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En 1980 le paysage musical guadeloupéen est très
différent de celui d’aujourd’hui. La bande FM
n’est pas encore prise d’assaut par les radios libres.
Le zouk est dans les limbes. Kassav’ est entrain de dégrossir
et masterisé le manioc. La musique caribéenne écoutée
et dansée se réduit presque exclusivement au compas
haïtien et à ses émules martiniquais et guadeloupéens.
Contre toute attente, une musique s’est fait sa place au soleil
et dans les oreilles, y compris chez les jeunes : le chouval
bwa de Dédé Saint-Prix et de son groupe Pakatak
mais aussi celui très inspiré d’Eugène
Mona. Leurs concerts sont à guichets fermés. Ce mouvement
musical, qui fait penser avant l’heure à celui de la
Mizik Rasin en Haïti, fait bouger les corps et conscientise
les esprits. Le contexte idéologique et politique y est peut-être
pour quelque chose, l’aura de Bob Marley également.
Le groupe martiniquais Difè dont le premier disque sort en
1979 (Disques 3A), est au confluent de tout cela. Le compas organise
doucement structure et arrangement musicaux mais le jeu à
la batterie du leader Alfred Varasse, sans trahir le sentiment rythmique
compas l’a déjà mofrazé en une
formule syncopée frisant le contre-temps du reggae. Reggae
qui est d'ailleurs joué dans les règles de l’art
("Ti manmay ka mò fin"). Les percussions puissantes
et notamment le tibwa tétu, cher aux musiques traditionnelles
martiniquaises bèlè et chouval bwa,
ont définitivement enterré le son compas des cymbales
et autres charleston. L’appel à la prise de conscience
quant à lui est permanent sur les 5 titres de l’album
: "Fanm fèt pou respekté", "Ti manmay
ka mò fin", "Pa brè ronm", "Kité
yo roul"é, "Modernizasyon".
Le concert que le groupe donne au Centre des Arts et de la Culture
de Pointe-à-Pitre fait salle comble.
Deux ans plus tard en 1982, le groupe sort sont troisième
album. Il est inauguré avec le morceau "Marley dan syèl",
hommage en reggae-blues à Bob, mort un an plus tôt.
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