient pas au préalable.

- La reconnaissance est à l'origine de l'apparition de nouveaux mes ies ou intermédiaires.

- Parfois les groupes porteurs ne donnent pas de l'importance à l'application de plans et de programmes de récupération et transmission de l'héritage.

- Cette dénomination et ses implications, surtout matérielles, produissent des oligarchies culturelles qui surgisent de l'ensemble et créent des jalousies et des confrontations inutiles, qui devraient être évités.

- Il peut se produire aussi un protagonisme exagéré de la part des organismes bureaucratiques de l'État responsables de l’application des projets et faire avorter les fins.

- Un mauvais maniement de la projection sociale de ces groupes venus de l'anonymat national, peut dévier l'intention et la spontanéité originale et réduire tout à un niveau matériel, commercial et publicitaire. Les objectifs du départ se trouveront alors entravés.

- Par ailleurs nous savons que les pays industrialisés Européens, ne s’intéressent gu`ere au patrimoine oral et intangible. Leur intérêt est porté sur les monuments et les sites historiques et naturels.

Notre proposition donc, porte en elle une faiblaisse structurelle, ce `a quoi nous devons être préparés. -

Défis

`A l’heure actuelle, un ensemble de conditions sont données qui permettent d’aborder le probl`eme, tout au moins en ce qui concerne la tradition en question, de la meilleure mani`ere possible.

Il est évident que la déclaration de la pièce de la Confrérie des Congos, comme patrimoine oral et intangible de l'humanité, suppose la mise en place de ressources qui rendraient possible une politique de préservacion adéquate et prolongée de l’oeuvre.

Cependant, tout ceci n’est valable que si nous partons du fait que la tradition est en danger de disparaître à cause du manque de ressources économiques qui fait blocage à son développement normal. Toutefois, si nous tenons compte d'autres paramètres en rapport avec cette pratique, nous voyons que la stratégie doit aller plus loin qu'un simple problème économique.

Il est opportun de signaler aussi, que cette tradition est menacée en même temps par d'autres maux et manques qui sont d'une autre nature, comme sont l'absence, le soutien et la reconnaissance étatique et institutionnelle à leurs manifestations, comme est le cas de la confrérie de Mata los indios et l'inévitable processus d'urbanisation qui subit le secteur o`u elle siège et qui l’affecte directement.

Egalement préoccupante est la manière par laquelle les générations émergentes de la communauté sont articulées avec le groupe de confrades et comment on devrait fortifier la mémoire sociale pour garantir des résultats optimaux et chaque fois meilleurs.

Le prix de l'UNESCO, à la Confrérie des Congos de l'Esprit Saint de Villa Mella, représente un défi pour travailler une tradition, non seulement `a partir de l’ intérêt du chercheur, mais en pensant aussi aux acteurs du fait culturel lui m^eme, à la communauté qui a servi de refuge, et `a la manière multiple par laquelle la culture peut servir comme intermédiaire pour l'obtention de ressources qui serviront `a la reproduction de la tradition culturelle et du groupe lui-même.

Pour tout ce qui précède et à partir d'une conduite et d'une vision de gestion culturelle claire, les programmes et leurs objectifs et tout projet qui tienne compte des protagonistes de la culture comme les grands bénéficiaires de sa capacité créative, je pense en une vision qui aboutisse `a un projet d’ autogestion, qui multiplie le potentiel du groupe au bénéfice de de tous et, par conséquent, du pays. -

 

 

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