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| La canne dans la littérature | Sommaire |
| Voici quelques extraits d'oeuvres et essais littéraires concernant la canne à sucre : « La canne à sucre apparaît dans l'imaginaire populaire comme une instance de malheur et de mort qui est tantôt intériorisée comme réalité diabolique (élaborée) du maître, en tant qu'elle doit être extirpée comme une racine, tantôt extériorisée comme le corps souffrant de l'esclave réel, en tant qu'il doit être broyé par le système. » Raymond RELOUZAT, Tradition
orale et imaginaire créole.
(...) Edouard MARSOLIS, Au
clair de mon âme.
A chaque pas on heurtait les longues feuilles de cannes à sucre, tendues en forme d'arceaux. La rosée coulait le long de la nervure centrale pour tomber sur leurs bustes nus. Au début ça chatouillait, mais très vite on ne sentait plus la goutte de fraîcheur. Il faisait frais, mais ils étaient en sueur. Et la rosée se mêlait à la sueur. Les travailleurs marchaient bravement sur les plantes géantes, aux feuilles coupantes comme des lames de rasoir. La machette était brandie parallèlement à terre et s'abattait presque au ras du sol, sur les racines aériennes de cannes. La plante tombait d'un seul coup sur les autres, dans une chanson de feuilles froissées, tandis que d'un geste preste les coupeurs en tranchaient la flèche, ornée d'un panache blanc. Leurs jambes étaient brûlantes, truffées des petits piquants qui couvrent comme d'un duvet le bouquet terminal des cannes. « Andad, hombres », criait le chef d'équipe pour les encourager. C'était toute une procession qui s'avançait rituellement vers les cannes. D'abord allaient sous de larges chapeaux de paille les équipes de coupeurs qui progressaient en un large cercle, suivis des chefs d'équipe, armés de gourdins. Ensuite venait le nuage familier de guêpes et d'abeilles, folles d'ardeur. Le bols des insectes gorgés de jus était titubant, car ces cannes rouges du champ étaient particulièrement enivrantes. Guêpes et abeilles dansaient comme des vagues dans leur labeur bourdonnant. Puis c'étaient les ramasseur qui mettaient de côté les flèches coupées, plants des moissons futures, ligaturaient les cannes en gerbes et les amoncelaient en tas. De grands charrois, menés par quatre bœufs mornes, couplés sous le fléau, allaient et venaient parmi les « Ho » et les « Aca » des conducteurs. Des Apollons couleur d'airain chargeaient les gerbes sur les chars, au bout de longs tridents, avec des mouvements de reins de discoboles. Enfin, au loin, fumait, toussait, crachait et hurlait le train sucrier qui, dans un battement de bielles, fuyait vers les grandes cheminées de l'usine grise, qui se profilait à l'horizon. Jusqu'à l'air était sucré. [Coupe
de la canne à Saint-Domingue]
Jacques-Stephen ALEXIS, Compère Général Soleil. Puis il y eut la récolte. Cette période nous avait toujours semblé un festival. Nous, les enfants, nous pouvions alors sucer des bouts de canne à sucre pendant toute la journée. Nous allions en chercher dans les champs. Nos parents nous en apportaient. Nous en sucions tellement que le jus en coulait de nos bouches, trempant nos vêtements en laissant un glacis sur le ventre nu de mes camarades. Mais cette fois-là, je n'avais pas la peine de me déplacer pour aller chercher des cannes à sucre. Je n'avais même pas besoin de demander la permission d'en prendre. J'étais avec ma grand-mère dans le champ même. Dès le matin, je me servais des premières cannes qu'on coupait et sans rien dire - car j'étais un enfant taciturne et sournois - tout en m'amusant avec un fétu de paille, une pelure de canne laquée et bariolée, un rien, j'écoutais les chansons par lesquelles les coupeurs et les ramasseuses donnaient de la vigueur et de la grâce à leurs gestes. Je les suivais, je me pénétrais de chacun de leurs mouvements. Tout était admirable : leur demi-nudité noire ou bronzée, leurs haillons crasseux, avivés par la lumière, la sueur qui les inondaient, qui plaquait le long de leur dos et sur leurs poitrine des reflets répondant à l'éclair qu'allumaient les coutelas à chaque brandissement de bras ; l'espèce de bruit de fond accumulé par la paille piétinée, les « amarres » jetées en arrière et rattrapées par les amarreuses pour ligoter les dix cannes du paquet ; le tassement des dix paquets en une pile ; ces chansons qui ne cessaient pas, de temps en temps ponctuées d'un ébrouement ou d'un sifflement aigu échappé d'une poitrine au paroxysme de l'effort. Cette vaste musique qui englobe aussi le geignement des cabrouets, le trot des mulets, les jurons des charretiers et des muletiers ; ces chansons touffues, ces intarissables mélopées m'ont envoûté, m'oppressant tellement que pour ne pas étouffer, je chante moi aussi : « De'nier-bagage pour'en homme faitA force de répéter, de répéter les mêmes paroles, le même air, cela finit par descendre jusqu'au fond de moi et me pèse comme un vague de tristesse. Je m'arrête. (1) C'est bien la pire des choses pour un homme que d'aller travailler à la Ti-Mone. Joseph ZOBEL, Rue
Case-Nègres.
Oh, je suis saoul devant mon verre Sonny RUPAIRE, Spleen.
On pyès-kann. Sonny RUPAIRE, KANN.
« Nous rampâmes parmi les cannes à sucre (...) Les cannes à sucre nous balafraient le visage de ruisseaux de lames vertes. (...) Nous rampâmes coutelas au poing. » Aimé CÉSAIRE,
Toussaint Louverture.
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