Dossier Laméca

LE BIG DRUM DE CARRIACOU (GRENADE)

2. INSTRUMENTS

 

Les chants du rituel Big Drum sont accompagnés par un trio de tambours dans lequel les tambours ne sont plus gros (comme leur nom le laisse penser) mais relativement petits. Par le passé, il est plus que probable que le joueur s’asseyait sur le tambour, mais maintenant, il s’assoit sur un tabouret bas et place le tambour entre ses jambes. Deux Boulas sont placés de chaque côté du tambour solo appelé Kata (cutter, coupeur) et, avec le Chac-chac, ils constituent l’ensemble musical.

Boula. © Lorna McDaniel

Boula. © Lorna McDaniel

Les tambours sont faits dans des tonnelets ouverts vers le bas et à la tête couverte d’une peau de chèvre fixée par des lianes (wiss vines) ou des cerceaux en roseau, enveloppés de tissu. Parmi les variantes modernes, on trouve le modèle qui s’accorde à l’aide de visses métalliques plutôt qu’en augmentant la tension manuellement en tapant sur le cerceau pour retendre la peau. Le trou d’évacuation du tonnelet transformé devient une ouverture de résonance pour le tambour, un support acoustique pour l’émission du son. Les boulas sont joués penchés à l’opposé du musicien. Cette position qui revient à allonger le corps de l’instrument, fait descendre la tonalité du tambour qui produit alors un son plus grave.

Le tambour Kata se joue droit et bien à plat sur le sol afin de produire sa tonalité naturelle. Une cordelette sur laquelle sont fixées des épingles est tendue sur la peau afin de créer une tonalité claire et aiguë qui surplombe les autres tambours.

Un autre instrument, le fer (Iron), est utilisé uniquement pour les chants Cromanti. En fait, plusieurs instruments interchangeables peuvent être utilisés. Une bouteille, la jante d’une roue ou une vieille houe peuvent être transformés en un instrument de musique, le fer, sur lequel on frappe avec une cuillère. Le rythme qu’il exécute est typique de la nation Cromanti.

La transformation, comme le fait de fabriquer des steelpans à partir de vieux bidons de pétrole, existe depuis des siècles dans la musique caribéenne. En évitant l’ancien tambour en bois fouillé, la transformation du tonnelet de rhum a simplifié la fabrication. De même, la vielle houe a remplacé l’ancienne cloche, tout en en préservant le son et la pratique.

Après que le Leader ait entonné le chant et que le chœur ait répondu, le tambour Boula introduit un rythme particulier, celui de la nation d’appartenance du chant. S’il s’agit d’un chant Cromanti, on entendra le rythme distinctif de la nation Cromanti. S’il s’agit d’un chant Igbo, on entendra le rythme distinctif de la nation Igbo et ainsi de suite. Malheureusement, les rythmes des six dernières nations sont aujourd’hui à peine reconnaissables. Néanmoins, en étudiant les enregistrements de chercheurs précédents, il est facile de percevoir les différences. Ci-dessous les rythmes des trois premières nations, Cromanti, Igbo et Mandingue.

Transcription des rythmes des trois premières nations :

 

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SOMMAIRE
1. Musique
2. Instruments
3. Musiciens
4. Racines dans le vent
Extraits musicaux
Paroles
Bibliographie

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Par Dr Lorna McDaniel

© Médiathèque Caraïbe / Conseil Général de la Guadeloupe, 2004