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CARNAVAL en GUADELOUPE : TRANSMISSION et RÉAPPROPRIATION
 
par Louis Collomb
Cet article est paru en 1991 dans "Vie & mort de Vaval", édité par l'association Chico-Rey à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) .
Il est reproduit ici avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 

voir aussi :
- CARNAVAL, CARNAVALS : LE MOUVEMENT PERPÉTUEL
- CAN'NAVAL ! MI MASS'ES - L'ASSASSIN ET LE MALHEUREUX

 

INTRODUCTION
LES BANDES DE MASS
MASS A FWET (masques à fouet)

MASS A KONGO, NEG GWO SIWO (nègres gros sirop) ou MASS A GOUDWON (masques à goudron)
MASS A MIWA (Masques à miroirs)
MASS A RUBANS
MASS A LA MO (masques à la mort)
MASS A KON'N (masques à cornes)
MASS A L'OURS
MASS A HANGNION (masque en haillons)
MOKO ZOMBIE ou ANGLE SU BEKI (anglais sur béquilles)
MASS SAL (masques sales)
L'ASSASSIN ET LE MALHEUREUX
MARIAGES BURLESQUES
LES MATELOTS SAOULS
BÉBÉS
VAVAL
LE DÉFILÉ DU MARDI GRAS
GROUPES SILENCIEUX
EN GUISE DE CONCLUSION
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES & BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE
mass a fwet

INTRODUCTION

Si le Carnaval tel que nous le connaissons aujourd'hui ne nous semble être qu'un divertissement, il n'en a pas toujours été ainsi. Les chercheurs modernes s'accordent à voir dans le Carnaval une ancienne religion populaire commune aux civilisations agraires, ainsi pour Claude GAIGNEBET qui écrit: "L'étendue, dans la durée et l'espace, des fêtes carnavalesques nous contraint à penser que cette religion est ancienne, bien qu'il ne soit pas moins arbitraire de la dire néolithique ou paléolithique que de la renvoyer à l'éternelle nuit des temps"(1).

GAIGNEBET poursuit sa démonstration en relevant ce qui reste comme signes des rituels anciens de cette religion primordiale et oubliée:
"Est-il véritablement hasardeux d'affirmer que le jour marqué d'une lune cornue, Mardi Gras, est celui où l'on honore le boeuf et où défilent les bouchers et le cocu (cornard) ? Est-il beaucoup plus hardi de noter qu'en ce jour de nouvelle lune on dévore l'astre sous forme de crêpes (ce qui ne manque pas de poser quelque énigme relative au devenir de cette "hostie" populaire et que l'on barbouille les Pierrots lunaires?
Est-il extravagant de constater que les fous de Carnaval (munis de leur soufflets: folis, lat.) se suivent à la queue leu leu en se soufflant au derrière (soufflaculs) et se revêtent d'un coqueluchon, bonnet surmonté d'une tête de coq et qui prémunit son porteur de la coqueluche?
Est-il contradictoire de faire remarquer que les mêmes fous se nourrissent d'aliments flatulents? Comment ne pas reconnaître le désir, pour ces "esventés", d'accumuler en eux un souffle, d'en contrôler la sortie en évitant la toux, et de la surveiller à l'aide d'un soufflet? " (1)

Ces rituels de très anciens cultes agraires sont liés au rythme des saisons et aux lunaisons. Aucun paysan traditionnel, où qu'il soit, ne fait fi des lunes nouvelles, des lunes noires ou pleines. Ces rituels s'exerçaient alors dans toute leur force. Le calendrier était lunaire. Les cérémonies, se déroulaient tous les quarante jours (temps d'une lunaison et demi).
Carnaval est ce qui nous reste de la fête marquant la dernière nouvelle lune d'hiver, correspondant au Mardi-Gras-Chandeleur, et qui célèbre le très ancien mythe de l'ours:
"On célèbre essentiellement à cette date la déshibernation de l'ours.
Cet animal, porteur dans son ventre des âmes des morts (le pet de déshibernation de l'ours est connu d'Aristote), les libère alors. Il est accompagné de son fils, mi-homme, mi-ours, homme sauvage. Les récits médiévaux de l'homme sauvage (Merlin) et de Jean de l'Ours, aussi appelé Jean Quarante, sont les mythes qui se rapportent à cette date.
L'ours lutte alors contre des personnages lunaires et les barbouille de noir. "(1)

Dans notre calendrier moderne, qui est lui un calendrier solaire, on peut remarquer les fêtes fixes et les fêtes mobiles.
Les fêtes fixes sont liées au calendrier solaire: Noël, Chandeleur, la Saint-Jean (solstices, équinoxes).
Les fêtes mobiles sont liées au calendrier lunaire, principalement Mardi Gras, Pâques et Ascension.
Le christianisme a résolu la persistance des fêtes liées aux calendriers lunaire et solaire (donc fêtes païennes) en les faisant coïncider avec les fêtes chrétiennes.
Dans les Antilles françaises et dans la Caraïbe en général, le carnaval est introduit par les colonisateurs européens.
Nous allons nous attacher à observer dans quelle mesure les survivances carnavalesques en Guadeloupe témoignent des sources originelles et dans quelle mesure on peut parler de réappropriation symbolique et de syncrétisme.
M. Michel BOUSSAT écrit:
"Introduit dès le début de l'immigration blanche, réservé uniquement aux riches colons, le Carnaval des XVII° et XVIII° siècles donnait lieu à des somptueuses réceptions masquées.
Peu à peu, les esclaves furent autorisés à organiser, de leur côté, des festivités, discrètes et selon le modèle de celles de leurs maîtres, pendant les jours qui précèdent le Carême.

La polyculturalité de rigueur, s'originant dans le peuplement complexe des colonies, imprime au Carnaval Antillais une coloration spécifique. Sans revenir sur l'historique du peuplement des Antilles françaises, on peut simplement signaler que si la majorité de la population est noire, ces 95% de noirs incluent des phénotypes raciaux extrêmement variés, du presque blanc (chabin), au "nègre congo" en passant par le "rouge" (descendant supposé des premiers habitants de l'Île, Caraïbes et Arawaks) et le "coolie" (venu du sud-ouest de l'Inde).
Dans les premiers temps du Carnaval populaire, furent tolérés deux ou trois jours de fête pendant lesquels les esclaves pouvaient exprimer, en arrière plan du classique modèle européen, certaines de leurs traditions danses ou chants, totalement prohibés par ailleurs. Les esclaves trouvant ainsi le moyen de se moquer de leurs maîtres, osaient mimer quelque évènement qui avait défrayé la chronique. Ceci n'était que liberté surveillée et le Commandeur veillait au maintien du bon ordre. Cet ancien esclave, devenu par affranchissement, l'associé de son maître, réprimait tout ce qui pouvait paraître trop subversif et en particulier les danses originelles africaines, porteuses à la fois d'un langage sociopolitique - la négrité - et d'un message religieux - l'animisme, intolérable pour ceux qui s'étaient efforcés d'imposer le catholicisme comme seule expression spirituelle. Malgré leurs transformations progressives, ces danses avaient une fonction restauratrice de l'identité perdue de ce peuple réduit à l'esclavage." (2)
Nous allons donc essayer de dresser le catalogue des survivances du carnaval traditionnel en Guadeloupe, et d'établir la persistance du lien avec les rituels originels, ou leur spécificité propre.

LES BANDES DE MASS

La terminologie "mass" sera utilisée tout au long de cet article. Ce mot créole a l'avantage de désigner à la fois le masque proprement dit, mais aussi celui qui participe au défilé, porteur ou non d'un masque.
Dans l'organisation des carnavals européens, la corporation des bouchers jouait un rôle primordial évident dans des fêtes marquées par la consommation abondante de viandes. Il est significatif de constater que le groupe qui a laissé en Guadeloupe l'empreinte la plus profonde et reconnue comme la plus authentique est précisément une bande de mass dont les principaux animateurs étaient des bouchers ou en tout cas des indivi¬dus qui gravitaient autour de ce que l'on appelait alors "la halle à viande" : Les MASS A SAINT-JEAN. Il s'agissait en fait des mass à Mokafa, du nom de leur chef. Saint-Jean, unijambiste monté sur sa motocyclette ouvrait généralement le passage au groupe.
Les bandes de mass, constituées d'une quinzaine de participants sillonnaient la ville, frappant leurs tambours et portaient des déguisements divers.

MASS A FWET (masques à fouet)

Souvent habillés de chemises et de pantalons en tissu madras, tête encagoulée et masqués, ils parcourent les rues et font violemment claquer leurs grands fouets sur le sol au rythme des tambours, écartant la foule avec des airs menaçants.
Le groupe musical est composé de percussions: Un tambour basse, un tambour contrebasse, un tambour solo, ce dernier porté à l'aisselle, les autres à la hanche. Ces tambours sont fabriqués à partir de tonnelets de fer blanc récupérés.
Leur forme et la rythmique employée attestent de l'influence africaine.

Le fouet quant à lui, a toujours été lié aux rites carnavalesques:
" Les lupercales s'expliquent ainsi. Sous le règne de Romulus les romaines sont frappées de stérilité. On consulte Junon-Lucine dans un bois de l'Esquilin. " Mères du Latium, qu'un bouc velu vous féconde", répond l'oracle, heureusement interprété par un augure. Il immole un bouc, fait un fouet de la peau de la victime, et les femmes, dociles, à l'ordre de Lucine, viennent s'offrir à ses coups. Elles sont ainsi rendues mères. La substitution fait honneur à la sophistique latine, mais elle ne peut tromper; il s'agit à l'origine de déguisés carnavalesques en boucs-loups (luperques) qui fécondaient les femmes." (1)
Sur tous les continents, dans les civilisations agraires, afin d'assurer l'abondance des récoltes, la fécondité des femmes et du bétail, les hommes ont frappé le sol avec des fléaux, des fouets et même avec les pieds au cours de danse aratoires.
"La terre est battue, à l'aide des pieds surtout, mais aussi de bâtons, de fléaux, comme pour la forcer d'enfanter après l'avoir brutalisée et presque violée. Cette pratique, attestée dès l'Antiquité, donne lieu à une musicalité essentiellement rythmique. " (3)
Les femmes sont fouettées et largement aspergées d'eau et cette coutume persiste encore dans certains pays d'Europe.
Il est patent que les mass à fouet offrent l'exemple d'une réappropriation symbolique. Le fouet outil et symbole de fécondation et de fertilité est interprété dans le contexte antillais comme symbole de l'esclavage. Les mass en brandissant leur fouet font référence à leur histoire récente et montrent clairement qu'ils sont à leur tour les maîtres des fouets.

MASS A KONGO, NEG GWO SIWO (nègres gros sirop) ou MASS A GOUDWON (masques à goudron)

Kongo
Le kongo (le chanteur Hipomen Leauva).
Photo : C. Geber.

Vêtus de "konoka" (pantalons de travailleurs des champs), de shorts, portant de vieilles redingotes, ou bien un simple cache sexe, les Kongo sont oints sur toutes les parties visibles du corps d'un mélange de mélasse et de suie. Ils ont la tête couverte de chapeaux melon, de képis, de bonnets rouges.
"Avec du roucou ils se rougissent la bouche qui est comme une tache san¬glante, la langue, qu'ils ne cessent de tirer, et, munis d'un simple cache-sexe, exécutent une danse faite de gestes et de mouvements obscènes où ils vont jusqu'à mimer l'acte de la reproduction." (4)
Cette description de LABROUSSE est à rapprocher de celle de Roger FORTUNE:
"Deux hommes portant deux bâtons noircis dont ils tiennent chacun une extrémité, s'installent au milieu du cercle. Ils abaissent les barres, en les maintenant parallèles au sol, pour permettre à un gamin de monter des¬sus en posant un pied sur chacune d'elles. Cupidon noir, pieds nus, n'ayant que ses bras pour balanciers, il commence sa danse aérienne. Grimaçant, tirant sans cesse la langue, tache sanglante sur sa figure noircie, ses contorsions suivent les moindres variations du rythme du tambour. Les barres sur lesquelles il se tient en équilibre sont maintenues rigoureuse¬ment horizontales, tandis que leur écartement et leur hauteur sont l'objet de variations brusques. "(5)

Le groupe musical est composé d'un joueur de ka (gros tambour) qui bat de ses mains l'instrument tenu entre ses jambes, tandis qu'un bwaké (autre musicien) se tient à l'arrière et frappe la caisse à l'aide de baguettes.
Le reste du groupe comprend un tambour basse, des chas-chas et un wawi (long bambou cranté transversalement dont une extrémité est posée au sol et qui est frotté à l'aide d'une baguette)
Ces mass à Kongo ont été l'objet ces dernières années d'interprétations très significatives du climat social et de la recherche identitaire.
Ainsi on peut lire sous la plume de Nadya BELAIR : " Dans l'inconscient collectif guadeloupéen, le congo est le nègre noir très foncé, sauvage. Cette image négative de l'africain est un vestige du colonialisme qui s'est toujours efforcé de nous présenter l'africain comme différent de nous...Les Kongo s'arrangeaient pour être vraiment effrayants et hirsutes et terrorisaient ainsi les enfants. Surprenant que dans un pays où 90% de la population est négro-africaine, l'on s'amuse à se faire peur. "(6)
S'il est certain que notre société a traduit dans ces masques noircis à la suie: "le congo", il est aussi certain que ce masque entièrement noirci de suie est présent dans le carnaval sous l'appellation de "Nèg Gwo Siwo " bien avant l'arrivée des congolais "libres" en Guadeloupe vers 1860, après l'abolition de l'esclavage (1848).

Kongo
Le kongo teint au roucou. Photo : C. Geber.

Dans la tradition européenne on se souvient que le mythe fondateur du carnaval est celui de l'ours ou homme sauvage qui sort de sa caverne le 2 Février et noircit à l'aide de suie les personnes rencontrées, ceci dans le but de hâter l'arrivée du printemps. A Prats-de-Mollo, dans le Haut- Vallespir, cette coutume est encore vivace.
Là encore il est intéressant de constater comment un mythe carnavalesque ancien (homme sauvage mythique) se télescope avec le tout aussi mythique homme sauvage africain: le congo, tel que les antillais récem¬ment sortis de l'esclavage mais se sentant déjà différents considéraient l'africain nouveau venu. L'enquête sur le CONGO (le pays et l'homme) menée par Laurent FARRUGIA avec ses élèves de terminale à l'occasion de la venue de TCHIKAYA U TAM'SI en Guadeloupe en 1987 est à cet égard particulièrement révélatrice.

MASS A MIWA (Masques à miroirs)

Cette tradition est perpétuée par les mass de Vieux-Fort. Les costumes confectionnés en tissus de couleurs vives ou de madras couvrent tout le corps. La tête est elle aussi dissimulée sous une cagoule et surmontée d'une coiffe conique ornée originellement de plumes de paon. Cette coiffe peut-être plus petite et est alors nommée "toque". Les visages sont dissimulés sous un masque. Des fragments de miroir décorent le costume et la coiffe.
Le groupe musical est composé de fifres, de tambours basques frappés à l'aide de mailloches et de baguettes.
Il faut voir dans l'utilisation du miroir le signe de Janus, le dieu aux deux visages, symbole de changement et de mutation et qui donne son nom au mois de janvier, premier mois de l'année, celui qui justement regarde en grimaçant l'année écoulée et en riant l'année à venir.

MASS A RUBANS

Mass à toque
Mass à toque de Vieux-Fort. Ph. : C. Geber.
 
Mass a ruban
Mass à ruban revisité par "Anthorium". Photo : J. Cilirie.

Ces mass portaient souvent des costumes brillants et également ornés de miroirs. Coiffés d'immenses chapeaux en demi-lune, ils chantaient accompagnés de tambourins et de flûtes. Leur danse consistait à tourner au pied d'un mât en tressant autour de celui-ci de longs rubans multicolores fixés à son faîte. Cette coutume se rencontre en Provence française mais également en Chine et dans de nombreuses autres contrées du monde. Il faut y voir avec le mat dressé un symbole phallique lié aux rites de la fécondité. On se souvient qu'en Guadeloupe cette danse était souvent pratiquée par des personnes d'origine indienne. De nos jours ces mass n'apparaissent que très épisodiquement dans le carnaval.

MASS A LA MO (masques à la mort)

Mas a la mo
Mas à la mort. Photo : J. Cilirie.
Mas a la mo
Mas à la mort. Photo : F. Platdasz.

Enveloppés dans de grands draps blancs, coiffés de cagoules, ils peuvent être aussi vêtus d'un collant noir sur lequel est peint un squelette blanc, sur les épaules une cape blanche.

Ils portaient autrefois, au bout d'un bâton, une calebasse éclairée de l'intérieur et percée de trous pour le nez, les yeux et la bouche.
En poussant des cris lugubres, ils poursuivaient les personnes rencontrées, surtout les femmes, pour les piquer à l'aide d'une aiguille. Ce jeu est lié à l'évidence à un rite de fécondité. Il est intéressant de noter que c'est la mort qui fait acte de féconder.

La présence des morts, de la mort et des diables est toujours effective dans les carnavals antillais.

A Florence à la fin du XV° siècle, le peintre Vasari rapporte avoir vu un triomphe carnavalesque macabre élaboré dans le plus grand mystère par le peintre Piero di Cosimo:
"Cet énorme char s'avançait traîné par des buffles, sa couleur noire faisant ressortir les ossements et les croix blanches dont il était semé. A son sommet se trouvait la gigantesque représentation de la mort, tenant sa faux en main et entourée de tombeaux qu'à chaque station on voyait s'entrouvrir et dont sortaient des personnages couverts d'une draperie sombre sur laquelle étaient peints les os des bras du torse et des jambes. Des masques à tête de mort suivaient à distance ces chars fantastiques et renvoyaient à demi à tous ces pâles squelettes, à toutes ces draperies funéraires la lueur lointaine de leurs torches." (7)

MASS A KON'N (masques à cornes)

Mass a kon'n
Mass à cornes de la tradition. Ph. : C. Geber.
Mass a kon'n (Voukoum)
Mass à cornes revisité par Voukoum. Ph. : C. Geber.

Il porte un vêtement végétal fait de feuilles de bananier séché, est ceinturé par une corde ou une chaîne tenue par un comparse. L'homme cornu se débat et tente de s'échapper.

Ce mass s'inscrit dans la plus ancienne tradition: dans l'Antiquité égyptienne, le taureau Apis, symbole de virilité et de reproduction, est promené dans les champs avec l'embarcation sacrée d'Isis et d'Osiris. Celui-ci étant l'incarnation de la force créatrice de la vie. Les femmes accompagnaient la marche de chants obscènes en exhibant des objets en forme de phallus.
Ce symbole de virilité et cette survivance d'un rite phallique est constant à Antigua où nous avons pu observer en 1985, une vieille femme participant au défilé du "jouvè", exhibant, attaché sur son bas ventre, un énorme phallus de bois qu'elle caressait à deux mains sans que la foule en paraisse choquée.

Les cornes elles-mêmes, dessinent une demi-lune ou croissant de lune qui rappelle la nouvelle lune de Mardi-Gras.
En parallèle on peut rappeler la manifestation du "bèf chapé" (boeuf échappé) : Pratiquée jusque dans les années 50, un boeuf était promené dans les rues, tenu par des cordes, celles-ci de temps en temps relâchées permettaient à l'animal d'esquisser quelques ruades et encornades menaçantes.
"En 1739, les garçons bouchers sont impatients de faire la fête du bœuf gras. La veille du Jeudi gras, ils se rassemblent et promènent par la ville un boeuf qui porte sur la tête une branche de laurier-cerise. Il est couvert d'un tapis qui lui sert de housse. Sur son dos se tient un enfant paré d'un ruban bleu passé en écharpe, tenant un sceptre doré et une épée nue. Cet enfant est le roi des bouchers… Quant au boeuf lui-même, après avoir accompli sa promenade traditionnelle, il est conduit aux abattoirs, où il attend ses malheureux confrères, vedettes des cortèges des lundi et mardi gras. Une fois rassemblés, ils sont tour à tour assommés, saignés, dépecés, découpés pour être vendus par petits morceaux aux grands gastronomes." (8)

MASS A L'OURS

Traditionnellement appelé le "dansé Marianne". C'était une scène mimée par deux personnages, l'un représentant le dompteur et l'autre l'ours, accompagnés d'un joueur de flûte, scène rapportée par Graziella BONTEMPS dans Revue parallèle N°4 - 1965, on se souvient que cette scène était également représentée dans le carnaval traditionnel en Guadeloupe. Cette scène disparue dans le carnaval actuel n'en témoigne pas moins de la transmission dans le carnaval traditionnel en Guadeloupe, du mythe fondateur du carnaval indo-européen.

MASS A HANGNION (masque en haillons)

Mass a Hangnion
Costume végétal. Photo : J. Cilirie.

Vêtu de haillons cousus sur un quelconque vieux vêtement, il semble être une stylisation du costume végétal déjà décrit dans le mass à corne. Il est à rapprocher des personnages aux costumes colorés que l'on trouve dans les carnavals européens et que l'on peut ranger dans la famille des harlequins dits "fous bariolés". Il fait référence à l'homme feuillu et à l'homme sauvage. Ce mythe d'un ancêtre initial dont l'origine monstrueuse mi-animale mi-humaine traverse toutes les mythologies.

 

MOKO ZOMBIE ou ANGLE SU BEKI (anglais sur béquilles)

Introduit aux Antilles françaises, semble-t-il, après la première guerre mondiale, en provenance du Brésil d'après Graziella BONTEMPS (9), et des îles anglaises d'après LABROUSSE:
"Ce sont des hommes habillés en femmes, masqués, montés sur échasses, ornés d'une coiffure semblables à un hennin sans voile. Ils dansent au son du triangle, du tambour basque et de l'accordéon, puis font la quête." (4)
Ils tiennent un parapluie dont ils se servent en l'ouvrant pour recueillir le fruit de leur quête jetée des balcons.
Cette figure est un parfait exemple de syncrétisme, puisqu'elle associe la coiffe des danseurs sur échasses d'Afrique de l'Ouest et le costume féminin porté par un travesti.
Cette coiffe et ces échasses sont le signe que le Carnaval a permis à une tradition africaine de s'exprimer. Quant au travesti il permet d'aborder le thème central de l'inversion que nous retrouverons avec les MARIAGES BURLESQUES et les MAKOUMÈS.

Moko-Zombie
Isidore Guimba, dernier Moko-Zombie. Ph. collection Fortune.

 

MASS SAL (masques sales)

Petits groupes masqués, frappant à l'aide de bâtons sur des bidons métalliques et qui montraient aux curieux, contre monnaie, des objets souvent phalliques ou scatologiques promenés dans de vieilles boites à chaussures.

L'ASSASSIN ET LE MALHEUREUX

Il s'agit d'une troupe très spécialisée dans la représentation d'une scène de théâtre de rue montrant l'assassinat d'un prince par un bandit de grand chemin.
Composée de quatre strophes, de neuf vers de dix pieds, deux pour l'assassin et deux pour le prince malheureux, on ignore l'origine de cette pièce chantée sur le mode mélodramatique, sans doute laissée en Guadeloupe (on ne la connaît pas en Martinique) par des comédiens de rue français en tournée avant la guerre de 1914. Il est en tout cas tout à fait étonnant que le texte conservé uniquement oralement et joué par des gens du peuple (et uniquement par eux), ait été transmis sans modification profonde.
La tradition de la Commedia deI Arte est flagrante (utilisation des masques...) et l'on songe en relisant le texte transcrit par Roger Fortuné et la description qu'il fait des costumes, à Harlequin (le Prince) et Francatripa (l'assassin) mais aussi à toutes les pièces de théâtre de rue jouées en temps de carnaval au Moyen Age (ou sottie de carnaval) et qui mettaient en présence le Prince Carnaval et son rival et ennemi Carême. Le meurtre rituel qui s'y jouait était le plus souvent suivi d'un jugement rendu par un tribunal populaire dont Roger FORTUNE révèle dans son article reproduit dans cet ouvrage, qu'il se tenait effectivement après.
A ce sujet on peut se rapporter à CARNAVAL ET THEATRE POPULAIRE à la fin du Moyen Age de Jean Claude AU BAILLY.
La mélodie des vers chantés sans accompagnement, fait quant à elle irrésistiblement penser au rythme du tango, de là à imaginer que les comédiens en question revenaient d'un périple américain et peut-être d'Argentine.....
En dehors de ces bandes de mass, l'on peut observer des groupes moins structurés qui apparaissent particulièrement pendant les jours gras.

MARIAGES BURLESQUES
 
Mariage burlesque
Mariage burlesque - les frères Botino. Ph. collection Anselme.

"Le thème est celui des couples mal assortis et dont la mariée ayant fauté avant le mariage, "qui fête Pâques avant Carême supporte une grossesse avancée", Elle est pourtant en blanc avec voile et couronne de fleurs d'oranger, malgré son ventre énorme et les manifestations d'un accouchement imminent.
Dans ce couple ridicule, c'est en général un homme déguisé en femme qui joue le rôle de la mariée, tandis qu'une fille toute menue, habillée en homme, représente le marié. Un long cortège suit le couple qui, en cours de route, rencontre l'officier d'Etat Civil qui les unit ainsi que le prêtre qui les bénit." (10)
Rites particuliers au lundi gras, ils avaient pour but de provoquer la fécondité des nouvelles unions: Dans de nombreuses communautés des mariages collectifs avaient lieu de Dimanche gras. Les enfants naissent ainsi au début de l'hiver. Coutumes aujourd'hui perdues en Europe mais qui persistent chez les peuples nomades, ainsi chez les Peuls où les jeunes hommes s'habillent, se maquillent, chantent et dansent pour être choisis par les jeunes femmes, lors des grands rassemblements au passage de la saison sèche à la saison des pluies.
Le texte de Marie-Thérèse LUNG-FOU note le travesti de jeunes filles en garçon. Il y a là une innovation par rapport à la tradition carnavalesque qui n'était pas l'affaire des femmes, celles-ci étant avant tout spectatrices.

Inversion sexuelle
Inversion sexuelle. Photo : J. Cilirie.

A ce sujet on peut noter l'importance de l'inversion sexuelle et de l'inversion symbolique dans les manifestations carnavalesques:
"A la question de l'absence des femmes il faut apporter une réponse nuancée. Le temps de carnaval appartient aux hommes sans aucun doute. Mais d'une part il s'inscrit dans le cycle calendaire au terme d'un ensemble de pratiques qui de Noël à la mi-Carême visent à réunir hommes et femmes, à préparer la jeunesse au mariage. La préoccupation essentielle est bien l'accès au mariage, geste fondateur qui assure la survie du groupe. D'autre part, l'absence des femmes fait mieux ressortir leur présence symbolique, dans le rituel et la parole: hommes travestis ou portant noms de femme, rôle des cocus....
D'une communauté, essentiellement rurale, qui gère ses propres tensions et impose ses normes (tribunal carnavalesque, charivari) à une communauté urbaine qui se mobilise sur des valeurs, le carnaval accède à l'histoire. De par sa structure il offre un lieu d'accueil particulièrement hospitalier à l'inversion symbolique.....

Dérision du mariage, de la fidélité, inversion des rôles sexuels, apologie de l'amour et du plaisir, de la séduction, dans le jeu des mots et des apparences: le défi symbolique n'est pas innocent, il croise le politique." (11)

En conclusion sur les bandes de mass, on constate leur disparition sous leur forme traditionnelle telle que décrite plus haut.
Les groupes actuels sont constitués d'un nombre beaucoup plus élevé de participants. Ceux ci ont perdu l'esprit "corporatiste" qui animait les bandes de mass et la coutume de la quête caractéristique essentielle de ces bandes.
Cependant certains ont su conserver la musique, tout particulière¬ment celle des Saint Jean et quelques déguisements de la tradition.

LES MATELOTS SAOULS

Déguisés en matelots, simulant l'ivresse, ces mass jurent dans un anglais de pure fantaisie et bousculent les gens. Sur leur passage ils distribuent de la monnaie de singe.
Déjà en voie de disparition en 1935 d'après LABROUSSE, ces figures ont toutefois persisté jusque dans les années soixante.
On se rappelle "Toussine papier l'huile", victime de ces matelots saouls: serveuse "Chez Marraine", bar de la place de la Victoire, elle avait accepté en paiement des consommations d'une de ces bandes des billets fabriqués à l'aide de papier huilé (genre de papier kraft).
S'agissait-il du souvenir des occupations anglaises dont la dernière remontait à 1815, ou de marins de passage en Guadeloupe après l'ouverture du canal de Panama?

BÉBÉS

Bwa-Bwa
Bwa-Bwa. Au premier plan : G. Cornély. Ph. Collection R. Giraud.

Figures presque disparues aujourd'hui, les parodies de bébés gigantesques sont signe d'inversion du grand et du petit. Ce sont figures caractéristiques de la fête des fous.
"Entre autres déguisements facétieux, on rencontre celui d'un homme qui porte dans ses bras un adulte déguisé en nouveau né, un enfant très gros dont la drôlerie s'impose d'elle même. On choisit en général pour ce rôle un homme bien portant; une tétine dans la bouche, une sorte de petit béguin sur la tête, une bavette autour du cou, on le place dans une voiture imitant une voiture d'enfant, que l'on pousse. Ainsi réalise-t-on une inversion sur l'âge: l'homme fait est déguisé en enfant.
Plus profondément, cette inversion suppose donc qu'un enfant tout petit possède déjà la grandeur, la force, et d'autres attributs d'un homme. Tel est bien ce que représente cette mise en scène. "(1)
L'état d'enfance est assimilé à l'année nouvelle ainsi personnifiée. La nativité est donc associée à la naissance du soleil (équinoxe d'hiver 21-22 décembre)
" Si le petit sauvage était abandonné à lui même, qu'il conservât toute son imbécillité et qu'il réunît au peu de raison de l'enfant au berceau la violence des passions de l'homme de trente ans, il tordrait le cou à son père et coucherait avec sa mère". (Diderot Le Neveu de Rameau)
La situation décrite par Diderot se retrouve dans ces déguisements de car¬naval, si fréquents, d'un homme en enfant. Cet enfant énorme, nous le connaissons d'ailleurs. Celui qui parle tout de suite, réclame à boire dès sa naissance, c'est Gargantua, l'enfant du Carnaval. "(1)

VAVAL

Vaval dans son cercueil
Vaval dans son cercueil. Ph. : C. Geber.
 
Vidé du mercredi des Cendres
Vidé du mercredi des Cendres. Photo : J. Cilirie.
Vidé du mercredi des Cendres (1960)
Vidé du mercredi des Cendres (1960). Ph. Collection R. Giraud.

Diminutif créole de Carnaval, il s'agit de la personnification du carnaval.
Dans l'Antiquité en Mésopotamie, dans le bassin méditerranéen, dans l'Egée et dans toute l'Asie Occidentale, la superposition des civilisations et des influences a donné naissance à des cultes très ressemblants. Des dieux ou des rois de parodie porteurs de toutes les folies, toutes les débauches, tous les péchés, représentaient l'année écoulée chancelante et devaient être sacrifiés après une parodie de procès. Ces rites se sont perpétués en substituant au sacrifié une effigie.
Ce rite conservé dans le carnaval indo-européen, est toujours vivace chez nous avec la figure de Vaval. Anciennement nommé Capoline, puis désigné sous le terme de bwa-bwa : Il est représenté sous la forme d'un mannequin confectionné à l'aide de vieux vêtements rembourrés, affublé d'organes sexuels hypertrophiés et porté soit dans un cercueil, soit au bout d'une perche au dessus de la foule.

Enterrement de Vaval
Enterrement de Vaval. Photo : J. Cilirie.
Vaval Brûlé dans son cercueil
Vaval Brûlé dans son cercueil. Photo : F. Platdasz.
Vaval Brûlé dans son cercueil
Vaval Brûlé dans son cercueil. Photo : F. Platdasz.

Il sera brûlé le Mercredi des Cendres, après un immense enterrement appelé "vidé". Ses cendres seront dispersées au vent. Tous les participants sont vêtus de noir et de blanc, visages couverts de cendres ou de farine. La foule des "servants" s'écriant "VAVAL PA KITE NOU!" (Vaval ne nous quitte pas!!)
On croit souvent que le noir et le blanc sont couleur de deuil. En fait ces couleurs expriment dans la tradition du carnaval les phases lunaires: blanc de la pleine lune et noir de la nouvelle lune.

Cependant dans le contexte particulier des Antilles un tel cérémonial n'a pas manqué de faire l'objet d'une réappropriation symbolique à propos de laquelle Michel BOUSSAT a écrit:
"Néanmoins, comme dans les autres carnavals, l'incinération de Vaval est chargée d'émotion qui se glisse imperceptiblement au coeur de chaque acteur de la grande liesse, et peut-être ici plus qu'ailleurs, car le quotidien est synonyme de rigueur et de lutte. Le folklorique "Tchembé Red - Pas Molli" (Tiens bien raide - ne mollis pas) porte en lui toutes ces recommandations de résistance que pouvait nécessiter la condition d'esclave contre la douleur, la frustration et la mort toujours présente et qui seule pouvait permettre de rejoindre la vallée des ancêtres dont il était interdit de parler. Vaval lui, va rejoindre le paradis autorisé porteur des misères des hommes et ce sacrifice est enracinement culturel, le symbole rejoignant dans le rite, le Mythe du retour, un jour, au pays des origines, là-bas au bout de l'océan." (2)

Pierrot lunaire antillais
Pierrot lunaire antillais. Photo : C. Geber.
Pierrot lunaire antillais
Pierrot lunaire antillais. Photo : C. Geber.
Symboles de mort et de naissance
Symboles de mort et de naissance. Photo : J. Cilirie.

LE DÉFILÉ DU MARDI GRAS

Des processions rituelles avaient lieu dans les champs. Chez les Egyptiens, elles étaient rattachées au culte d'Osiris Dieu Soleil, mais aussi Dieu de la vie et de la mort dont le navire, porteur du taureau Apis, était traîné en procession, entouré du peuple des femmes exhibant des phallus. Chez les Grecs et les Romains de telles processions se rattachaient au culte de Dyonisos/Bachus dont le navire était appelé Carus Navalis.
Depuis ces chars navals l'on avait coutume de se livrer à des jets de farine qui avaient pour fonction d'opérer la fertilité des sols.
En Europe, dans les défilés carnavalesques du Mardi Gras, lointains héritiers de ces processions rituelles, l'on procédait au jet de pièces d'or par les nobles désireux de faire montre de leur participation à la circulation des richesses, mais aussi au jet de pièces de plomb (monnaie des innocents), véritable monnaie de singe qui conservait cependant la même fonction symbolique que les jets de farine.
L'on procédait à ces jets avec une violence telle qu'on en vint peu à peu à remplacer ces pièces par des confettis, d'abord de plâtre, puis de papier. Cette coutume persiste encore dans le carnaval de Nouvelle Orléans, où sont jetés maintenant des "doublons" de plastique ou d’aluminium.
En Guadeloupe, on raconte que les corsaires au retour de leurs courses jetaient à la foule des pièces chauffées à blanc.
Cependant, pendant les défilés du Mardi Gras et du Mercredi des Cendres, la coutume de jet de pièces ou de confettis n'a pas été conservée, par contre le jet de farine a longtemps été pratiqué jusqu'à son interdiction à Pointe-à-Pitre par arrêté municipal du 1er Mars 1977.

Mardi-Gras à Pointe-à-Pitre vers 1900
Mardi-Gras à Pointe-à-Pitre vers 1900. col. L. Collomb.
Mardi-Gras à Pointe-à-Pitre vers 1960
Mardi-Gras à Pointe-à-Pitre vers 1960. col. R. Giraud.
Les cuisinières dans le carnaval
Les cuisinières dans le carnaval. Photo : C. Geber.

GROUPES SILENCIEUX

La maffia
La maffia. Photo : J. Cilirie.

Dans les défilés des jours gras, contrastant avec l'exubérance des autres groupes qui s'expriment par le chant, les rythmes de leurs percussions, les chorus de leurs cuivres, on observe encore aujourd'hui des groupes singulièrement silencieux et se déplaçant avec lenteur: Dans les années 80 ils se faisaient appeler les "mafias", portant lunettes noires, costumes sombres, mains glissés sous la veste, sur le modèle des mafiosi de cinéma.

Toutes les légendes sur l'origine de la musique s'accordent entre elles pour la situer dans le silence.
"Etre maître du voyage des âmes, à la fois souterrain et supra-céleste, leur faire accomplir ce périple qui, du centre du monde, mène au ciel empyrée, au niveau de la Voie Lactée, c'est partir de ce point de silence absolu qu'est le centre de la terre, parcourir toute la gamme musicale, et parvenir enfin à un nouveau point de silence. C'est, aux bornes de tout son, poser deux infinis de silence". (1)
Le silence de ces groupes peut s'interpréter comme ayant pour fonction d'ouvrir les portes des enfers afin de permettre la circulation des âmes des morts.

Démons silencieux et puants
Démons silencieux et puants. Photo : C. Geber.
 
EN GUISE DE CONCLUSION

Sans être exhaustif, ce catalogue des costumes et des bandes de mass et des jeux de Carnaval dans la tradition guadeloupéenne, impose le fait que la transmission des rites du carnaval s'est opérée avec succès dans l'univers polyculturel antillais.
Cependant cette transmission n'a pas été vécue de manière passive, bien au contraire, et dans de nombreux cas ces coutumes furent l'objet d'une interprétation permettant au peuple de se réapproprier des rituels et des symboles à partir de son vécu historique.
On a évoqué à ce propos les coïncidences pour le moins troublantes entre le rite fondateur de l'homme sauvage et celui du Congo, des mass à Saint Jean et de la corporation des bouchers… On a aussi noté le syncrétisme de certains déguisements qui mêlent les influences européennes, africaines et orientales.

 

 

Louis COLLOMB
octobre 1991
Membre du Groupement pour le Développement du Carnaval et des Fêtes (GDCF) depuis 1975, Président en 1984; instigateur de sa transformation (1989) en Fédération Guadeloupéenne du Carnaval (GDCF-FGC). Président de l'association CHICO-REY (1990), Louis COLLOMB après avoir été 1er Secrétaire puis Vice-Président du Conseil de la Culture de l'Education et de l'Environnement est aujourd'hui 1er Vice-Président du Conseil Economique et Social Régional et Secrétaire de l'ARTCHIPEL Scène Nationale de la Guadeloupe.

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES & BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE  

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES :
(1) Le carnaval de Claude GAIGNEBET et Marie Claude FLORENTIN. Editions Payot 1979.
(2) Vaval le carnaval des Antilles et ses spécificités de Michel BOUSSAT, Corine CASTEL-KIRGUS et Claude GUINARD in Le Carnaval la Fête et la Communication, Actes des Rencontres Internationales de Nice, 8 au 10 Mars 1984. Editions Serre-¬UNESCO.
(3) La Symbolique des musiques de carnaval de Jean-Loup FONTANA. in Le Carnaval la Fête et la Communication. Actes des Rencontres Internationales de Nice, 8 au 10 Mars 1984. Editions Serre-UNESCO.
(4) Deux Vieilles Terres Françaises (Guadeloupe et Martinique) de Paul LABROUS¬SE. Edition à compte d'auteur 1935.
(5) Mass a Kongo de Roger FORTUNE in Revue Guadeloupéenne.
(6) Nadya BELAIR in Magwa N° 4 Février-Mars1982.
(7) Scènes de chasse en Toscane, le Carnaval de Piero di Cosimo de VOVELLE Michel in Le Carnaval la Fête et la Communication. Actes des Rencontres Internationales de Nice, 8 au 10 Mars 1984. Editions Serre-UNESCO.
(8) Le boeuf gras de Jean Dominique LAJOUX in Carnaval et Mascarades Editions Bordas 1988.
(9) Souvenirs de Graziella BONTEMPS in Revue Parallèles N° 4/1965.
(10) Le Carnaval aux Antilles de Marie Thérèse JULlEN-LUNG-FOU. Editions Désormeaux 1979.
(11) Hommes sauvages et travestis: Absence de femmes? de Martine GRINBERG in Le Carnaval la Fête et la Communication. Actes des Rencontres Internationales de Nice, 8 au 10 Mars 1984. Editions Serre-UNESCO.

BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE :
HEERS Jacques: Fête des fous et Carnaval Editions Fayard 1983.
GAIGNEBET Claude et LAJOUX J. Dominique: Art profane et religion populaire au Moyen-Age Editions PUF 1985.
LADURIE LEROY: Le carnaval de Roman Editions Payot 1979.
ORLOF Alexandre: Carnaval Fournier diffusion 1982.
OSBORNE Mitchell L. et LABORDE Errol: Mardi Gras Picayun press 1981 Nouvelle Orléans.
RABELAIS Oeuvres complètes Seuil 1973
SHAITANE : Carnaval Editions Fernand Nathan1979.

 

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